Dreams in cristal by Jean-Michel Othoniel


[**Jean-Michel Othoniel*] est un artiste sculpteur de renommée internationale. Né à Saint-Étienne en 1964, on a du mal à croire qu’il a fêté ses 52 ans, avec son physique de jeune premier un peu sur la réserve.

[**« J’essaie de ré-enchanter le merveilleux, comme le quotidien. »*]

L’artiste travaille sans relâche, et sous des faux airs de dilettante, Jean-Michel Othoniel est porteur d’une multitude de projets dont on parle, en France et aux quatre coins du monde. Il ne faut pas s’arrêter à l’évidente beauté de ses œuvres, des sculptures monumentales de verre qui jouent sur les transparences, façonnent les ombres, libèrent la lumière en la réfractant si joliment. Colliers de perles noués, suspendus, enchevêtrés, théâtralisés même. Car pour que la magie opère, l’artiste met en scène le spectateur, l’invite à le suivre, le guide, l’aide à voir ce qui se cache de l’autre côté du miroir. La scénographie fonctionne à merveille. Toutes ces œuvres racontent une histoire : la sienne déjà, la nôtre, celles des acteurs de notre société. Avec Jean-Michel Othoniel, on évolue dans un monde complexe, empreint de poésie, d’onirisme, de rêve, de violence parfois, car ancré dans une réalité moins rose que ses jolies perles nacrées. Le verre, et sa sérénissime perle de [**Murano*], est pour lui une palette de couleurs aux possibilités infinies et un matériau fascinant, qui offre une multitude de techniques de créations différentes, par ses propriétés réversibles et les clés de lecture qu’il propose.

[**Production féérique et foisonnante*]

Déjà en 2011, une rétrospective au Centre Pompidou intitulée « My Way », présentait un ensemble de quatre-vingt œuvres ; des histoires à vivre, à lire, des « pièges à rêves » comme il les définit lui-même. Des absentes, forcément. De nombreuses installations comme son Kiosque des Noctambules à[** Paris*], qui depuis 2000 couronne la station de métro « [**Palais-Royal *] » de ces perles de couleurs. Un sacre nouveau pour Jean-Michel Othoniel. Suspension cristalline encore à [**Venise*] en 2006 ; il accrochait à la façade de la[** collection Peggy Guggenheim*] un monumental collier de verre bleu, Peggy’s Necklace.

Légèreté de la perle, fragilité, évanescence pour raconter des blessures aussi, comme en témoigne cette couronne offerte au Bateau de larmes des réfugiés cubains, présenté à [**Art Basel*], en 2005 et ô combien d’actualité. Car l’imaginaire que toutes ces œuvres véhiculent fait écho aux souffrances de toujours et celles du moment. Éloquence des titres : Larmes de couleurs, Bateau de larmes, Le Collier-Cicatrice… Pourtant, ces œuvres ont quelque chose de doux et de protecteur à la fois. Les perles dans leur rondeur et leur brillance sont une invitation au voyage, voyage qui fait lui aussi partie de l’univers thématique de l’artiste.

[**Votre studio/atelier est situé 18 rue de la Perle. Quand on connait votre œuvre on peut s’émerveiller !*]

C’est une chance incroyable ! C’est un signe du destin d’avoir trouvé ce lieu de travail dans Paris à ce nom là !

[**On a pu vous voir en 2014 au musée Granet d’Aix-en Provence dans une expo intitulée les Trésors de Beisson. Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet de réhabilitation d’une cité ?*]

Le lien social est une chose très importante dans mon travail. Je suis à cheval sur plein de domaines et, quand je peux faire des œuvres qui ont un rapport avec d’autres gens, des personnes qui ne viennent pas forcément au Musée, je le fais avec plaisir. L’idée était de créer une œuvre dans laquelle ils se reconnaissent, de discuter avec eux, de les rencontrer, et ça demande beaucoup d’énergie. Je ne peux pas en faire beaucoup par an mais ce sont des choses que j’aime faire. Déjà parce que je crois à ce pouvoir social de l’art. Moi-même, que rien ne destinait à être artiste, je le suis devenu grâce à ce rapport à l’art à travers le musée que j’ai fréquenté dès l’enfance. Ça m’a permis de voir dans le monde de l’art une porte, une ouverture.

[**Votre Rose des vents domine la ville d’Aix. Le public dit qu’il s’agit là d’une des plus belles œuvres que vous ayez réalisées. *]

Je dirai que j’aime tous mes enfants ! Mais c’est surtout une œuvre nouvelle pour moi, parce que c’est la première fois que j’introduis le mouvement dans mon travail. Elle va bouger un peu comme une girouette, au gré du vent. Et ce rapport au mouvement et à l’architecture sont deux composantes de mon travail aujourd’hui. Idée du mouvement, de l’énergie et aussi du contemplatif. Cette œuvre a en même temps une énergie propre, parce qu’elle va bouger et qu’elle est en adéquation avec cette cité, qui est une cité qui bouge, où il y a une jeunesse qui a envie que des choses changent et qui a envie de se reconnaître dans quelque chose de dynamique. C’est ce qui m’a poussé à faire une œuvre dynamique. En même temps, elle est dans le contemplatif parce qu’elle rappelle la rose des sables, ce souvenir un peu nostalgique de l’enfance, ces petites choses merveilleuses que l’on peut retrouver, un peu comme nos madeleines de Proust. C’est une œuvre qui réunit beaucoup de composantes qui me sont chères autour d’un langage qui correspond à mes nouvelles séries d’œuvres plus ancrées dans l’abstrait et le contemplatif. Le fait que l’on prenne le temps de s’arrêter face à la réalité, et cette idée de réel/ merveilleux, sont essentiels dans le message que j’aimerais faire passer. A savoir que l’on peut regarder le réel d’une façon positive et joyeuse. J’essaie de ré enchanter le merveilleux. Et le quotidien surtout.

**Vous avez eu cette commande extraordinaire du [ château Versailles en Septembre 2014. Une cité d’un côté, un château de l’autre, ce n’est pas la même chose !
*]

Non, ce n’est pas la même chose, et en même temps, dans les deux cas il y a une de mes composantes de mon travail : le rapport à l’Histoire. A la grande histoire à Versailles et l’histoire qui se construit à la cité Beisson. D’un côté, ces immigrés qui viennent investir cette cité Beisson et créent en même temps un vrai patrimoine, basé sur des histoires qui méritent d’être mises à jour. Et de l’autre côté, l’histoire de France, avec Versailles. Ce dialogue avec une histoire qui n’est pas forcément la mienne, est intéressant.

[**Avec le paysagiste Louis Benech, vous avez donc été choisi pour réaménager le bosquet du Théâtre d’Eau à Versailles. L’ouverture au public s’est faite en mai 2015 après deux ans de travaux.*]

En effet, et ce n’était acquis d’avance ! C’était très difficile de trouver ma place dans cet endroit historique, puisque le seul sujet omniprésent de ce jardin, c’est Louis XIV. Il s’agit d’un concours à la base. Louis Benech et moi-même avons travaillé sur ce projet. Lui, créant un jardin, il y a une sorte d’évidence, puisque des nouveaux jardins avaient déjà été créés au XVIIIè puis au XIXè. Le parc en lui-même a évolué. Mais pour ce qui est de la sculpture, rien n’a pas bougé depuis louis XIV ! Comment arriver en tant que sculpteur aujourd’hui, sachant que partout dans le parc de Versailles, le seul thème, c’est le Roi ? J’avais cette intuition qu’il fallait que j’arrive à parler du roi de façon contemporaine. J’ai commencé à réfléchir à comment il se déplaçait dans son jardin, quels étaient ses mouvements, et de là, j’ai fait un lien entre les déplacements du roi et le travail de la chorégraphie qu’il a pu faire, puisque l’on sait que c’était un roi qui aimait la danse. J’ai donc travaillé sur quatre grandes sculptures fontaines dont les formes s’inspirent directement des pas de danse de Louis XIV.

[**Vous confiez la réalisation de vos œuvres à des artisans hautement qualifiés. Dans les grands projets, ce ne doit pas être très évident ?*]

C’est beaucoup d’allées et venues entre les différents ateliers pour suivre le projet. J’ai la chance d’avoir autour de moi des gens de confiance et depuis une dizaine d’année, on travaille vraiment comme une équipe, presque comme un cabinet d’architecte. Ces personnes connaissent mon langage et on va tout de suite à l’essentiel ensemble.

[**On juge parfois vos œuvres trop belles ! *]

Ce rapport à la beauté, c’est quelque chose qui m’intéresse, justement pour cette idée de ré enchantement. J’essaie de trouver mon rôle aussi au niveau de la société, un rôle politique, mais je n’ai pas beaucoup d’emprise sur le monde en tant qu’artiste aujourd’hui. Contrairement à d’autres époques où l’artiste est lié à la société, nous, artistes du XXI è siècle, nous restons un peu en marge. Le fait de proposer une sorte de ré enchantement, est déjà, à mon sens, un acte politique. Pour permettre aux gens de s’échapper, le temps de regarder une œuvre, s’échapper de ce monde qui est très violent et laisse peu de place à cet émerveillement sur le réel. La beauté des oeuvres est une sorte de piège pour amener les gens à regarder la réalité. Je travaille beaucoup en Asie, et ce rapport au contemplatif et au beau n’est pas perçu de la même façon qu’en Europe ou en Occident. Je dirai que la beauté est un vecteur du spirituel.

[**Vous avez 52 ans, et on a du mal à le croire !*]

Quand j’étais plus jeune, je prenais toujours mes rendez vous par téléphone, parce que j’avais peur d’être handicapé par ça !
Mais maintenant, j’en suis très heureux !


[**Quelques projets de l’artiste*]

La grande croix rouge fut commandée par le[** Château La Coste*] en 2008. L’aspect lisse, attrayant et baroque du verre coloré s’allie à une simplicité formelle qui dialogue avec l’architecture minimale de la chapelle de verre et d’acier de [**Tadao Ando*].

[**Le Trésor de la cathédrale d’Angoulême*]

C’est l’un des grands projets de Jean-Michel Othoniel, (voir illustration de l’entête) révélé au public le 30 septembre 2016. L’artiste a travaillé plus de 8 années à la réalisation de cette commande unique, n’ayant de cesse de lier art contemporain et Histoire. Jean-Michel Othoniel a transformé l’espace. Puisant son inspiration dans les couleurs et les entrelacs géométriques de l’art roman, il a réuni autour de lui de nombreux savoir faire et artisans. Il a dessiné de nouveaux motifs pour les sols et les revêtements muraux, créé de gigantesques vitraux tout en nuances de bleu, pareils au manteau de la Vierge.

[**Pétra Wauters*]


WUKALI 15/10/2016
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