The inventor of electroacoustic music, Pierre Henry, has just passed away


[**Pierre Henry*] vient de mourir aujourd’hui Jeudi 6 juillet, il avait 89ans.

Un souvenir me revient en mémoire c’était lors d’une fête de la musique à Paris il y a près de quinze ans je crois. La nuit était chaude, beaucoup de monde dans les rues et j’avoue que ce que j’avais écouté dans mes pérégrinations du côté du Châtelet ou de l’Hôtel de ville ne m’avait guère plu. Je décidais donc d’aller du côté du Palais-Royal, en général c ‘est[** Radio-France*] qui organise à cet endroit des concerts et ce devrait être bien. À peine franchi le guichet du côté de la place Colette une musique poussée par un volume sonore très puissant me saisit. Était ce ou non avant ou après l’installation des colonnes de Buren, je ne me rappelle plus mais ce que je sais, c’est qu’une foule de jeunes-gens hypnotique se pressait pour assister à ce concert. Musique étrange, concrète, presque matière, j’avais l’impression de la pouvoir palper, la toucher, matérialisée, physique, réelle et gluante. Ce n’est guère la musique que j’ai l’habitude d’écouter, mais étrangement je fus ce jour là happé par ces sonorités diffusées par des batteries de hauts-parleurs installés en colonnes à différents endroits de l’espace, entre le Ministère de la culture et la Comédie-Française. J’écoute médusé par ce charme étrange, ces concrétions sonores. La foule est agglutinée. Mais de qui est ce, qui est ce musicien que j’aperçois oeuvrant dans la nuit d’été autour d’une console électronique sous un auvent sommaire et entourée de deux assistantes? Trois maigres ampoules électriques au bout d’un fil les éclairent. Il officie tel un père Noël, crinière blanche et barbe chenue. Je suis troublé par cette musique, j’essaie de me renseigner mais mes jeunes voisins ignorent tout du compositeur ! C’est une expérience particulière, un magma sonore, intéressant en tous cas ! Je rentre tard cette nuit là chez moi. L’impossibilité de mettre un nom sur ce musicien me turlupine. Le lendemain dés mon réveil et immédiatement un nom me vient comme un boomerang en mémoire. Oui c’est lui, c’est bien lui [**Pierre Henry*] !

– [**Le pape de la musique électro-acoustique, le dernier héritier*].

[**Pierre Henry*], son nom est indissociable de celui de [**Pierre Schaeffer*], et si la génération actuelle fait de la musique électro-acoustique sans le savoir, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, les premières compositions de Pierre Henry (quoique l’expression ne soit pas la plus adaptée) datent des années cinquante.

La radio en ce temps là tenait une place capitale, et la RTF avait mis à disposition de Pierre Schaeffer homme de radio, écrivain et compositeur un studio d’expérimentation sonore, [**Pierre Henry*] et [**Pierre Schaeffer*] collaborent ensemble, Pierre Henry est le plus jeune. Ainsi naitra dès 1950 la Symphonie pour un homme seul (1950) puis l’opéra concret Orphée en 1953. La radio était défini comme production et diffusion d’un art électronique d’avant-garde comme l’avait défini [**Stockhausen*].

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Pierre Schaeffer est le théoricien et le chef de file. Le temps est à la recherche musicale. Le 2 décembre 1954 [**Edgar Varèse*] crée au théâtre des Champs-Élysées, Désert, dirigé par [**Hermann Scherchen,*] des sons au lieu de notes. L’événement fait scandale comme l’avait été la création du Sacre de [**Stravinsky*] dans le même lieu en 1913.

Pierre Henry se livre à des expérimentions musicales, qui de définissent de la manière suivante: «travail sur le son, utilisation de l’enregistreur sonore comme instrument de composition et ultime support de conservation de l’oeuvre, l’utilsation musicale des moyens électro-acoustiques et l’acceptation de la pensée technologie-scientifique comme base conceptuelle de réalisation» (Alvise Vidolin)

Pierre Henry est associé à Pierre Schaeffer pour la création en 1954 du [**Groupe de recherche de musique concrète*]. Le GRMC devient l’épicentre d’un foisonnement créatif musical où l’on retrouve de nombreux compositeurs tels :[** Pierre Boulez, Olivier Messiaen, Darius Milhaud, Karlheinz Stochausen*], mais aussi le physicien [**Abraham Moles*] qui s’intéresse à l’application de la théorie de l’information de [**Claude Shannon*] à l’esthétique musicale

La musique électro-acoustique n ‘a pas toujours été reçue avec des bouquets de fleurs et son cheminement dans les esprits et les modes prendra du temps. Ainsi [**Claude Lévi-Srauss*] écrivait-il dans Mythologiques: «La musique concrète a beau se griser de l’illusion qu’elle parle: elle ne fait que patauger à côté du sens.»( 1Le Cru et le Cuit. Paris. Plan, 1964 p31).

Pierre Henry a développé le concept de spatialisation de la musique tout comme le feront pareillement plus tard [**Yanis Xénakis, Luigi Nono*] ou [**Luc Ferrari*]. Dans son appartement de l’avenue Daumesnil à Paris, Pierre-Henry aimait à recevoir chaque mois des invités pour qui il expérimentait des compositions

En 1967 avec La messe pour le temps présent, une commande de [**Maurice Béjart*] à Pierre Henry, ce dernier connait la gloire. La musique électroacoustique dès lors a reçu ses quartiers de noblesse.

L’oeuvre de Pierre-Henry est aujourd’hui pleinement reconnue, s’il est joué à la Cité de la Musique, à La Philharmonie et récemment encore à L’Arsenal de Metz, notons que les amateurs de «techno» qui ignorent son nom lui doivent une certaine reconnaissance. Pont générationnel ? Gageons que dans les «discos» les DJ auront ce week-end une pensée pour lui. Comme quoi, comme dirait Brassens: «le temps ne fait rien à l’affaire !»

[**Pierre-Alain Lévy*]


Contact : redaction@wukali.com
WUKALI 06/07/2017
Illustration de l’entête: Pierre Henry à L’Arsenal à Metz. ©Photo Wukali

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