Pendant la Renaissance les poètes aimaient à rendre hommage à la beauté de la femme et célébrer la nudité de son corps et de son visage dans tous leurs détails. C’est que l’on appelait blasonner. [**Clément Marot*], [**Pierre de Ronsard*] y excellaient, tout comme [**Michel d’Amboise*],[** Eustorg de Beaulieu*] ministre événgélique auteur de L’Évangile des filles ou [**Antoine Héroët*] évêque de Digne et auteur de La Parfaite amye. Le blason devenait parfois moquerie et satire pour dénoncer les turpitudes physiques et les ravages du temps tel le poème de Marot que nous présentons. Par commodité de lecture pour le lecteur contemporain nous avons transposé le texte d’origine en français moderne avec une orthographe adaptée. La peinture que nous avons choisie en illustration est un détail d’une oeuvre d'[**Hans Baldung Grien*] (Gmünd, 1484 – Strasbourg, 1545), Les Trois âges de la Mort, peinte entre 1541 et 1544, huile sur toile mesurant 151 cm de haut sur 61cm et exposée au[** musée du Prado*] à Madrid, et en parfaite adéquation temporelle avec le poème.

[**P-A L*]


Tétin, qui n’as rien, que la peau,
Tétin flac, tétin de drapeau,
Grand’ Tétine, longue Tétasse,
Tétin, dois-je dire besace ?
Tétin au grand vilain bout noir,
Comme celui d’un entonnoir,
Tétin, qui brimballe à tous coups
Sans être ébranlé, ne secoue,
Bien se peut vanter, qui te tâte
D’avoir mis la main à la pâte.
Tétin grillé, Tétin pendant,
Tétin flétri, Tétin rendant
Vilaine bourbe au lieu de lait,
Le Diable te fait bien si laid :
Tétin pour tripe réputé,
Tétin, ce cuydé-je, emprunté,
Ou dérobé en quelque sorte
De quelque vieille chèvre morte.
Tétin propre pour en Enfer
Nourrir l’enfant de Lucifer :
Tétin boyau long d’une gaule,
Tétasse à jeter sur l’épaule
Pour faire (tout bien compassé)
Un chaperon du temps passé ;
Quand on te voit, il vient à maints
Une envie dedans les mains
De te prendre avec des gants doubles
Pour en donner cinq ou six couples
De soufflets sur le nez de celle
Qui te cache sous son aisselle.
Va, grand vilain Tétin puant,
Tu fournirais bien en suant
De civettes et de parfums
Pour faire cent mille défunts.
Tétin de laideur dépiteuse,
Tétin, dont Nature est honteuse,
Tétin des vilains le plus brave,
Tétin, dont le bout toujours bave,
Tétin fait de poix et de glu :
Bren ma plume, n’en parlez plus,
Laissez-le là, ventre saint George,
Vous me feriez rendre ma gorge.

[**Clément Marot (1496-1544)*]


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WUKALI 23/11/2016

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