With this statue, Bourdelle outpassed his master Rodin


[**Antoine Bourdelle*] (1861-1929) est un sculpteur français né à Montauban, autodidacte passé aux beaux-arts de Toulouse en 1876 avant de monter à Paris, où il étudiera dans l’atelier de [**Falguière*] aux Beaux-arts. Il y rencontrera la célèbre « bande à Schnegg » composée des [**frères Schnegg*], de [**Pompon*], de [**Jane Poupelet*], de [**Drivier*] et de [**Desbois*]. Tous sont des artistes talentueux qui œuvreront chez [**Rodin*]. En 1893, il entre chez ce dernier comme praticien. Il en deviendra vite l’homme de confiance et le chef d’atelier. Son patron lui permettra d’obtenir la commande pour le monument aux morts de la guerre de 1870 à Montauban (1897). Il quittera Rodin en 1908 mais restera très lié avec lui jusqu’au décès de celui-ci (1917).
C’est au Salon de 1909 qu’il présentera son premier chef d’œuvre : le bronze d’«  Héraklès archer ». Entre 1910 et 1912, il décorera intérieur et extérieur du théâtre des Champs-Élysées : ce sera un triomphe. Il recevra la commande du monument au [**Général Alvéar*] en 1913. Ce nouveau chef d’œuvre de bronze ne sera exposé au Salon qu’en 1923, du fait de l’éclatement de la première guerre mondiale. Il sera installé sur une place de[** Buenos-Aires*] en 1926.

Il saute aux yeux du spectateur que le sculpteur est lié à l’art grec, pas à l’art romain. Psychologiquement, sa tendance naturelle le pousse à être en phase avec ce moment de l’évolution de la civilisation grecque appelé : période archaïque.

Après sa disparition (1929), ses ateliers deviendront le «  Musée Bourdelle » ou la quasi-totalité de ses travaux est représentée. Mais ses sculptures se rencontrent dans tous les grands musées du monde et chez de nombreux collectionneurs.

Le [**général Carlos Maria de Alvear*] (1789-1852) était un militaire et politicien argentin, « Directeur suprême » des Provinces-Unies du Rio de la Plata en 1815 et acteur majeur de l’indépendance de son pays.

Bourdelle connaissait bien le point faible de Rodin : la statuaire monumentale. Il en explora donc tous les aspects, comme ici. La sculpture repose sur un piédestal de granit rose de 14 mètres de hauteur. Au pied de cet imposant socle, à chaque angle, s’élève une allégorie de bronze de 370 cm : la force, l’éloquence, la victoire et la liberté. La statue équestre mesure presque six mètres de hauteur.

L’artiste a bien vu et bien regardé les œuvres de ses prédécesseurs lointains : le Marc-Aurèle du Capitole, le Gattamelata de Donatello et le Colleone de Verrocchio. C’est la recherche de stabilité de la statue équestre qui déterminera la posture du cheval. Mais, contrairement à eux, il refuse tout naturalisme et cherche à exprimer la grandeur du sujet par une puissante monumentalité. A cet effet, il en simplifie les contours, cherchant à définir une « épure » quasiment architecturale, archétype universel de ce que doit être une statue équestre.

Le cavalier dresse son bras droit en l’air, faisant un signe de salut. A ce geste dextre de l’homme répond celui de la patte avant gauche de l’animal, créant un élément de continuité dans l’espace comme dans la compréhension qu’en retire le spectateur. La cape de son manteau flotte au vent. Il tient les rênes de la main gauche. Son costume est le bon mais le sculpteur en a rejeté le bicorne, incongru dans son projet. Sa taille est en rapport avec celle de sa monture.

En l’observant de côté, le général offre l’image d’un personnage « droit dans ses bottes », dont la volonté paraît illimitée. Cela sans aucune fioriture, simplement, comme coulant de source. Il porte des épaulettes permettant d’identifier sa profession. Quant à la tunique recouvrant sa poitrine, avec ses décorations apparentes et ses boutons lustrés, elle participe à la découverte de ce que fait Alvear : il ordonne le début d’un défilé militaire. L’ossature du visage ne laisse transparaître aucun sentiment. Sa face n’est préoccupée que de l’acte qu’il va accomplir. L’homme est assis sur une selle individualisée qui surmonte un tapis de selle ouvragé.

On remarquera que, sur les réductions en bronze fondues par le musée actuellement, ce tapis de selle porte les prénoms des enfants de l’artiste : Pierre et Rhodia et celui de sa seconde épouse : Cléopâtre. Les pieds du cavalier sont dans de larges chaussures. Les étriers ont des éperons.

Le cheval sort tout autant de la tradition. C’est un magnifique animal à la superbe allure. Sa patte antérieure gauche est levée alors que ses autres membres sont au repos. Il entame donc son majestueux pas. Littéralement, il est architecturé avec sa tête structurée évidente, avec son encolure accomplissant une courbe magique, avec sa crinière égalisée et impeccable, avec son élégante queue retombant vers le bas de sa patte postérieure droite, avec son resplendissant poitrail où nul crin ne se voit. Son museau râblé semble assez court, ses yeux sont personnalisés. Les naseaux sont bien marqués, la bouche est ouverte. Canon et mors sont en place. Physiquement, il montre la même volonté que son partenaire humain : une énergie interne incroyable, sorte d’élan vital, se dégage de son corps, architecturé lui aussi.

La fusion entre le cheval et son cavalier est totale, inimitable. Dans toute la longue histoire de le statue équestre, c’est la première fois qu’un tel événement se produit. Après vingt-cinq siècles de tâtonnements, de tentatives plus ou moins réussies, ce dont tous les sculpteurs rêvaient arrive enfin : la communion parfaite de l’homme et de la bête dans cette union consommée du cheval et du cavalier.

Nous voici au terme du voyage que l’auteur de ces lignes vous a proposé : au cœur de la longue histoire de la statue équestre. Bien entendu, un tri sélectif a été effectué parmi les nombreuses sculptures de ce type que l’aventure artistique de l’homme nous offre. Tout choix est purement subjectif. J’ai essayé de montrer pourquoi chacune d’entre celles que je commente a son importance particulière.

Il ne faudrait pas croire qu’après l’Alvear de Bourdelle il n’y a plus eu aucune autre statue équestre. Le mouvement a continué, notamment avec celle du Maréchal Foch, due à [**Robert Wlérick*] et [**Henri Martin*], érigée dans l’ouest parisien en 1951. Elle est de grande qualité mais n’offre aucune véritable nouveauté esthétique, technique ou artistique.

Il reste pourtant une dernière histoire à raconter. Elle sera d’ailleurs l’ultime chapitre de cette étude : c’est la fable du centaure

[**Jacques Tcharny*]



-[* À suivre… *]le 18 ème article de cette série : [**le général La Fayette*] de [**Claude Goutin*], parution prévue : Jeudi 10 novembre 2016


Récapitulatif des articles déjà parus dans cette étude de Wukali sur la statuaire équestre

[**Marc Aurèle*]

[** Les Chevaux de Saint Marc*]

[**Donatello: Le Gattamelata*]

[**Verrochio : Le Colleone*]

[**Leonard de Vinci : Le cheval Sforzza et le monument Trivulzio*]

[**Pietro Tacca : la statue équestre de Philippe IV*]

[**Bernin. Louis XIV en Marcus Curtius*]

[**Girardon. Louis XIV à cheval*]

[**Coysevox. La Renommée et Mercure sur Pégase*]

[**Guillaume Ier Coustou. Les chevaux de Marly*]

[**Edme Bouchardon, Louis XV à cheval*]

[**Jacques Saly, la statue équestre de Frédéric V*]

Falconet, la statue équestre de Pierre le Grand à Saint Pétersbourg

Louis XIV par F.J Bosio

Dupaty et Cortot : Louis XIII à cheval

Louis et Charles Rochet, Charlemagne


*Courrier des lecteurs *] : [redaction@wukali.com
WUKALI 03/11/2016

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