A Corsican novel

Un cadre : la [**Corse*] ; une atmosphère : la Corse; un personnage tapi dans l’ombre qui tire les ficelles, sorte de Dieu omniprésent qui ne laisse aucune autonomie, aucun libre arbitre aux humains : la Corse ! La Corse, belle mais aussi sorte de Chronos mangeant ses enfants, la Corse qui fait peur, la Corse qui fait mal, mais que les habitants ne peuvent quitter tant leurs racines sont profondément ancrées dans cette aridité.

Le principal personnage de [**Stabat Mater Dolorosa *] est bien la Corse. Une Corse que plus d’un autochtone a décrit dans de multiples romans, essais : une terre, une île et au delà du visible, une âme, un concept, un concept mortifère, mortel qui se pare d’atours magnifiques. Cette Corse qui n’est pas sans faire penser à certain tableaux romantiques qui représentent la mort derrière des masques de toute beauté. La Corse, sorte de roi des Aulnes qui amène inéluctablement ses rejetons à leur perte et à leur mort.

C’est cette Corse que nous décrit, parfois très très longuement, [**Catherine Scapula*]. C’est à croire que depuis la caricature qu’en a faite [**Mérimée*] dans Colomba, rien n’a changé au niveau de la « culture », de l’inconscient corse, à croire que l’on vit en Corse comme il y a 100, 200, 1000 ans. Bien sûr il y a cette incompréhension entre les générations qui semble remettre en cause cette culture assez fataliste, mais tous les jeunes ont soif d’idéaux et le lecteur ne doute pas que les plus « révolutionnaires », comme la génération précédente, finira, en vieillissant, par revenir à leurs racines, enfin ceux qui ont survécu. Car la mort et surtout la violence sont omniprésentes en Corse, violence aussi bien physique que morale, violence aussi bien de la nature que des hommes, violence faite aux femmes, pour leur bien évidemment, essentiellement par des femmes car en bonnes dépositaires de la culture matriarcale méditerranéenne, se sont les anciennes qui transmettent la culture, l’histoire de la famille. Ces femmes qui sont la représentation, quasiment la réincarnation de la Vierge Marie sur terre : mère et martyr, Stabat Mater Dolorosa.

C’est l’histoire d’une de ces femmes que raconte Catherine Scapula : trois filles et surtout trois garçons qui veulent ériger un pied piédestal à leur mère. Des petits enfants aussi qui rechignent à l’autorité de la patriarche, des belles-filles soumises, révoltées, peu importe tous sont sous sa coupe, tous participe à l’ascension du clan ainsi qu’à son déclin.

Ce roman a son lot de violence, de joies, de deuils, de prières très intéressées à l’église (enfin plutôt à la cathédrale, quand on a un rang à tenir on se doit de fréquenter l’évêque local, même si ce dernier développe parfois une théologie contraire à ce que l’on voudrait qu’elle soit, mais la fréquentation de l’évêque et la bigoterie sont des gages de respectabilité).

Que dire ? De fait, rien de bien nouveau sous le soleil de la Corse. Catherine Scapula aime son île, la considère (comme tous les Corses) comme le centre de l’univers, ses personnages ne peuvent imaginer vivre ailleurs, même quand on en part pour le travail ou pour les études, on finit par y revenir pour se diluer en elle. Rien de très nouveau depuis le traité de Versailles de 1768, et le constat, désabusé mais lucide, du [**comte de Vaux*] sur l’impossibilité de gouverner les Corses. A croire que depuis plus de deux siècles, la Corse est un monde totalement à part qui n’a pas su évoluer, du moins au niveau des mentalités, avec la société globale, une sorte de microcosme pour qui l’histoire c’est arrêtée. Est-ce une réalité ou une caricature ? Je ne suis pas assez spécialiste de l’île de beauté pour pouvoir y répondre, mais il semble bien que la « fameuse » culture corse avec tout ce qu’elle a de violente et de mortifère n’est défendue que par une poignée d’irréductibles dépassée par l’évolution de la société qui, de fait, remet en cause leur petit pouvoir, elle est devenue une sorte de folklore passéiste et qui ne correspond plus du tout à la réalité, qui est en complet décalage avec les générations nouvelles qui elles cherchent leur identité dans cette culture tout en rejetant ce qu’elle à de liberticide pour les individus.

[**Stabat Mater Dolorosa *] est un livre sur le crépuscule de ce qui n’est déjà plus 

[** Émile Cougut*]


[**Stabat Mater Dolorosa
Catherine Scapula*]
éditions Écriture. 17€


WUKALI 14/10/2016
*Courrier des lecteurs *] : [redaction@wukali.com

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