Impressive characters, an excellent novel, a hymn to life


Une héroïne : Kim. Au début du roman, elle se pose une question qui trouble les hommes depuis le début de l’humanité : « Est-ce que la vie vaut la peine ? », à la fin, elle comprend que « l’énoncé correct aurait dû être : « Est-ce que ma vie à moi vaudra la peine ?  » 

Tout est dit : ma vie est la mienne, elle sera ce que j’en ferai, je doit assumer mes choix et progresser. La vie des autres, n’est pas la mienne, je n’ai aucun droit pour les juger, les critiquer. Par contre, à leur contact, en comprenant les leçons de leurs expériences (positives aussi bien que négatives), je pourrai trouver mon chemin pour ma vie, en quelque sorte pour la vérité qui va me guider durant toute ma vie. Nous ne sommes pas loin de la maïeutique si chère à Socrate : « connais-toi, toi même. » Et c’est bien parce qu’elle se connaît mieux que Kim comprend que sa première question était mal formulée.
Kim n’a jamais connu son père qui était parti bien avant sa naissance, ni sa mère, morte en couche. Elle a été élevée sur son île natale, celle de Groix, au large de Lorient, par sa grand-mère surnommée le Chat. Elle tient le magasin de presse de l’île avec son compagnon Clovis. Elle est heureuse, ne se pose pas de question jusqu’au jour ou sa grand-mère lui téléphone de Berne : elle est en pleine forme, mais a décidé de mourir.

Kim ressent le besoin de comprendre la démarche de son aïeule, aussi part-elle pour Antibes, ou elle est engagée par Côme comme dame de compagnie de sa mère Gilonne, une ancienne actrice qui a vécu dans le luxe et qui a l’habitude d’être servie. Gilonne plonge de plus en plus dans ses souvenirs qui confinent plus au déni qu’à tout autre chose. Car tout ce qu’elle a fait n’est pas qu’à son honneur. Soit durant la Seconde Guerre mondiale elle s’est mise au piano pour charmer l’officier allemand venu arrêter les deux enfants juifs cachés chez ses parents qui purent ainsi s’enfuir et devenir deux grands musiciens. Mais elle porte en elle la mort de son frère et encore plus. Kim a du mal à démêler le vrai du faux d’autant que très vite, elle apprend que le fils unique de Gilonne est mort depuis deux ans. Alors qui est celui qu’elle appelle son fils qui vient tous les week-end de Menton pour s’occuper d’elle ? Un escroc qui veut faire main basse sur la fortune de la vieille dame ou un jeune homme dans une démarche originale, sincère, dans une vraie thérapie pour surmonter une terrible blessure de son enfance ?

Kim fait son enquête pour comprendre ces deux êtres cabossés par la vie et s’aperçoit que la vérité est parfois tellement si terrible et destructrice qu’il faut mieux se rattacher aux dénis, aux mensonges, aux apparences. Cette quête lui permet de reformuler sa question première, de comprendre la démarche de sa grand-mère, mais surtout de décider de son avenir : elle va revenir à Groix, accouchera de l’enfant qu’elle porte, et si, comme elle le croit, Clovis est partie avec une autre, elle l’élèvera seule comme le veut la malédiction familiale.

Les couleurs de la vie est un vrai hymne à la vie, empli d’un grand optimisme. [**Lorraine Fouchet*] nous montre que derrière les apparences se trouvent des douleurs, des angoisses, des peurs et que chacun essaie de les résoudre comme il peut. Gilonne était « imbuvable » au temps de sa gloire mais n’était-ce pas sa façon de ne pas penser à la culpabilité qui la rongeait ? Côme a une attitude soit irrationnelle soit très « suspecte », mais quand Kim prend le temps non de l’entendre mais de l’écouter, elle voit s’ouvrir devant elle un univers d’empathie. Et puis, elle même n’est-elle pas victime des apparences ? Sera-t-elle les surmonter pour être heureuse ?

Quand j’ai lu Les couleurs de la vie, je me suis vu souvenu de ma première arrivée en voilier à Groix et au choc que j’ai ressenti à sa vue. Lorraine Fouchet sait parfaitement décrire la magie qui se dégage de l’île, son unicité par rapport aux autres îles bretonnes. Par bien des aspects, elle n’est pas s’en faire penser à un autre grand écrivain breton : [**Olivier Adam*].

La Bretagne, la Côte d’Azur (avec sa mer morte car il n’y a pas de marées), des personnages pittoresques aux caractères bien marqués, beaucoup de douleurs, mais surtout énormément d’empathie, d’élan vers l’autre et d’amour ; voilà un cocktail qui ne peut que donner du plaisir au lecteur.

[** Émile Cougut*]


[**Les couleurs de la vie
Lorraine Fouchet*]
éditions Héloïse d’Ormesson. 21€ (sortie en librairie le 30 mars)


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WUKALI 26/03/2017

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