[**Ossip Mandelstam (1891-1938)*], est un grand poète russe, un grand poète juif. Pour tous ceux qui s’étonneraient de cette double appartenance, de cette fraction d’identité, et offusqués, «indignés» que dis-je, se draperaient dans un esprit universaliste feint, leurs réactions s’apparenteraient à un déni de l’histoire et une fragilité d’esprit suspecte. Rappelons que tant dans la Russie tsariste que plus tard en URSS, la politique des quotas voire celle des nationalismes et des communautarismes était de rigueur. Sous des discours manipulateurs d’apparence internationaliste et généreux, le léninisme et le stalinisme ont distillé des poisons abominables. Quiconque au demeurant y verraient des similitudes avec des discours faussement naïfs ou nauséabonds, de l’un ou l’autre bord politique dans ses extrêmes, et que l’on entend aujourd’hui dans des professions de foi électorales seraient parfaitement en droit de le faire. L’histoire parfois repasse les plats mais toujours avec d’autres fumets !

Ossip Mandelstam, est un poète russe, pareillement passionné de musique et de théâtre, en outre c ‘est aussi un amoureux de la langue française (il séjourna étudiant à Paris et fit des études à La Sorbonne). Très tôt il se rend compte de la véritable nature du régime soviétique et communiste et dès lors ne cessera pas et avec vaillance de le combattre. Il s’opposera avec résolution et un courage fou aux dérives staliniennes et il le fera savoir. Ce sera pour lui le début d’un long calvaire. Il sera arrêté par le Guépéou, condamné et emprisonné aux travaux-forcés dans des camps. Épuisé par les sévices, il meurt de faim, de froid le 27 décembre 1938.

En France dans le même temps de grands poètes- [**Aragon, Eluard*]-, mais aussi ailleurs [**Néruda*], tissèrent, hélas, des couronnes de fleurs à [**Iossif Vissarionovitch Djougachvili*] dit [**Joseph Staline*]… Anachronique mais visionnaire, c ‘est en 1927 pourtant que [**Julien Benda*] avait écrit La trahison des clercs

[**Pierre-Alain Lévy*]


– Epigramme à Staline

Nous vivons, insensibles au pays qui nous porte,
À dix pas, nos voix ne sont plus assez fortes.

Mais il suffit d’un semi-entretien,
Pour évoquer le montagnard du Kremlin.

Ses doigts épais sont gras comme des asticots,
Et ses mots tombent comme des poids de cent kilos.

Il rit dans sa moustache énorme de cafard,
Et ses bottes luisent, accrochant le regard.

Un ramassis de chefs au cou mince l’entoure,
Sous-hommes empressés dont il joue nuit et jour.

L’un siffle, l’autre miaule, et un troisième geint,
Lui seul tient le crachoir et montre le chemin.

Il forge oukase sur oukase en vrai forgeron,
Atteignant tel à l’aine, tel à l’œil, tel au front.

Et chaque exécution est un régal,
Dont se pourlèche l’Ossète au large poitrail.

[**Ossip Mandelstam*]

In Tristia et autres poèmes, © Poésie/Gallimard, 1982 p. 171-172


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WUKALI 07/04/2017


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