Witches of Salem, but in France under King Louis XIII.


Voilà un nouveau livre sur [**Urbain Grandier*] et les possédées de[** Loudun*]. Voilà un roman et non un livre d’histoire dont les faits, réels, ont été étudiés, décortiqués par les historiens car ils symbolisent parfaitement la politique de [**Richelieu*] pour imposer le pouvoir royal non seulement sur tout le territoire mais aussi dans tous les ordres de la société. Un roman se permet de faire des entorses à l’histoire, et [**Frédéric Gros*] en fait quelques-unes, rares mais faciles à vérifier comme la transformation de [**Madeleine de Brou*] en [**Maddalena*] (tout rapport avec la Magdalena du Nouveau Testament est à faire). Un roman ne va pas non plus aborder les problèmes théologiques posés par la Contre-réforme et le scandale, dans ce contexte, que représenta le traité contre le célibat des prêtres qui porta bien plus tort à Grandier que le pamphlet Lettre de la cordonnière de la Reine-mère à Monsieur de Barradas qui lui fit faussement attribué ; ainsi que les difficiles relations entre les catholiques et les protestants malgré l’[**Édit de Nantes*].

En revanche, l’auteur nous montre bien un prêtre très infatué de lui, certain d’avoir raison, ayant une très haute idée de lui-même et sous estimant totalement les haines qu’il avait engendrées dans la bonne ville de Loudun, dont celles du clan [**Trincant*], du nom du procureur du roi dont il avait engrossé la fille de 15 ans. Car Grandier est un bel homme aux fortes pulsions sexuelles qu’il ne voulait surtout pas surmonter malgré ses vœux de chasteté.

Et puis il y a les [**Ursulines*], menées par la mère supérieure [**Jeanne des Anges,*] victimes d’hallucinations collectives, problèmes psychologiques qui ne pouvaient être que l’œuvre du Diable au vue des connaissances de l’époque. Et prouver qu’elles étaient possédées arrangeait bien les ennemis de Grandier qui arrivèrent à le faire condamner pour sorcellerie. Que Grandier du être un prêtre amateur de belles femmes et d’une grande sensualité, qu’il a essayé à Loudun d’instaurer un dialogue que nous dirions œcuménique entre les catholiques et les protestants, qu’il fut victime d’une cabale locale et d’intérêts hautement politiques, c’est certain. Mais on a du mal, à notre époque de comprendre cette condamnation à être brulé vif pour des faits dont il ne fut auteur. De fait, rien de très original sous [**Louis XIII,*] les moyens et les interprétations des faits par l’Inquisition étaient encore d’actualité et il faudra attendre [**Louis XIV*] pour qu’ils cessent.

Bien sûr, on peut trouver certains personnages très caricaturaux comme [**Monseigneur de la Rocheposay*], évêque de Poitiers ; les exorcistes (décrits comme des sortes d’autistes enfermés dans leurs rituels et leur certitudes) et que dire des capucins traités comme des automates ne sachant que brandir crucifix et goupillon sans compter le célèbre [**père Joseph*] qui passe pour un vieillard revêche se faisant manipuler sans peine. Tout comme on perçoit mal le pourquoi du comment de la hargne, de la mauvaise foi, de la malhonnêteté intellectuelle de [**De Laubardemont*] qui instruit l’affaire contre Urbain Grandier. Un roman vous dis-je, sûrement pas un livre d’histoire.

Un roman à partir d’un fait divers du début du XVIIè siècle, traitant Urbain Grandier catholique convaincu comme une sorte de révolutionnaire voulant réformer l’Église avec des conceptions particulièrement novatrices. Et sa condamnation semble le hisser au niveau des martyrs de l’église. En quelque sorte Urbain Grandier et [**Giorgianno Bruno*], même combat !, tous deux victimes de l’obscurantisme de l’Église. Alors que sincèrement c’était surtout une sorte de prédateur sexuel.

Sinon, on peut adhérer ou pas au style de Frédéric Gros, qui passe allégrement du présent au passé, qui essaie dans de longues digressions de comprendre la psychologie de Grandier et de Jeanne des Anges.

Mais sûrement le plus important au-delà de l’histoire du roman, de celle véritable d’Urbain Grandier est cette phrase que l’auteur met dans la bouche de l’archevêque et futur cardinal de Bordeaux, [**François de Sourdis*] : « La vérité, celle des tribunaux, est une domestique. Elle se donne au plus offrant. Si vous n’avez pour vous que la vérité vraie, celle que reconnait Dieu, monsieur, vous n’avez pas grand-chose. » N’est-ce pas toujours d’actualité ?

[**Emile Cougut*]


[**Possédées
Frédéric Gros*]
éditions Albin Michel. 19€50


*Courrier des lecteurs *] : [redaction@wukali.com
WUKALI 22/11/2016

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