Political intrigues in a French town undermined by the economic crisis, the mean attitudes of local executives


Après Augustin Molinier (personnage principal du Panégyrique de l’empire dont j’avais fait la chronique dans Wukali), le nouvel héros de [**Christian de Molinier*] dans [**Le pays des crétins*] s’appelle Mathieu Robili. Le pays des crétins est une région, une ville du nord de la France, placée dans les Ardennes, mais qui n’est quand même pas loin de faire penser à [**Valenciennes*]. C’est une ville totalement sinistrée, ancien centre industriel important, la crise économique a détruit la plupart des endroits. De plus, les édiles locaux ne brillent pas par leur esprit d’innovation et sont d’un immobilisme total. Le centre ville est dégradée, les commerces ont disparu et la cité ouvrière en périphérie, le quartier Bourgogne, est devenue un véritable taudis où règne une misère profonde. C’est dans cet univers que débarque Mathieu pour prendre son premier poste d’ingénieur à la direction des routes. S’il a fait ce choix c’est pour rejoindre sa sœur Sophie. Cette dernière vit avec ses deux petites filles, son mari l’ayant quittée ne supportant plus la maladie de sa femme. Sophie est dépressive depuis des années, elle est dévastée par des idées fixes, passe plus de temps recroquevillée sur son canapé qu’à l’hôpital où elle est infirmière. Très vite on comprend que son mal est dû à l’attitude de leur mère qui l’a toujours critiquée si ce n’est même rejetée.

Mathieu s’occupe de sa soeur et de ses nièces mais s’ennuie. Nous sommes au début des années 80, et notre héros ne partage pas la politique du gouvernement de gauche. Aussi, en outre pour s’occuper, il adhère au parti républicain, bien que celui-ci gère la ville. Très vite il entre en contact avec Dominique Beaulieu, un avocat d’affaire qui a eu un coup de cœur pour la ville, a racheté le club de football local et ne cache pas ses ambitions de devenir maire pour redynamiser la ville. Les caciques locaux sont persuadés qu’il n’a aucune chance de réussir car il n’est pas un enfant du pays. Et le parisien a bien du mal à rassembler autour de lui des personnalités en vue de la ville. En plus, Mathieu fait montre d’une grande intransigeance et assez vite il s’éloigne de lui, d’autant qu’il a peur pour sa sœur qui est draguée par Feustein, le conseiller de Beaulieu. Mathieu préfère s’occuper de la rénovation du quartier Bourgogne plutôt que de diriger les services techniques de la ville. Surtout que ravagé par le suicide de Sophie, il est en pleine déroute morale et finit par compenser cette absence en se mariant avec Valérie qu’il n’aime pas mais qui ressemble vaguement à sa sœur.

Le moins que l’on puisse dire c’est que la fin n’est pas très réjouissante, mais d’un parfait réalisme.

Augustin Molinier était antipathique, une sorte d’ours misanthrope, Mathieu Robili est tout aussi misanthrope mais pas pour les mêmes raisons. C’est un homme introverti, timide, quelque peu psychorigide, incapable de faire les moindres concessions. Un homme qui souffre énormément, qui a une relation plus qu’ambiguë avec sa sœur et qui ne peut ou ne veut pas comprendre que ce n’est pas lui qui la guérira. Un « pur » qui ne peut concevoir que sa droiture n’est pas partagé par tous. Une sorte de prince Michkine des temps modernes qui crée lui-même sa solitude. Il n’a de l’empathie que pour Valérie, sinon c’est un concept qui lui est totalement étranger.

J’ai beaucoup apprécié la description de cet univers de misère sociale et intellectuelle qui ne comprend pas que sa richesse fait partie du passé, passé auquel se rattache des élus locaux qui ne pensent qu’à profiter des avantages de leur mandat et ne peuvent concevoir que d’autres qu’eux, que des non autochtones puissent aller de l’avant. Il n’est pas difficile de voir [**Jean Marie Borloo*] derrière Dominique Beaulieu, voire [**Alain Juppé*] si l’action se déroulait dans le sud-ouest.

Le pays des crétins une belle pierre dans l’édifice littéraire que crée [**Christian de Molinier.*]

[**Émile Cougut*]


[**Le pays des crétins
Christian de Molinier
*]
Éditions du Val. 12€


*Contact *] : [redaction@wukali.com
WUKALI 16/01/2017

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