Interview with dancers


[**Émilie Lalande*] et [**Jean-Charles Jousni*], une Juliette et un Roméo inoubliables dans l’adaptation très contemporaine du célèbre ballet. Ils enchainent les pas de deux chargés d’émotions et de tendresse et le public fond littéralement. Elle fut aussi Blanche Neige, et lui son Prince, et ont su en dansant, dire les choses les plus sublimes. On les imaginerait volontiers en Paul et Virginie ! [**Angelin Preljocaj*] les a choisis. Depuis 2008, ils font partie de la troupe installée dans Le Pavillon Noir qui abrite le Centre Chorégraphique National à Aix-en-Provence

Jean-Charles était admirable dans « la Fresque » la création 2016 du célèbre chorégraphe. À les voir ensemble sur scène ou dans les coulisses, on sent que ces deux-là se comprennent et regardent dans la même direction.

Les deux jeunes gens ont créé il y a deux ans leur propre compagnie, ([**1)PROMPTU*].
Alors que Angelin a sa culture, son style, sa griffe, définition même d’un grand chorégraphe, Emilie se sent encore débutante, mais la jeune femme a déjà son propre langage, des idées à foison et l’aventure ne fait que commencer !

Nous avons rencontré les deux danseurs au Pavillon Noir, avant une répétition.


[**2008, 2018, vous faîtes partie depuis dix ans du Ballet Preljocaj, comment voyez-vous votre parcours au sein de la compagnie ?*]

[**Emilie Lalande*]. Je n’ai pas l’impression que cela fait déjà 10 ans ! C’est passé très vite. Je vois ça comme une aventure très positive, enrichissante. Déjà, en tant que chorégraphe, j’avais envie de prendre un peu de sa patte, de son côté partition écrite, son côté très carré. Je n’avais jamais connu ça. En 2004, je suis rentrée au Ballet d’Europe, sous la direction [**Jean-Charles Gil*] et j’ai participé à de nombreuses créations. Son travail était davantage axé sur une écoute de la musique. Jean Charles GIl ressent la musique et il faut absolument que nous trouvions la même musicalité que lui. J’avais envie de connaître autre chose, mais surtout de me servir des deux pour faire quelque chose de personnel. J’ai bien sûr envie que cette merveilleuse aventure avec Angelin Preljocaj se poursuive, même s’il est vrai que notre compagnie [**(1)PROMPTU*] me demande beaucoup de temps. J’ai du mal à jongler avec les deux. Mais Angelin nous soutient beaucoup. Il nous conseille notamment de faire travailler des intermittents afin que je puisse continuer à danser pour lui. Ce n’est pas évident, j’ai très envie aussi de m’occuper de ma compagnie !

[**Jean-Charles Jousny*]. Pour ma part, je vois cela comme une belle histoire d’amour artistique avec Angelin, avec les hauts et les bas qu’il peut y avoir sur 10 ans. Tout comme Emilie, je ne me rends pas compte que cela fait déjà 10 ans. Quand je pense aux premiers temps, j’étais tétanisé lorsque Angelin rentrait dans le studio. Il m’impressionnait. Depuis, on a tissé des liens de confiance et je suis impatient de démarrer le travail dès qu’il arrive. Ce que j’aime particulièrement, c’est cette impression d’être passé par toutes les étapes. Au début, j’étais dans le corps de ballet, avec des petits rôles.

[**Emilie*]. On a su lui montrer qu’il pouvait nous faire confiance et on a obtenu des rôles plus importants. On ne nous a pas tout apporté sur un plateau, ce qui fait qu’on a une certaine satisfaction de voir le chemin parcouru pour arriver jusque là.

[**Jean-Charles*]. On a appris à le connaître au fil du temps, tout comme lui a appris à nous connaître, et il sait ce qu’il peut nous demander, il sait jusqu’où on peut aller.

[**Jusqu’à Roméo et Juliette ? Et peut-on aller plus loin ?*]

(Rires complices) : C’est vrai qu’il nous a fait un merveilleux cadeau !

[**Ca ne doit pas être évident de travailler avec la personne avec laquelle on partage plein de choses, à la ville comme à la scène !*]

[**Emilie*] (rires !)Oui, C’est parfois difficile. Au sein du ballet, lorsque l’on répète ensemble, il peut y avoir des tensions. Mais je dois reconnaître qu’avec l’âge, je peux m’entendre avoir un ton pas « comme il faut » et je m’améliore. Il y a du mieux même si ce n’est pas encore tout à fait ça !

[**Jean-Charles*]. En fait, il y a les avantages et les inconvénients. On sait tout de suite jusqu’où on peut aller, on se comprend mieux également, mais c’est vrai que l’on peut s’énerver plus rapidement aussi! Mais au final, il en ressort de bonnes choses.

[**Depuis combien de temps êtes-vous ensemble ?*]

[**Emilie*]. Depuis trois ans

[**Vous pouviez l’imaginer un tel succès pour Pierre et le Loup créé avec votre compagnie ?*]

[**Jean-Charles*]. Personnellement, je trouve le point de départ génial, déjà, parce qu’il était inattendu, et d’ailleurs, tout est inattendu dans ce projet là. Emilie voulait s’inscrire pour « les affluents ». Les danseurs du Ballet présentent leurs propres propositions chorégraphiques. C’est une sorte de Carte blanche pour que les danseurs puissent s’exprimer. Mais elle s’y est prise un peu tard, le créneau était complet. [**Carole Redolfy*], secrétaire générale du ballet Preljocaj, a contacté Emilie, pour l’informer qu’un spectacle jeune public prévu dans le studio était annulé. Elle lui a proposé ce créneau, avec les contraintes particulières de s’adresser au jeune public et faire une création en studio.

[**Emilie*]. Au départ, je me suis dit que ne n’avais pas de chance. Je voulais faire une pièce tout public, avec un plateau, des lumières… mais au final, j’ai accepté ces contraintes de studio avec des cloisons, dont je me suis servi du reste pour mon décor. Faire avec les moyens du bord, avec des idées et ce que l’on a « sous la main », c’est une peu dans l’esprit de notre compagnie « (1) PROMPTU ».

[**Angelin Preljocaj a bien accueilli « (1) PROMPTU », mais il aurait pu s’inquiéter de vous voir partir.*]

[**Emilie*]. Effectivement, au début, j’ai pensé que cela pourrait poser quelques problème, mais au final, il aime nous motiver, nous pousse à proposer nos propres créations et à suivre notre propre chemin. Et puis il y a « les affluents », ces créations auxquels il tient beaucoup…

[**Jean-Charles*]. Si vous regardez les marches des grands escaliers du Pavillon Noir, ils portent le nom des danseurs qui ont fait ou font encore partie de la compagnie et au final, on se rend compte qu’un grand nombre d’entre eux sont devenus chorégraphes. Quelque part, cela n’a rien de très étonnant. Parce que dans le choix des danseurs, Angelin Preljocaj privilégie en tout premier lieu des personnalités qui dansent très bien. Pas seulement de très bons danseurs. Et quand on déniche des personnalités qui dansent très bien, c’est qu’elles ont des choses à dire. Logiquement, elles finissent par avoir besoin de s’exprimer à travers leurs propres créations. Angelin Preljocaj est donc habitué à ce que ses danseurs deviennent chorégraphes et montent leur compagnie…

[**Tout est-il construit dans vos chorégraphies ?*]

[**Emilie*]. J’ai tellement peu de temps pour créer que j’essaie au maximum de travailler toute seule de mon côté tout ce qui est phrases, gestuelles etc. Mais je prends aussi beaucoup d’idées de mes danseurs, m’inspire de leur interprétations. Ce qui fait que ça marche, c’est un bon équilibre entre les deux.

[**Quels sont vos projets ?*]

J’ai commencé la création de « Le Roi et L’oiseau » que nous proposerons le 13 octobre à l’espace No Va de [**Velaux en Provence*], et le public pourra voir ou revoir dans le même temps « Pierre et le Loup. »
Dans le spectacle « Le Roi et l’Oiseau » j’intègre des poèmes de [**Jacques Préver*]t sur une musique de … de…
[**Jean-Charles*] , au secours de sa belle [**Wojciech Kilar*], difficile à prononcer !
Je ferai partie de cette création, et on sera à peu près la même équipe que pour « Pierre et le Loup ». C’est une super aventure aussi.

[**Emilie*]. Je fais partie de la nouvelle création 2017 d’Angelin Preljocaj. sur une musique de [**Philip Glass*]. On travaille déjà dessus.

[**Jean Charles, comment travaillez-vous avec Emilie ?*]

[**Jean-Charles*] (rires). En fait, j’essaie de canaliser les idées, parce qu’il faut bien le reconnaitre, Emilie en a énormément. Il faut essayer de rester dans le contexte de la création, sans trop cloisonner Emilie, car je ne veux pas non plus brider son imagination !

[**Est-ce qu’il y a la place pour faire autre chose ?*]

[**Emilie*]. C’est sûr que Jean-Charles aimerait bien faire un foot de temps en temps ! Il a failli être professionnel mais ça, il ne le dit pas …
Quant à moi, quand j’ai un peu de temps, je tricote !!! Je fais des créations, je retape aussi des meubles, je fais des vêtements pour enfants. C’est vrai que je dois être un peu trop curieuse ! J’aimerais tellement savoir tout faire !

[**Pétra Wauters*]


Plus d’information sur Emilie Lalande et Jean-Charles Jousny. ainsi que sur le ballet Preljocaj


Contact : redaction@wukali.com
WUKALI 07/07/2017
Illustration de l’entête: Emilie Lalande et Jean-Charles Jousny au repos avant la répétition, ©Pétra Wauters


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