The former statue of the Sun King on this place in Paris, was destroyed during the Revolution

[**François-Joseph Bosio*] ( 1768-1845) est originaire de [**Monaco*] où le Musée du palais présente un certain nombre de ses œuvres et où il est considéré comme « le sculpteur national » . C’est un artiste de tempérament néoclassique, correspondant à l’esprit du temps. Ses grandes périodes sont l’Empire et la Restauration.

Il fut l’élève de [**Pajou*] qui le chassa de son atelier pour l’avoir critiqué, chose impensable en cette époque. Travaillant d’abord en Italie, repéré par [**Vivant Denon*] en 1808 qui le recruta, il devint le portraitiste officiel de [**Napoléon Ier*] et de sa famille. Il garda ce poste sous la Restauration.[** Louis XVIII*] le nomma premier sculpteur du roi en 1821. [**Charles X*] le fit Baron en 1825.

Dès 1816 il reçut la commande de cette sculpture pour la place des Victoires à Paris. Elle devait remplacer la statue pédestre de Louis XIV de [**Martin Desjardins*], détruite à la Révolution (1792). Elle fut mise en place en 1822.

L’artiste créa cette œuvre en s’inspirant de celle de **Falconet*] à Saint-Petersbourg représentant le[ Tsar Pierre le Grand*. Sa statue équestre fut fondue par [**Jean-Marie Carbonnaux*] (1769-1843) en 1822. C’était un professionnel utilisant déjà des méthodes n’étant plus uniquement artisanales ( séparation des opérations de fusion du bronze, de ré-parage du métal, d’ébarbage, de patine et coulage en atelier).

Le monument se compose d’une statue équestre en bronze représentant Louis XIV, groupe sis sur un piédestal du à l’architecte [**Alavoine.*] Le roi est habillé à la romaine, monté sur un cheval cabré dont le poids repose sur les pattes arrières et la queue allongée jusqu’à la base. Sur les deux côtés des bas-reliefs en bronze : « Le passage du Rhin » et «  La distribution des récompenses aux grands hommes ». Tous deux sont de Bosio. Ils furent fondus par Carbonnaux en 1827.

Regardons de près la statue équestre : le cavalier est bien trop grand pour sa monture. Le roi porte une petite moustache quelque peu ridicule au-dessus de sa lèvre supérieure. Son menton hésite entre une forme carrée rude et une autre plus triangulaire. Ses joues sont sans expression mais pas les plis de la bouche, beaucoup plus réalistes, voire dédaigneux. Ils parviennent même à donner un certain volume au visage. Le personnage, dans lequel on a du mal à identifier le Roi-soleil malgré sa perruque large débordant sur ses épaules, fixe sans aménité le malheureux spectateur rétrogradé au rang de « manant médiéval ». Cette puissance du regard étonne dans cette figure mollement rendue. Elle en est d’ailleurs la partie la plus expressive, à tel point qu’elle aide considérablement à accepter l’idée que le cavalier représenté est l’autocrate Louis XIV, que l’on devine plus qu’on ne le reconnaît. Sur la chevelure du cavalier se trouve posée la couronne de lauriers.

Son corps, inclus le haut des bras, est recouvert d’une armure métallique ouvragée, comme celle des empereurs romains. On y aperçoit un décor de lion ailé marchant et de lignes sinueuses. Cette armure de parade est partiellement recouverte d’une toge fermée par un chlamyde sur l’épaule droite. Dans sa main droite, le bâton de commandement à chaque extrémité duquel apparaît un opercule fermé. Sur sa cuisse droite, une sorte de jupe occupe la partie haute. Ses pieds nus sont dans des sandales. L’empeigne de chaque pied est cachée sous des guêtres décorées, peut-être en métal (rappels de la vie militaire?). Le tapis de selle, aux fleurs de lys bien nettes, possède des franges individualisées.

Choquant l’œil du spectateur, le personnage est droit, sans vie, alors que sa monture se cabre. Nous sommes loin d’une fusion entre les deux éléments du groupe : le cheval et le cavalier !

Le destrier lui-même n’est pas convaincant car peu de détails y sont visibles : manque de vivacité du museau, œil au regard absent, oreilles surbaissées inertes, crinière réduite, poitrail sans relief… Tout cela indique le peu d’attrait de la création qui reste une commande que l’artiste était incapable d’honorer correctement. Mais il était bien en cour ! Et pour la Restauration c’est ce qui comptait. Le talent de Bosio, incontestable dans ses bustes et dans ses personnages en pied, ne suffit pas à l’élaboration d’une statue équestre qui nécessite autre chose : le génie.

Dans ce cas, pourquoi en parler alors que bien d’autres existent ? D’abord, c’est la première réinstallation d’une statue équestre royale après la chute de l’Empire. Elle est donc fondatrice de la manière par laquelle les souverains concevaient l’art. Ensuite, il s’agit d’un moment d’Histoire de France qui se retrouve en tout pays et en tout lieu : celui où la réaction à une phase de dominance populaire suivie de l’instauration d’un régime dictatorial personnel l’emporte, ramenant avec elle les fantômes du passé. Comme [**Talleyrand*] le dit à [**Fouché*] dans ce merveilleux film « Le souper  » : « Il faudra vous y faire, aujourd’hui l’avenir est au passé »…

Dans ces périodes de retour à l’ordre ancien, tous les bénéfices vont aux courtisans expérimentés et, en général, leur génie est minuscule.

[**Jacques Tcharny*]


Bibliographie : Annales monégasques, revue d’Histoire de Monaco n°9, 1985 : article capital de Gérard Hubert intitulé « François-Joseph Bosio, sculpteur monégasque ».


-[* À suivre… *]le 15ème article de cette série : [**Cortot et Dupaty, la statue équestre de Louis XIII*], parution prévue : Jeudi 20 octobre 2016


Récapitulatif des articles déjà parus dans cette étude de Wukali sur la statuaire équestre

[**Marc Aurèle*]

[** Les Chevaux de Saint Marc*]

[**Donatello: Le Gattamelata*]

[**Verrochio : Le Colleone*]

[**Leonard de Vinci : Le cheval Sforzza et le monument Trivulzio*]

[**Pietro Tacca : la statue équestre de Philippe IV*]

[**Bernin. Louis XIV en Marcus Curtius*]

[**Girardon. Louis XIV à cheval*]

[**Coysevox. La Renommée et Mercure sur Pégase*]

[**Guillaume Ier Coustou. Les chevaux de Marly*]

[**Edme Bouchardon, Louis XV à cheval*]

[**Jacques Saly, la statue équestre de Frédéric V*]

Falconet, la statue équestre de Pierre le Grand à Saint Pétersbourg


WUKALI 14/10/2016
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