Have a look at this statue when you visit Notre Dame de Paris, it’s just on your right when arriving on the square


[**Louis Rochet*] (1813- 1878) et son frère cadet [**Charles*] (1815-1900) étaient tous deux sculpteurs, leur père étant ciseleur. Ils réalisèrent en commun plusieurs œuvres dont celle-ci : la statue équestre de Charlemagne située sur le parvis de Notre-Dame de Paris. Louis fut l’élève de [**David d’Angers*]. Sa présence au Salon est attestée dès 1838. Il fut également un sinologue compétent.

Louis et Charles avaient un entraînement incontestable dans le domaine de la statue équestre : d’abord ils créèrent celle de Guillaume le Conquérant pour la ville de [**Falaise *] en Normandie, puis celle de l’Empereur Pierre Ier du Brésil pour [**Rio de Janeiro*] et enfin celle-ci.

Envisagée dès 1853, le plâtre sera montré à l‘Exposition Universelle de 1867, enfin elle sera présentée en bronze à celle de 1878. En cette dernière occasion, elle y figurait comme : « chef d’œuvre de la production des fondeurs Thiébaut et Compagnie ».
Le monument est sur un piédestal polylobé en pierre. [**L’empereur Charlemagne sur son cheval est précédé de ses leudes : Roland et Olivier.*]

Un des plus célèbres personnage de l’Histoire Universelle, Carolus Magnus, Charles Ier devenu Charles le Grand ou [**Charlemagne*] (742/748- 814), roi des Francs (768) puis roi des Lombards (774), fut couronné Empereur d’Occident par le Pape à Rome en 800. Ses campagnes militaires contre les saxons, les lombards, l’Empire d’Orient et les arabes d’Espagne furent des triomphes retentissants. Son immense prestige sur la scène mondiale fut tel qu’il retentit jusque dans les profondeurs de l’Asie : à Constantinople avec l’Impératrice[** Irène*], à Damas et à Bagdad avec le calife [**Hâroun-Ar-Rashîd*] et même chez le [**Shah de Perse*].

Aujourd’hui, son image est celle d’un souverain réformateur soucieux d’orthodoxie religieuse et de culture. Il protégea si bien les arts et les lettres que l’on appelle son règne «  la Renaissance carolingienne ». La figure de « l’Empereur à la barbe fleurie », qui était glabre, a été l’objet d’enjeux politiques incessants du 12ème au 19ème siècle, point culminant dramatique de cette querelle entre la nation germanique et la nation française. Les historiens en ont analysé les conséquences tragiques. Dans les années 1857/1870, l’image de groupe fut assimilée à une exaltation des gloires du second Empire…

[**Roland*] dit « le preux », né près de [**Trèves*], est mort à [**Roncevaux*] en 778. Chevalier franc, comte de Trèves puis comte des Marches de Bretagne, il aurait été le neveu de Charlemagne. Devenu légendaire par «  la chanson de Roland », il aurait dirigé l’arrière-garde de l’armée, durant son retour d’une expédition contre les sarrasins. Son groupe fut attaqué et massacré par les Vascons à Roncevaux.

[**Olivier*] dit de Vienne ou de Gennes est un chevalier fictif de la chanson de geste carolingienne, vraiment caractérisé dans «  la chanson de Roland ». Il est l’ami intime de Roland, son confident et conseiller. Olivier est le frère de « la belle Aude aux bras blancs », la fiancée de Roland. Tout comme son ami, il est tué à Roncevaux.
Remarquons un premier anachronisme dans la sculpture : la présence de la couronne d’Empereur que Charlemagne reçut en 800, et que Roland ne pouvait pas connaître puisqu’il mourut en 778 ! Quant au sceptre de Charles V( 1338-1380), il fut inventé au cours du règne de cet autre roi législateur (1364-1380) !

En montrant trois personnages, les artistes ont voulu se démarquer de la construction traditionnelle d’une statue équestre : ils multiplient ainsi les points de vue et les axes de composition. Un certain intérêt historique se dégage de ce monument par la présence de l’épée magique ( Durandal, conservée à Madrid), celle de la couronne de Nuremberg conservée à Vienne, celle du sceptre de Charles V (car le roi apparaît tout en haut de l’objet) ou le supposé cor de Roland, immortalisé par la chanson de geste. Mais il ne s’agit, en aucun cas, d’une vérité historique qu’ignorait complètement l’esprit du temps : Olivier et Roland ont tout du gaulois avec leurs énormes moustaches dignes d’Astérix, ou avec leur casque dont aurait pu se parer Vercingétorix, ou avec leur pantalon à braies du plus bel effet sur une scène de théâtre.

D’ailleurs, déjà sous [**Napoléon III*] mais plus encore avec la [**Troisième République*], le culte du « héros national gaulois » devait marquer son temps : pour s’en convaincre, il suffit de regarder le nombres d’œuvres peintes ou sculptées présentées au Salon.
L’Empereur semble saisit d’un mouvement du bras hystérique, élevant le sceptre d’un geste digne d’une performance théâtrale d’avant «  la bataille d’Hernani ». Ses séides accentuent cet aspect déclamatoire de la sculpture par leur gestuelle corporelle. Les trois hommes regardent de face, d’un regard impérieux issu de leurs pupilles dilatées enfoncées au fond d’orbites profondes. Ils veulent impressionner le spectateur quelque peu ébahi devant ce déluge visuel ampoulé : l’effet obtenu est plutôt contraire, tout au moins pour notre époque.

Le sceptre est un rappel du bâton de commandement des anciens empereurs romains. On notera que la couronne de fer des mérovingiens et des carolingiens est remplacée ici par une sorte de tiare ornementale débordant de la tête de Charlemagne. Un immense manteau d’apparat couvre les épaules de ce vieillard couronné à la barbe développée, qu’il n’était pas : puisque Roland est représenté, l’Empereur avait moins de 35 ans ! On n’imagine pas plus un homme âgé avec une pareille chevelure.|center>

Les deux écuyers sont orientés l’un vers la droite ( Roland), l’autre vers la gauche (Olivier). Le premier porte un cor de chasse, Durandal l’épée magique, une hache double ( la francisque?), un poignard court à la ceinture, les cheveux longs s’épanouissant jusqu’aux épaules. Le second offre un aspect identique plus une grande lance dirigée vers le sol. Sous le large manteau qu’ils portent, on aperçoit nettement leur cote de maille : ce qui n’est évidemment pas un élément de leur temps. Regards impérieux, yeux au fond des orbites, énergiques et boursouflés dans leur gestes, ils semblent participer à un défilé publicitaire pour une pièce animée, donnée par des baladins de passage.
Le cheval a sa patte antérieure droite levée. Son poitrail porte un harnais décoratif en forme de collier. Sa crinière bien découpée s’arrondit sur l’encolure, du côté droit. Sa tête penche légèrement sur sa gauche. Sa bouche ouverte montre des dents en bonne santé. Sa queue propose un superbe mouvement en courbe harmonieuse.

Tous ces éléments visibles que nous décrivons, comme tous les gestes des personnages, sont parfaitement rendus, très réalistes, mais ils n’ont aucune vérité historique.

Nous sommes en présence d’un tohu-bohu d’images liées au monde mythique de la Table ronde, des chevaliers du roi Arthur, des romans de Chrétien de Troyes et de la chanson de Roland. Il s’agit de cette phase littéraire dite de l’historicisme qui influencera les artistes de ce temps. Si on accepte de considérer ce qu’il signifie, la réussite de cette statue équestre est incontestable, d’ailleurs on ne peut comprendre autrement son retentissement et son influence à l’échelle internationale. C’est si vrai qu’il faudra attendre [**Bourdelle*] et son Général Alvéar ( entre 1913 et 1923) pour assister au renouvellement de l’art de la statue équestre. Si on rejette les idées qui sous-tendent le monument, le grandiose qu’il exprime cède la place au grandiloquent. La condamnation la plus sévère s’en suivra et l’on passera à côté d’une œuvre parfaite émanant d’une période historique particulièrement fébrile et lourde de conséquences. Ce serait inexacte et préjudiciable.

[**Jacques Tcharny*]|right>


-[* À suivre… *]le 17ème article de cette série : [**Bourdelle, le général Alvéar*], parution prévue : Jeudi 3 novembre 2016


Récapitulatif des articles déjà parus dans cette étude de Wukali sur la statuaire équestre

[**Marc Aurèle*]

[** Les Chevaux de Saint Marc*]

[**Donatello: Le Gattamelata*]

[**Verrochio : Le Colleone*]

[**Leonard de Vinci : Le cheval Sforzza et le monument Trivulzio*]

[**Pietro Tacca : la statue équestre de Philippe IV*]

[**Bernin. Louis XIV en Marcus Curtius*]

[**Girardon. Louis XIV à cheval*]

[**Coysevox. La Renommée et Mercure sur Pégase*]

[**Guillaume Ier Coustou. Les chevaux de Marly*]

[**Edme Bouchardon, Louis XV à cheval*]

[**Jacques Saly, la statue équestre de Frédéric V*]

Falconet, la statue équestre de Pierre le Grand à Saint Pétersbourg

Louis XIV par F.J Bosio

Dupaty et Cortot : Louis XIII à cheval


WUKALI 27/10/2016
*Courrier des lecteurs *] : [redaction@wukali.com

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