A light comedy, pure champagne !


[**Géraldine Martineau*], comme un poisson dans l’eau… La jeune femme a reçu une belle récompense pour [**« Le Poisson belge »,*] une comédie douce et onirique sur l’identité et le droit à la différence. La pièce écrite par [**Léonore Confino*] et mise en scène par[** Catherine Schaub*], connaît un énorme succès. Elle a récemment été jouée à Aix en Provence au Théâtre du Jeu de Paume du 15 au 19 novembre.

Dans « Le Poisson Belge » elle fait plus que donner la réplique à [**Marc Lavoine*], elle « brille » à côté du chanteur comédien qui fait là ses premiers pas au théâtre, et nul doute, il est lui aussi convaincant dans son rôle d’homme blessé et maladroit.

Marc Lavoine a eu le coup de cœur pour le jeu subtil de Géraldine Martineau : « Elle est jeune mais a déjà une expérience incroyable », dira le chanteur comédien. Une carrière pour l’heure discrète mais très prometteuse pour cette jolie trentenaire, au visage presque enfantin, un petit nez en trompette, cheveux blonds et yeux bleus en amandes, à l’attitude candide et à la douce voix. Elle a pourtant réussi à se « entendre » !

Elle a été formée à la classe libre du Cours Florent ainsi qu’au Conservatoire National d’Art Dramatique de Paris. « Une chance» dira-t-elle . Comédienne amateur à [**Nantes*] (elle a commencé à 8 ans !), puis comédienne professionnelle depuis une dizaine d’année, Géraldine Martineau choisit toujours des rôles intenses qui révèlent toute l’étendue de son talent d’actrice, au théâtre comme au cinéma. Elle joue aussi bien des auteurs classiques que des créations. Elle peut être drôle, touchante. On songe à « Sirène », mis en scène par [**Pauline Bureau*], avec cette même metteur en scène elle joue encore « Dormir Cent ans », un rôle d’une pré adolescente de 12 ans ; il y a encore la « Tragédie du Belge », de [**Sonia Bester,*] un spectacle loufoque et audacieux ; il y a le film-clé « Aglaé », de [**Rudi Rosenberg*], en 2011, où elle est cette adolescente handicapée physique, et nous y croyons, nous souffrons avec elle. Elle obtient pour ce rôle les prix d’interprétation féminine aux festivals de Clermont-Ferrand et d’Angers, ainsi que le Lutin de la meilleure actrice. Elle reprendra du reste ce rôle en 2014 dans le premier-long métrage de Rosenberg sur l’adolescence, « Le Nouveau ». On la découvre encore bouleversante dans « Le Guetteur », de [**Michel Placido*], aux côtés de [**Daniel Auteuil*]… et des projets de cinéma se profilent à l’horizon 2017.

Nous avons rencontré la jeune comédienne avant les représentations du Poisson Belge, à Aix en Provence.


– [**Le théâtre à 8 ans ! On peut parler de vocation-passion, très précoce [**Géraldine Martineau*]? *]

Oui, c’est vrai mais je commence tout doucement à utiliser le mot : vocation. J’ai été très fortement attirée par le théâtre, et cela ne m’a plus jamais quitté. Dans ma famille, personne n’a vraiment cette sensibilité artistique-là, aussi je suis la première surprise. Je n’ai jamais lâché, c’était pour moi une évidence. Mon chemin s’est construit presque par magie, d’abord à Nantes, où j’ai vécu, puis à Paris. Et j’ai eu beaucoup de chance d’être reçue aux grands concours, et notamment dans la classe libre des cours Florent à Paris. Auparavant, je faisais surtout du théâtre amateur mais au final, je ne savais pas vraiment très bien que ce c’était que le théâtre et quelle vie j’aurai. Mais tout s’est rapidement concrétisé. J’ai eu un agent, j’ai fait le conservatoire, j’ai commencé chez [**Jean-Michel Ribes*] à 18 ans, dans la pièce « Musée haut, musée bas »… Tout est allé assez vite, aussi bien au niveau des écoles qu’au niveau des rencontres professionnelle.

– [**« Le Poisson Belge ». Vous obtenez pour cette pièce le Molière 2016 de la révélation féminine !*]

J’aime beaucoup cette pièce ! C’est de plus une très belle aventure de bout en bout, aussi bien humaine qu’artistique. J’adore mon personnage. J’ai eu tout de suite un grand coup de foudre pour ma petite Claude. De plus, on s’entend extrêmement bien avec Marc Lavoine, qui grimpait pour la première fois sur les planches. Cela a apporté un petit côté exceptionnel aux répétitions et représentations. Et pour ne rien gâcher, on a beaucoup de succès ce qui n’est pas désagréable ! C’est même assez incroyable pour nous, de découvrir à chaque fois les réactions du public, ému, heureux.

– [**Marc Lavoine, on le connaît en tant que chanteur, il fait du cinéma, mais sur les planches, au final, c’est vous l’actrice expérimentée ! C’est assez drôle ?*]

Oui, c’est assez drôle en fait. Je l’ai « tenu par la main » pour certaines choses, et lui a fait de même pour d’autres. C’est vrai que je l’ai un peu aidé à monter sur scène, à faire du théâtre, à lui donner confiance, et en même temps, de son côté, il m’a tenue par la main pour m’emmener, par exemple, vers des médias, et faire notamment mes premières télés. Il m’a accompagnée dans un monde que je ne connaissais pas du tout. J’ai eu un accident en répétition, là encore, il m’a aidée. On s’est mutuellement soutenu et ce qui est drôle aussi, c’est que c’est un peu le sujet de la pièce ! On s’est aidé et guidé sur un chemin, et c’est le thème du « Poisson Belge ». Tout cela va encore bien au delà du Molière. C’est quelque chose de magique et exceptionnel.

– [**C’est peut être pour cela que votre duo fonctionne aussi bien ?*]

Je pense que oui. Beaucoup de gens nous disaient que notre alchimie, notre écoute, ce qui se joue entre nous, servaient particulièrement le propos et qu’on le ressentait dans la salle.

– [**Vous êtes souvent ado, ou même enfant dans vos rôles. Est-ce que cela vous ennuie à 30 ans, ce regard que l’on peut poser sur vous… ce qui importe, c’est la beauté du rôle ?
*]

Oui, c’est vrai, mais j’avoue que j’essaie d’avancer un peu en âge! J’ai bien profité de ces très beaux rôles, j’en suis très heureuse, mais je pense à mon futur ! Si je pouvais au moins passer la vingtaine, (rires) ce serait cool. Ceci dit mes rôles étaient bien au-delà de l’enfance.

– [**« Aglaé » en 2010, puis Aglaé revient en 2015, avec « Le nouveau », toujours de Rosenberg. Comment avez-vous abordé pour la deuxième fois ce rôle ? *]

C’était différent. Mais en fait, c’était assez curieux de reprendre un rôle à quelques années d’intervalle. C’était le même personnage, mais il avait changé à l’écriture. Déjà, dans le court métrage, c’était le rôle principal, ce qui n’est plus le cas dans le long métrage de 2015. Mais c’était très agréable et un vrai plaisir de retrouver un rôle comme celui-là, et de grandir avec lui. C’est d’ailleurs comme pour « Le poisson Belge ». Le fait qu’il y ait eu 9 mois d’arrêts entre les premières représentations à Paris et la tournée, ce n’est plus tout à fait pareil.

– [**C’est encore mieux ?*]

Je crois que c’est plus solide. Déjà, on connaît vraiment bien la pièce. Peut-être qu’à Paris elle était plus fragile. Il y avait sans doute déjà beaucoup d’émotions, mais du fait que l’on tourne beaucoup, et que l’on présente « le poisson belge » aussi bien dans des petites salles que dans des très grandes salles, on garde le bon rythme, et c’est bien que cela soit solide.

– [**Quand on regarde les photos de votre book, vous êtes multiple, comme au théâtre et au cinéma semble t-il, et dans la vie ?*]

Je suis un peu multiple aussi dans ma vie. C’est sans doute pour cela que je peux l’être dans mes personnages. J’ai d’ailleurs écrit une pièce pour moi, je serai seule en scène, et c’est vrai que c’est un personnage multiple. Il me ressemble. Ceci dit au quotidien, dans ma vie, je suis tout de même plus calme que mes personnages. J’ai toutefois du mal à me définir.

– [**Quand on regarde votre parcours au théâtre, il a encore un petite longueur d’avance sur celui du cinéma. Les rôles que l’on vous propose au théâtre sont plus intéressants ?*]

Totalement. C’est exactement ça. Il y a une évidence plus grande avec le théâtre qui m’a fait de très belles propositions, et j’ai eu de ce fait moins de temps à consacrer au cinéma. Maintenant, je ne serais pas contre pour aller vers cet art, et je me laisse la chance de voir si je peux faire de beaux films. Mais je pense que pour le moment, il y a une évidence qui est plus grande au théâtre. « Le nouveau » est un film qui a bien marché. Il a beaucoup plu. Cela m’ouvre donc des portes et j’ai de beaux projets…
Cela dit le théâtre cela reste ma passion première.

– [**Vous êtes jeune, mais vous avez déjà votre compagnie « Atypique Utopie », et les pièces que vous choisissez ne sont pas évidentes à mettre en scène.*]

C’est assez vrai, et cela fait d’ailleurs plus de deux ans que je travaille sur « La mort de Tintagiles » de [**Maurice Maeterlinck*]. Mais le projet devrait enfin voir le jour à l’automne prochain. Cela fait un moment que je travaille dessus, car comme vous le dites, ce n’est pas évident. Mais j’ai très envie de le faire, le texte est magnifique. Je trouve que c’est important de s’attaquer à des choses moins évidentes. C’est bien que l’art ne soit pas fait que pour proposer des choses faciles, drôles, ou commerciales. Je m’attaque à mon petit labeur !

– [**La mise en scène, c’est encore une évidence pour vous ?*]

C’est moins une évidence que de jouer, mais je sens que j’ai vraiment besoin de créer. Et créer, c’est écrire, mettre en scène. On a une part créatrice en tant qu’acteur, et malgré tout, on rentre dans le projet de quelqu’un, avec les mots de quelqu’un et il y a ce côté « instrument ». C’est à dire que l’on est quand même au service de… C’est aussi pour cela que j’ai écrit cet autre texte que je vais également jouer… Je suis heureuse car j’ai un petit crédit auprès du public avec le Molière que j’ai reçu.

[**L’écriture, c’est quelque chose que vous portez en vous depuis toujours ?*]

Oui, depuis toujours. J’ai eu beaucoup de plaisir à écrire ce texte, « Jackie M. », une pièce de théâtre à un personnage. La pièce devrait être créée bientôt, et je jouerai le rôle en 2017. Cela parle de l’identité féminine, de rapports de domination. Le personnage évoque ses histoires d’amour, son enfance, tout cela avec beaucoup d’humour (je l’espère !). C’est en quelque sorte un chemin de libération. Elle cherche à se séparer de tout ce qui l’empêche de vivre, tout ce qui la conditionne… Vaste programme !

– [**Un peu d’autobiographie ?*]

Oui un peu, sur le départ, mais après, c’est vite devenu une fiction. C’est important malgré tout que ce ne soit pas trop égocentré. J’ai envie que cela parle à maximum de gens. J’ai donc aussi pioché dans les femmes qui m’entourent. C’est vrai que c’est un peu autobiographique déjà dans le rapport à la différence, le fait que je sois petite de taille. En fait, je traite de nombreux sujets dans la pièce et j’essaie de les aborder de façon drôle et poétique, onirique, même si parfois, ils sont graves et lourds.

– [**Justement, vous choisissez souvent des rôles oniriques, poétiques, un peu décalés. Au quotidien êtes-vous ancrée dans le réel ou plutôt dans votre bulle ?*]

Je travaille tellement que je ne peux pas être tellement « perchée », dans ma bulle ! Quand on met en scène des projets, quand on va chercher des financements, qu’on déjeune avec des directeurs de théâtres, qu’on fait de la promo, c’est impossible. J’étais tout de même un peu « perchée », mais je pense que la vie et le travail m’ont rendue plus terre à terre. Je dois reconnaître que c’est aussi un peu parce que j’y suis obligée. Si je n’ai pas d’obligations, je peux passer une journée à lire de la poésie. Il m’arrive de partir aussi seule en voyage, je suis assez solitaire en fait. Je peux aussi bien adorer bouquiner que de me perdre dans une forêt pendant des heures. Donc, évidemment que j’ai ce côté-là, mais la vie et notre société nous demandent d’être très concret. Une part de mon cerveau doit être efficace et bonne vendeuse !!! Je me dis d’ailleurs quelque fois, que je ne suis pas obligée de l’être, puisque je suis avant tout une artiste !

[**Vous avez un agent ?*]

Oui, j’ai un agent, on peut se protéger derrière, mais malgré tout, les gens nous sollicitent beaucoup. Je pourrais me protéger de tout ça et passer par mon agent. Mais je suis encore à un stade où je m’occupe de beaucoup des choses moi même. Je considère chaque proposition, je lis chaque texte, je suis encore très concernée par tout… du coup, je passe ma vie à travailler !

[**Pétra Wauters*]


Grande Monsieur et Petit Fille se rencontrent un soir d’hiver sur un banc de Bruxelles… la suite est magique ! [**À découvrir en tournée*] :

[**Le Poisson Belge*]

25 au 26 nov. 2016
Radiant. Bellevue. Caluire et Cuire

13 déc. 2016
Maison du Peuple. Belfort

14 déc. 2016
Théâtre de Thionville. Thionville

15 déc. 2016
Espace Chaudeau de Ludres. Ludres

14 janv. 2017
Olympia. Arcachon

26 janv. 2017
L’Avant-scène. Théâtre de Colombes. Colombes

30 janv. 2017
Théâtre de la Passerelle. Palaiseau


*Courrier des lecteurs *] : [redaction@wukali.com
WUKALI 022/11/2016

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