Marilyn seized in her fascinating sincerity


Le centre Caumont d’Aix* est un centre d’Art, ouvert à tous les arts. « Après la peinture, la photographie. Nous avons eu l’idée de présenter ce sujet iconique et mythique, confie Sophie Hovanessian, directrice de la programmation culturelle et des expositions de Culturespaces. Une histoire de rencontres : « L’idée est venue d’une rencontre entre le Président de Culturespaces, Bruno Monnier et le président de la Fondation Dina Vierny-Musée Maillol, Olivier Lorquin, l’un des commissaires de cette exposition. Olivier Lorquin a eu le plaisir de rencontrer [**Bert Stern*], le photographe qui a réalisé « la dernière séance » de [**Marilyn*]. Nous avons eu l’idée de présenter cette dernière séance de photos, réalisée un mois avant la mort de Marilyn, mais il nous fallait élargir le propos. Nous l’avons fait avec Sylvie Lécailler, également commissaire de l’exposition, entre autres spécialiste de photographies de mode, et responsable de la collection photographique et des éditions au Palais Galliera, musée de la Mode de la ville de Paris. Pour la première fois en France, une exposition présente Marilyn Monroe et les photographes. Une longue histoire d’amour…

En guise d’introduction, dans la première salle, une grande installation multimédia nous met face à l’image de l’icône. Elle nous chante son célèbre « I Wanna Be Loved by You », dans laquelle elle nous adresse son inimitable « poo poo pi doo » à la Betty Boop.


L’exposition retrace son histoire, de la [**Norma Jean Baker*] à la naissance de l’icône [**Marilyn Monroe*], « Nous avons eu envie de tirer le fil en partant de cette dernière séance et remonter dans son histoire ». explique Sylvie Lécailler. « C’était intéressant de voir quels liens elle avait tissés avec les photographes tout au long de sa carrière. C’est un sujet qui a pris une ampleur que l’on n’imaginait même pas ».

Marilyn Monroe s’est construite par la photographie. C’était au départ une pin-up-mannequin qui cherchait à faire du cinéma et qui a bien compris que si on la voyait partout, photographiée par de nombreux photographes, ou en couverture de magazines, elle deviendrait populaire. L’exposition nous montre ces liens établis avec les photographes pour construire son image et son passage de la Norma Jean Baker, petite brunette aux cheveux frisés, à la blonde Marilyn Monroe, devenue actrice.

« L’extrait du film avec la chanson I Wanna Be Loved By you, c’est aussi un façon de rappeler que cette histoire avec les photographes et avec le public, c’est une histoire d’amour. Marilyn veut être aimée, photographiée, regardée », précise Sylvie Lécailler.
Au fil des salles, on découvre les multiples facettes de la star. « Elle a établi des relations profondes avec les photographes dans un souci tout à fait stratégique. Elle souhaitait se montrer différemment, de façon non conventionnelle, montrer une image d’elle beaucoup plus complexe que celle qui avait été créée par les Studios Hollywoodiens ».

On pensait connaître Marilyn. La biographie présentée dans la deuxième salle nous prouve le contraire. On nous met en parallèle l’histoire des États Unis, son histoire privée, l’histoire cinématographique, l’histoire culturelle mais aussi politique. « Marilyn a fait aussi partie de cette histoire populaire américaine par les amitiés et les liens qu’elle a noués, ses mariages, les hommes importants qu’elle a croisés sur son chemin, de [**Joe Di Maggio*] au Président [**Kennedy*] … On parle aussi de son voyage en Corée pour soutenir les soldats américains, son mariage avec [**Arthur Miller*], son déménagement à New York, son passage de la côte ouest à la côte Est… Tout ceci nous permet de comprendre le rôle de la photographie dans son histoire », commente Sylvie Lécailler.

[**André de Dienes, le premier Photographe*]

Cette première série de photos avec André de Dienes peut être mise en parallèle avec sa dernière séance avec Bert Stern. Quand Marilyn est encore mannequin, elle s’inscrit dans une agence de modèles, elle pose surtout en bikini, essaie de percer et sera vite remarquée par André de Dienes.

En 1945, le photographe l’entraine dans un périple dans le sud des Etats Unis. Elle pose en plein air, sur la plage, à la montagne… C’est encore Norma, mais elle a déjà cette photogénie exceptionnelle. Le photographe tombe amoureux de son modèle et Marilyn découvre le plaisir d’être photographiée.

« Poser devant le regard de différents photographes, c’est aussi pour elle une façon de se chercher, car Marilyn est toujours dans la quête d’elle même », précise Sylvie Lécailler.

[**De la pin-up à la star d’Hollywood*]

Dans la salle 3, l’exposition met en lumière la construction de l’image Marilyn par les studios d’Hollywood, à travers l’objectif des photographes publicitaires. On présente des dessins et des photos de filles très stéréotypées, dans des pauses suggestives, mais pas trop. On est au début des années 50, on met en valeur les jambes, la poitrine, et c’est quelque chose que Marilyn fait avec beaucoup de naturel. « C’est ce qui l’a fait connaître dans tous les États- Unis. Même lorsqu’elle jouera des tout petits rôles dans ses premiers films, elle sera reconnue et aura un succès immédiat. [**Marlène Dietrich, Greta Garbo*], étaient des actrices beaucoup plus distantes. Marilyn faisait partie de la vie quotidienne des américains dans les années 50. C’est ce qui fera sa force vis à vis des studios lorsqu’elle voudra être engagée et négocier des contrats », ajoute Sylvie Lécailler.

Il y a ce fameux calendrier où on la découvre nue. Des images prises en 1949 qui ressortiront en 52. Elle dira avec l’honnêteté qui la caractérise qu’elle avait faim. 50 000 exemplaires de Play boy édités avec la pin-up en couverture. On voit l’icône se façonner : images en studio, officielles, sophistiquées, avec des codes à respecter pour notamment assurer la publicité des films qu’elle tourne.

On se souvient encore des photos de [**Philippe Halsman*] qui a fait « sauter » bien des célébrités. On le voit sauter main dans la main avec une Marilyn naturelle et souriante. On se souvient encore de [**Cecil Beaton*], un des portraitistes les plus connus. Il a notamment photographié la famille royale en Angleterre et était connu pour ces photos de mode. Son cliché réalisé en 1956 était l’un des préférés de la star. On a retrouvé chez elle de nombreux exemplaires de cette photo qu’elle aimait dédicacer.

Marilyn a construit sa propre histoire dans sa relation aux photographes en établissant avec certains un climat de confiance. Elle fait parfois appel à eux pour la suivre dans ses tournages mais aussi à l’occasion d’évènements un peu particuliers, afin de donner d’elle une image éloignée de celle des studios. L’un de ceux qui viendra enrichir son image, c’est assurément [**Milton Greene*]. Le photographe des célébrités deviendra son collaborateur, son conseiller artistique, et son ami jusqu’à son mariage avec [**Arthur Miller*]. Milton Greene avait aussi compris qu’il était important que d’autres photographes regardent Marilyn. Il lui fait connaître le jeune [**Ed Feingersher*] qui la suivra toute une semaine à New York et réalisera un reportage intimiste de l’actrice à l’hôtel et dans le métro.

Marilyn a surtout été photographiée par des hommes, mais elle a une histoire d’amitié assez exceptionnelle avec la photographe, [**Eve Arnold,*] qui travaille pour l’agence Magnum. L’actrice est à l’initiative de cette rencontre car elle a découvert un reportage sur Marlène Dietrich et elle apprécie les images instantanées, non figées, qu’Eve a fait d’elle. La photographe fera des clichés de Marilyn endormie, lors d’un voyage de presse. L’actrice est en demande de ce genre de clichés.

Les barrières tombent encore avec ces photos du grand portraitiste [**Richard Avedon.*] Marilyn est prête à livrer une part plus sombre d’elle-même à travers la photographie. Après une séance de prise de vues joyeuses, conventionnelles, Marilyn s’effondre. Richard Avedon se souvient : « Pendant des heures elle a dansé, chanté et flirté … Et puis il y a eu cette chute inévitable, et une fois que la nuit, le vin blanc, et la danse étaient terminés, elle s’est assise dans un coin, comme une enfant… Je l’ai vue assise tranquillement, sans expression sur son visage … je ne l’aurais pas photographiée à son insu. Lorsque je suis arrivé près d’elle avec mon appareil, j’ai vu qu’elle ne disait pas non ».

[**Se laisser approcher, se laisser saisir dans toute sa vulnérabilité, c’est le miroir qu’elle tend aux photographes.*]

Marilyn a du mal à se livrer quand elle n’est pas maquillée ou coiffée. Mais il lui arrive de se présenter au naturel, sans fard. Ils sont nombreux les photographes à rechercher cette image, notamment [**Sam Shaw*]. Il est l’auteur de photos exceptionnelles comme celle, iconique, de la bouche de métro. Dans un registre différent, il la photographie naturelle, « baissant la garde », loin des plateaux, tel ce cliché magnifique d’elle, souriante, sur la plage d’Amagansett.

Le photographe de presse [**George Barris*] fut lui aussi son ami. Il était sur le tournage de « 7 ans de réflexion ». A l’initiative de l’actrice, il organise de nombreuses prises de vue. La star est déjà à la dérive, le 13 juillet 1962. Elle sera trouvée morte le 5 aout 1962. Le photographe signera son dernier cliché sur la plage de Santa Monica. « Marilyn était fatiguée et avait froid, mais elle ne se plaignait pas. dira t-il. «Nous avions travaillé dur. J’ai mis une couverture sur elle. « Ceci est juste pour vous, George » m’a t-elle dit, puis elle a soufflé un baiser pour moi. Ce sera la dernière photo que j’ai prise d’elle.
Sur ces clichés, elle apparaît toujours aussi lumineuses, joyeuse, regardant vers l’avenir. Pourtant, Marilyn ne va pas bien du tout. « Nous n’avions pas envie de laisser une image trop triste d’elle », confie Sylvie Lécailler.

[**La dernière séance.*]

« L’histoire de Marilyn et du photographe Bert Stern est surprenante. En 62, il a 32 ans, c’est un croqueur d’icônes qui a un succès fou et les magazines de mode se l’arrachent », commente Olivier Lorquin. Le photographe, qui revenait d’un reportage photos sur le tournage de Cléopâtre, avait photographié une autre icône, [**Elisabeth Taylor.*] Dans l’avion qui le ramène à New York, il caresse le rêve de photographier Marilyn. Mais s’il arrive à convaincre la rédaction de Vogue, rien n’est moins sûr du côté de Marilyn. « Tout va bien dans la vie de ce jeune photographe, nous dit Olivier Lorquin. En revanche, à ce moment-là l’actrice va très mal. Elle ne se remet pas du tournage du superbe film réalisé par [**John Huston*] « Les Misfits », sorti en 61, son mari [**Arthur Miller*] va la quitter, [**Clark Gable*] meurt à la fin du tournage, [**Montgomery Clift*] sombre dans l’alcool, elle s’est fait virer par [**John Cukor*]… Le sol se dérobe sous ses pieds. Contre toute attente Marilyn accepte la séance de photos. Elle connaît ce photographe de réputation et souhaite toujours, en grande professionnelle, contrôler son image ».

Les photos vont se faire à Los Angeles où elle habite. Le photographe loue une suite à l’Hôtel Bel-Air qu’il transformera en studio. L’attachée de presse de Marilyn lui recommande de prévoir quelques bouteilles de champagne, du Dom Pérignon. Bert Stern s’exécute, mais il est persuadé qu’elle ne viendra pas.

Elle le rejoindra, avec seulement cinq heures de retard. Le courant passe immédiatement entre eux. Quand elle a fait ses premières photos de nu, poursuit Olivier Lorquin, elle les a faites parce qu’elle avait faim. Il s’agissait de photos alimentaires. Mais pour cette séance, elle a besoin de retrouver sa liberté. Le photographe avait pris quelques foulards, des accessoires, des bijoux. Marilyn a tout de suite compris ce qu’il attendait d’elle : poser nue, ce qu’elle accepte.

Cette séance va durer 12 heures. Le résultat est exceptionnel, mais trop dénudé pour le magazine Vogue. Une nouvelle séance photo est prévue, cette fois en plus habillée, maquillée.

Une séance qui n’a plus rien à voir avec la première. Olivier Lorquin nous la raconte. « Ils ne sont plus seuls, il y a toute une infrastructure de mode derrière, mais elle se plie au jeu. Les photos sont de qualité, mais une attire particulièrement l’attention du photographe : elle est représentée de profil dans une robe noire, fragile. Il sent que quelque chose ne va pas. Et quand il lui pose la question, elle dit qu’elle ne retrouve pas ce qu’elle ressentait lors de la première séance. Ils s’isolent dans une chambre et s’en suivra des photos extraordinaires. Elle s’abandonne totalement.

Il y a cette photo où elle est allongée sur le ventre. Un mélange de tendresse et de volupté. « L’alcool, la fatigue, elle sombre dans l’ivresse », poursuit Olivier Lorquin. « Alors qu’il s’approche, prêt à la prendre dans ses bras et l’embrasser, elle se réveille : Mais où étiez vous pendant tout ce temps ? Lui demande t-elle, avant de sombrer à nouveau ».

La séance n’est pas terminée pour autant car il reste encore une journée de travail. Marilyn pose de nouveau de façon très officielle.

Le photographe a réalisé 2571 photos. Marilyn refuse que deux photos soient publiées dans Vogue. Elle les marque d’une croix car ce n’est pas l’image qu’elle veut proposer au journal. On peut voir ces clichés. « Le photographe ne l’a pas trahie ; ce sont les ayant-droits de Marilyn qui ont demandé à Bert Stern qu’elles existent » confie Sylvie Lécailler.

Au fil de l’exposition, on découvre encore Marilyn et Vogue, Marilyn le Mythe. L’icône est démultipliée à l’infini par le roi du pop Art, [**Andy Warhol*].

Elle reste un mystère que beaucoup cherchent encore à percer. L’exposition n’apporte pas de réponse, elle est juste, et c’est déjà beaucoup, un témoignage de l’évolution d’un être, l’inoubliable Marilyn, sous l’œil des photographes.

[**Pétra Wauters*]


[**Marilyn sous l’œil des photographes
Marilyn, I Wanna Be Loved By You*]
du 22 octobre 2016 au 1er mai 2017

Caumont Centre d’Art
3 Rue Joseph Cabassol
Aix en Provence

L’Hôtel de Caumont est ouvert tous les jours. Du 1er mai au 30 septembre : 10h-19h – Nocturne le vendredi jusqu’à 21h30 pendant l’exposition // du 1er octobre au 30 avril : 10h-18h. Dernière entrée 30 minutes avant la fermeture.


*Courrier des lecteurs *] : [redaction@wukali.com
WUKALI 31/10/2016
Illustration de l’entête: Milton H Greene, Classic color photo of Marilyn Monroe in a white dress and tulle

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