About Mexican migrants, a bedside book for D. Trump and M. Le Pen


Voilà un court roman, une grande nouvelle qu’il faut lire. Un instituteur mexicain Cuauhtémoc quitte tout (son métier, sa famille) pour retrouver son père dont il est sans nouvelle depuis des années aux États Unis. De l’autre côté de la frontière, de l’autre côté du Rio Grande. Il part avec d’autres migrants avec un passeur car ils n’ont pas de visas. S’ensuit une longue marche sous le soleil impitoyable dans le désert. Cuauhtémoc est un taiseux, ne se lie avec personne, se heurte avec le coyote surnom du passeur. Quand ils vont arriver à la frontière, la caravane est attaquée, avec la complicité du passeur par des pilleurs voulant les derniers maigres biens des migrants. Cuauhtémoc avec une petite fille et sa mère arrivent à se sauver. Malgré la fièvre qui le ronge, malgré la traque des bandits, ils arrivent à passer de l’autre côté du Rio Grande. Et surtout je ne vous raconterai pas les dernières pages de ce livre et comment Cuauhtémoc achève sa quête.

Soit ce livre semble d’actualité avec les rodomontades du nouveau président américain. Mais de fait depuis des lustres des dizaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants ont traversé ce désert vers une sorte de terre promise pour essayer de sortir de la misère dans laquelle ils vivent. Plus d’un n’y sont pas arrivés et leurs tombes bornent le chemin vers les États Unis. Sur le chemin, ces démunis sont aidés de fait par des encore plus démunis qu’eux qui leur offrent le peu qu’ils ont : de l’eau, de l’ombre.

Mais Mojado ne raconte pas que le calvaire des migrants sud-américains, mais celui des migrants du monde entier, quel que soit leurs pays d’origine qui préfèrent tout quitter, risquer de mourir plutôt que de rester chez eux où il est certain que la mort viendra les chercher. Ils savent que certains passeurs sont des rapaces, mais cela ne les arrête pas. L’instinct de survie, la soif dans un futur meilleur transcende tout, surmonte les peurs, les réticences.

[**Dominique Falkner*] écrit sur ce qu’il connaît, ce chemin dans le désert, vers la frontière, il l’a effectué et c’est pour cela que le lecteur arrive sans mal, tout naturellement à mettre ses pas sur ceux de Cuauhtémoc et ses compagnons, il a chaud comme eux, il a soif comme eux, il est épuisé comme eux, il a peur comme eux.

Et puis, il a un immense humanisme qui se dégage de ce roman, une empathie totale pour ces oubliés de l’histoire et de la prospérité, pour tous les migrants obligés de partir : « La vie ne peut être comprise qu’en regardant en arrière, même si elle doit être vécue en regardant en avant, c’est-à-dire vers ce qui n’existe pas. »

[**Mojado*] devrait être lu par tous les populistes qui déclament que tous nos maux proviennent des migrants. Ils n’ont qu’oublié que ce ne sont que des hommes qui ne souhaitent qu’une chose : vivre.

[** Émile Cougut*]

[([**Au sujet de l’auteur *]

Après avoir beaucoup bourlingué et vécu au Danemark, en Norvège et en Angleterre, Dominique Falkner s’installe aux États-Unis en 1986, où il réside toujours. Il vit en Floride, au Colorado et en France en Saône-et-Loire.

Il est l’auteur de romans De nulle part et d’ailleurs et Femmes et autres désordres, d’un carnet Door County, d’un récit de voyage Ça n’existe pas l’Amérique, et d’une traduction de poésie amérindienne Le chant de la route. Pour écrire Mojado, Dominique Falkner a partagé le voyage des Mexicains qui tentent de passer la frontière entre le Mexique et les US.)]


[**Mojado
Dominique Falkner*]
éditions Envolume. 14€90


Contact : redaction@wukali.com
WUKALI 10/04/2017

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