You love drawings? A fantastic exhibition to be seen in Metz, drawings of artists from the collections of the Musée d’Orsay


[**Laurence des Cars*] est la toute jeune directrice des [**Musées d’Orsay et de l’Orangerie *] et en charge à cette fonction depuis le 15 mars. Reprenant le navire d’un bateau amiral mené avant elle par [**Guy Cogeval*], elle a maintenu le cap pour la mise en place d’une politique de pédagogie et de communication conduite avec une volonté de décentralisation. C’est ainsi qu’ a pu être organisée cette magnifique exposition intitulée : [**Des vies et des visages. Portraits d’artistes du Musée d’Orsay*] et qui a pour cadre le [**Musée de la Cour d’Or*] à [**Metz*] qui vient de débuter, et qui se déroulera jusqu’au 3 juillet 2017. «Un grand établissement national se doit d’avoir une politique territoriale», nous a confié Laurence des Cars, «Il faut ainsi quel le musée d’Orsay et celui de l’Orangerie puissent aller en région pour partager des chefs d’oeuvre».

Et quels chefs d’œuvre et quelle chance aussi de pouvoir admirer ces dessins dont chacun sait la fragilité et la difficulté à être exposés. Quel bonheur aussi que cet itinéraire poétique accompagnés de[** Baudelaire*] qui inaugure l’exposition avec son autoportrait de 1860, ou ces dessins figurant [**Verlaine*] (né à Metz faut-il le rappeler!) dont un superbe crayon noir, pastel, avec des rehauts de blanc et sanguine sur papier de [**Frédéric-Auguste Casals*], datant de 1890, le représentant à l’hôpital Broussais entrain de fumer adossé à une fenêtre, et ma foi fort peu connu! Un itinéraire émouvant aussi avec un dessin ( je m’abstiendrai à partir de maintenant d’adjectifs laudateurs tant ils seraient indispensables à utiliser tout au cours de cette exposition) de l’entourage d'[**Edgar Degas*] est-il précisé et représentant l’artiste malade. On souffre, en voyant ce visage marqué par le temps et la douleur. L’artiste était aveugle et depuis longtemps d’ailleurs, ses premiers problèmes de vue remontant eu début des années 80, il souffrait en outre d’insuffisance prostatique, il mourut d’un anévrisme cérébral le 27 septembre 1917 et le dessin exposé a manifestement été réalisé fort peu de temps auparavant.

On découvrira pareillement un autoportrait très rembranesque de [**Léon Bonnat*] d’une puissance impressionnante, daté de 1858 ( plume et encre brune, lavis brun et noir sur papier vernis ). Faut-il rappeler que Léon Bonnat originaire de Bayonne ( il y a son musée éponyme) fut un grand collectionneur et un admirateur de [**Delacroix*]. Et puis nombre d’autoportraits bien évidemment, celui de [**Carpeaux*] et datant de 1859 (une huile sur papier) est particulièrement intense, quant à celui représentant [**Gustave Courbet*] l’autoportrait à la pipe de 1871(fusain sur papier) on y découvre un personnage aux yeux rieurs et malicieux entrain de fumer une ce ces bouffardes anglaises en terre cuite qui pendant longtemps firent l’admiration de ceux qui aimaient à pétuner comme disait [**Cyrano*]! Un autre dessin toujours de Courbet le représente dans sa cellule à Ste Pélagie où il fut incarcéré en 1871 après la chute de la Commune (dessin au charbon de bois). Le dessin est «réaliste», essentiellement anecdotique, on aperçoit dans le coin droit des «gogues» (pour faire chic!) avoisinant avec un lavabo!

Caractéristique aussi de cette exposition: des dessins de peintres qui se peignaient entre eux, échanges chaleureux et complices entre artistes, complémentarité des regards ainsi que des savoirs-faire et ils sont nombreux dans cette exposition et on ne sait trop lesquels citer tout en ayant garde de n’en pas oublier, leurs anges-gardiens tutélaires veillent…!

Vous admirez un dessin charmant et très psychologiquement descriptif fait de [**Toulouse-Lautrec*] par [**Georges Manzana-Pissarro*], troisième fils du peintre impressionniste; Toulouse Lautrec y est vu en buste de profil droit, le visage sérieux, binocles sur le nez, la barbe soigneusement taillée, la nuque dégagée.

Au fil de la visite le double portrait de [**Paul Gauguin*] et de [**Camille Pissarro*] (1879-1883) ne manquera pas de vous intriguer, un témoignage de l’amitié qui liait ces deux homme, Pissarro le patriarche le «maître des impressionnistes» et le jeune Paul Gauguin qui débutait dans le métier sous la houlette bienveillante de Jacob Abraham Camille Pissarro, dit Camille Pissarro, maître de [**Cézanne*], il conviendrait de ne pas l’oublier. Les deux peintres sont pris l’un par l’autre sur le vif sur la même feuille de papier, à quelques années d’intervalle, les techniques sont également différentes.

Il serait juste de pouvoir citer toutes les oeuvres de tous ces peintres, tous ces dessinateurs et sculpteurs aussi qui constituent le coeur battant de cette exposition, certains sont fameux et leur mémoire est installée dans le panthéon des Illustres, d’autres n’ont pas eu le chance d’atteindre à cette notoriété, ce qui ne remet rien en cause eu égard à leurs talents. Le mérite au demeurant d’une exposition de ce genre est de restituer et de faire vivre l’oeuvre de tous ces artistes, le trébuchet du temps succombe parfois quand le talent éclate et que ces artistes retrouvent après leur disparition la vérité artistique de ce qu’ils furent et hélas parfois snobée de leur vivant..

L’exposition est riche, l’on s’en aperçoit, et quelle chance pour les visiteurs du Musée de la Cour d’Or à Metz que de pouvoir admirer tant de chefs d’oeuvre, son titre est d’ailleurs pertinent et parfaitement justifié. On ne peut citer dans un article tous les artistes exposés, mais s’il en était un seul que je devrais citer, le cou sur le billot, nonobstant (langage de pandore) tous les autres, un nom, un nom seul, me viendrait à l’esprit immédiatement et cette fois-ci, revenant sur mes considérations antérieures, j’utiliserais force adjectifs louangeurs. Celui d'[**Odilon Redon*] (1840-1916). Mon maître en histoire de l’art, [**Maurice Serrulaz*], ancien Conservateur en chef du Cabinet des dessins du Musée du Louvre, portait cet artiste au pinacle ( sans oublier [**Delacroix*] bien entendu et dont il était le spécialiste mondial reconnu).

Oui cher maître vous aviez raison, «Peintre maudit» ( c’est d’ailleurs le titre que vous aviez donné à l’un de vos ouvrages et où d’évidence vous recensiez Odilon Redon) , certes, mais aussi un génie exceptionnel, un talent bouleversant, une technique, une main uniques, sans parler de l’imaginaire et du fantastique qui signent aussi l’infinie maîtrise de l’artiste. Et les dessins d’Odilon Redon sélectionnés pour cette exposition sont comment dire … sublimes! Allez-les admirer, rien n’est meilleur qu’un regard, prenez du temps devant chaque oeuvre à vous laisser pénétrer par son intensité, son rayonnement par ce supplément d’âme comme dirait[** Bergson*], et quand vous vous positionnerez devant les dessins d’Odilon Redon, si vous n’êtes pas saisi par la beauté, par la force esthétique qui s’en dégage, si vous ne tombez pas amoureux du portrait de Marie Botkin, (voir la photographie illustrant l’entête de l’article), si vous demeurez indifférents, alors mieux vaut prendre un abonnement annuel à votre club de football local ou … mais je délire !

[**Pierre-Alain Lévy*]


Musée de la Cour d’Or à [**Metz*]
Exposition : Des vies et des visages. Portraits d’artistes du Musée d’Orsay
Jusqu’au 3 juillet 2017


Contact : redaction@wukali.com
WUKALI 15/04/2017
Illustration de l’entête: portrait de Marie Botkin par Odilon Redon. ©Wukali

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