Analysis of the far right party in France, the Le Pen family. Election strategies


Les éditions [**Eyrolles*] viennent de publier un petit essai fort intéressant et particulièrement bien écrit sur le [**Front National*]. Le bandeau est assez explicite : une photographie de[** Marine Le Pen*] avec cette question : « Va-t-elle diviser la France ?  ». [**Joël Gombin*] apporte un élément de réponse. L’auteur est chercheur à l’Université Picardie Jules Verne à Amiens, professeur à Sciences politiques à Paris et à Aix, son domaine d’étude porte essentiellement sur la sociologie électorale du Front National.

Dès son avant-propos, il fait preuve d’une grande honnêteté intellectuelle, si rare dans ce domaine qu’il faut la souligner : oui il est membre de l’Observatoire des radicalités politiques et de la Fondation Jean-Jaurès et se situe politiquement à gauche. Pour autant il est un sociologue et il utilise ses outils avec assez d’ « objectivité » pour que son raisonnement ne soit pas faussé par son affect. C’est ce que l’on attend des sociologues, je ne suis pas convaincu que cela s’avère exact dans la production de certains. Joël Gombin considère que les électeurs du Front National sont des êtres sociaux comme les autres et que la grille de lecture que l’on applique pour d’autres acteurs est aussi opérante dans son domaine d’investigation, d’ailleurs il s’intéresse aux électeurs et non aux idées.

Pour bien situé son étude dans le contexte actuel il décrit l’histoire du Front National de sa création à l’accession à la présidence de Marine le Pen, car les dissensions entre les différents courants qui le traversaient se retrouvent encore de nos jours en son sein.
Il est certain que l’arrivée à la tête du parti de la fille d’un de ses créateurs, marque la fin d’une génération qui se caractérisait avant tout par avoir connu un engagement antérieur et extérieur à ce parti. Maintenant la plupart des cadres ne connaissent que l’engagement politique au sein du Front National, le rendant par voie de conséquence identique dans son recrutement identique aux autres partis. Mais surtout, ces jeunes cadres sont venus, non pour changer en profondeur la société au nom d’une idéologie théorique bien définie mais avant tout pour, comme les autres, « profiter du système », c’est à dire de bénéficier des prébendes de la république, tant au niveau local (avoir des « notables » pour prendre le pouvoir par la base), qu’au niveau national directement (prendre le pouvoir par la tête). De fait ces deux démarches ont toujours existé dans le parti et s’y affrontent encore. Tous les jeunes cadres issus de Sciences-po et certains de l’ENA souhaitent atteindre le pouvoir au niveau national et à l’avenir se pose la question de leur pérennité au sein du parti s’il celui-ci n’y arrive pas. L’idéologie des cadres du début est devenu avant tout un calcul opportuniste, les idées deviennent secondaires au profit de stratégies individuelles. Il est nécessaire de lire le chapitre 6 de ce livre : « une stratégie électorale ».

Contrairement à ce que veulent nous faire croire les caricaturistes qui trouvent des réponses simples aux questions qui se posent à la société sans jamais analyser les faits, le lien entre mondialisation et vote pour le Front National n’est pas si évident qu’il n’y paraît. Soit la crise et les réponses par les différents gouvernements de droite comme de gauche ont engendré une forte méfiance de la société à l’égard du personnel politique « traditionnel », et les plus critiques se retrouvent majoritairement (mais pas exclusivement) au sein du Front National. Tout comme les partisans d’un complot caché contre notre pays se retrouve majoritairement dans ce parti. On a pu percevoir une translation du vote pour ce parti des centres villes vers leurs périphéries puis les villes moyennes pour toucher lors des dernières élections les milieux ruraux. De fait, l’électorat du Front National étant essentiellement populaire, ce phénomène s’explique par le simple fait que les centres villes sont peuplés des classes les plus « aisées » de la population qui n’adhèrent que très peu au discours populiste.

On ne peut qu’adhérer au constat de l’auteur : « le Front National est à la fois la cause et la conséquence d’une profonde restructuration du champ politique français, consécutive à l’émergence d’un nouveau clivage (la mondialisation) et à de nouveaux enjeux ». Ces enjeux ne sont pas économiques (contrairement au discours de la classe politique « dominante »), mais se situent bien plus autour des valeurs comme l’autoritarisme et l’ethnocentrisme (« disposition à favoriser les groupes auxquels on s’identifie, et à inférioriser les autres  »). De fait c’est à une véritable réflexion sur notre culture que nous pousse le Front National et non pas un ixième débat sur les limites entre la droite ou la gauche. Pour autant, malgré tous les démentis de ses dirigeants, il est évident que le positionnement politique du Front National, suivant les critères « classiques », se situe clairement à l’extrême-droite et pour certains de ses membres à la droite extrême. Le vieux slogan, continuellement et toujours utilisé « ni droite, ni gauche, Français » ressemble plus à une incantation qu’à une réalité.

Le Front National veut nous faire croire que son émergence a transformé le paysage politique passant du « bipartisme » au « tripartisme », or il n’en est rien, l’analyse des reports de voix au second tour, dans tous les cas d’espèce explique que le Front National est encore très loin de pouvoir être autre qu’un exécutif municipal, et qu’en plus il favorise la droite au détriment de la gauche, avec un bloc des droites asymétriques car « on s’y déplace plus aisément du FN à la droite que de la droite au FN ». En aucun cas, le Front National ne favorise la gauche mais bien plus le contraire !

[**Joël Gombin*] finit son livre sur les trois scénarios concernant l’avenir du Front National : l’affaiblissement voir l’implosion vu les courants contradictoires qui le traversent, se maintenir, prendre le pouvoir au niveau national dans le cadre de circonstances exceptionnelles. L’auteur décrit, analyse, ne prend pas position, même si on perçoit qu’il pense que le Front National n’a que de très faibles atouts pour s’encrer durablement dans le paysage politique au niveau qu’il a pu connaître ces dernières années.

Une analyse claire, instructive à partir non des discours mais de l’électorat de ce parti, avec de façon convaincante une analyse de ses courants, car au-delà de l’unité de façade, depuis sa création, le Front National est un parti qui se déchire allègrement en interne. De plus, l’auteur lève le voile sur certains faits peu connus du grand public  comme les montages financiers qui ont permis à [**Jean-Marie Le Pen*] mais aussi à [**Marine Le Pen*] de maîtriser parfaitement les finances du parti tout en vivant (très) bien de celles-ci. Quant à la rupture de la fille et du père, elle doit être relativisée, car Jean-Marie Le Pen a largement contribué au financement des campagnes électorales du parti après son exclusion.

[** Pierre de Restigné*]


[**Le Front National
Joël Gombin
*]
éditions Eyrolles.16€


*Courrier des lecteurs *] : [redaction@wukali.com
WUKALI 21/11/2016

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