Success is not final, failure is not fatal: it is the courage to continue that counts.


Encore une biographie de [**Wilson Churchill*] dira-t-on. Oui, une nouvelle biographie et depuis celles de [**Pierre Assouline*], de [**Catherine Heyrendt-Sherman*], de [**George Touzenis*] voire même de [**Sophie Doucet*], il est certain que tout ou presque a été dit, écrit sur cet homme en tout point remarquable qui marqua l’[**Angleterre*] et même le monde au XXème siècle. Dans la longue liste des biographes de l’ancien premier ministre de sa glorieuse majesté, il ne faut pas oublier, bien sûr, le professeur [**François Kersaudy*]. Il est l’auteur d’une très remarquée étude sur les relations (ô combien complexes) entre [**Churchill et de Gaulle*], de biographies de [**Goering*] ou de [**Mountbatten*] et surtout de plusieurs ouvrages sur Churchill comme Wilson Churchill, le pouvoir de l’imagination ou encore Le monde selon Churchill. Et voilà qu’il commet un ouvrage sur Churchill en stratège. En mauvais stratège soit dit en passant.

Mais pour autant c’est bien la vie de Churchill qui est décrite à travers ce prisme : l’élève moyen, plus attiré par la collection des papillons que par les études, mais qui réussit grâce à sa mémoire phénomènale. Il voulait être député car son père le fut, et Premier ministre parce que justement son père ne le fut pas. Pour être député, il est persuadé qu’il faut avoir des médailles, alors il commence une carrière militaire. Mais s’il se sent capable de commander une armée (il n’est pas le descendant direct du [**duc de Malborough*] pour rien), la vie de simple officier surtout en temps de paix ne l’enchante guère. Il connaîtra le feu aussi bien aux Indes qu’en Afrique du sud et même dans la Somme où il fera montre d’une absence totale de peur et d’une chance inouïe : ses camarades d’arme se font tués ou blessés à ses côtés, il n’a pas une égratignure. Mais comme il a un train de vie à entretenir et que sa solde est insuffisante, il se fait journaliste, un journaliste de guerre de talent, où il fait déjà preuve d’analyses visionnaires sur l’état du monde. Écrivain à succès, ses réflexions que la conduite de la guerre ne lui font pas que des amis chez les officiers généraux.

Il est élu député et il fait montre d’une verve, d’un talent oratoire rarement égalé au Parlement. Il entre très jeune au gouvernement, comme travailliste et il fait montre de ce qui le caractérisera durant toute sa carrière : une capacité de travail hors norme, un talent certain d’organisateur, quitte à se perdre dans les détails, une forte tendance à s’occuper des problèmes relevant d’autres ministères. Mais il quitte très vite les travaillistes pour entrer dans les divers gouvernements conservateurs. Lors de la Première Guerre mondiale, il est le seul politicien-guerrier et il met ses connaissances au service de son pays. Son action comme Lord de l’Amirauté explique en grande partie les victoires navales anglaises. Mais quand il se mêle de stratégie, les résultats sont loin d’être à la hauteur de ses espérances et il est obligé de démissionner après le désastre des [**Dardanelles*].

Mais il a su se rendre indispensable et il revient très vite aux affaires, même comme ministre des finances alors qu’il n’entend pas grand-chose à l ‘économie.
La seule chose qui l’intéresse c’est la gloire de l’empire britannique qui doit être le défenseur de la paix. Et donc, conformément à l’adage romain, pour avoir la paix il veut que l’on prépare la guerre et Churchill s’insurge contre la faiblesse de l’armée.
Quand il prend, enfin, la tête du gouvernement au début de la Seconde Guerre mondiale, les défaites continues des Anglais sont en grande partie dues à leur totale impréparation. Mais Churchill a un but, gagner la guerre et il mettra son extraordianire énergie à ce service. Quand ce sera fait, il voudra toujours une chose, enrailler le déclin de l’empire et préserver la paix par tous les moyens.

Churchill fut un tribun, un propagandiste, un inventeur, un novateur (la défense des chars d’assaut en 1915 contre l’état-major, le développement de l’aviation militaire,etc.), un organisateur hors pair, un vrai tacticien, mais, car il y a un «mais», contrairement à ce qu’il pensait, il aurait souvent mieux valu qu’il ne s’occupât pas de stratégie car il était un déplorable stratège. Il confondait ses désirs et la réalité, le souhaitable et le possible, s’arrêtant sur des détails accessoires et n’ayant aucune vision de l’ensemble, négligeant la logistique et l’intendance. Heureusement, et c’est aussi la marque d’un grand homme il a su s’entourer de personnes de valeurs comme les généraux [**Brooke, Pound, Alexander, Montgomery*] ou encore [**Antony Eden*] qui arrivent à supporter le rythme infernal de travail qu’il leur fait mener, mais qui surtout arrivent à le pondérer et évitèrent bien des désastres. Sans eux, il n’est pas certain que la mémoire du prix Nobel de littérature soit ce qu’elle est. Sans cette fructueuse collaboration, Churchill ne serait pas le grand homme du XXème siècle.

C’est ce que [**François Kersaudy*] nous démontre brillament dans ce livre à la très riche iconographie.

[** Félix Delmas*]


[**Churchill : stratège passionné
François Kersaudy*]
éditions Perrin Taillandier. «Collection Maîtres de guerre.» 24 €


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WUKALI 14/12/2016

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