A French sculptor among the Danes


[**Jacques Saly*] ( 1717-1776), élève de [**Guillaume Ier Coustou,*] obtint le grand prix de Rome en 1738. Il passa huit ans dans la ville éternelle(1740-1748). Revenu à [**Valenciennes*], sa ville natale, il reçut de nombreuses commandes, y compris de la cité, dont son célèbre Louis XV pédestre de marbre qui fut détruit sous la Révolution. En 1752, il signa un contrat avec la cour danoise pour la réalisation de la statue équestre de [**Frédéric V*] (1723-1766), roi du Danemark et de Norvège. Elle fut érigée sur la place d'[**Amalienborg*], face au palais royal. L’artiste arriva à [**Copenhague*] en 1753. Il y vécut aux frais du roi avec toute sa famille. Il reçut 150.000 livres pour la statue ainsi qu’une pension de 4500 livres pendant le temps de ce travail ( 18 ans) et une autre du même montant à titre de viager. Il avait ses ateliers à [**Charlottenburg,*] inclus celui qui devait servir à la fonte de la sculpture.

Il lui fallut 7 ans pour l’élaboration du plâtre qui devait être utilisé pour la fusion. Il en fit les moulages et c’est [**Pierre Gor**]( le meilleur fondeur de ce temps) qui se chargea du coulage. La statue du monarque, d’un poids de 22 tonnes, fut mise en place le 16 août 1768 mais il fallait reprendre les détails de l’œuvre, les « re-parer », c’est-à-dire parfaire la ciselure. De ce fait, elle ne fut officiellement inaugurée qu’en 1771. Le succès fut total, à tel point que l’impératrice de Russie, [**Catherine II*], lui proposa de créer la statue équestre de Pierre le Grand à Saint-Petersbourg mais il déclina l’offre car sa santé déclinait. Il rentra en France où il mourut quelques années plus tard.

L’importance cruciale de cette statue équestre pour la sculpture française s’explique facilement : elle existe encore aujourd’hui, comme celle de [**Falconet*] à [**Saint-Petersbourg*] qui représente [**Pierre le Grand.*] Toutes les autres, qui occupaient diverses grandes places des plus grandes villes du royaume, ont été détruites à la Révolution ! Si l’on veut se faire une idée précise des compétences des sculpteurs français dans ce domaine, il faut faire le voyage de Copenhague comme celui de la ville impériale russe.|center>

Pour s’imprégner de son sujet, l’artiste dessina les différentes membres des corps de 9 chevaux dont les noms figurent sur une liste dressée à l’époque. Ainsi, l’on peut lire : « l’Honnête : la tête avec toutes ses parties », « le Brave, l’Honnête, le Campagnard : le col avec la crinière, les veines et les muscles  », etc…Dans ces conditions, on ne peux pas s’étonner des 18 ans nécessaires à l’achèvement du travail !
Saly opta finalement pour un cheval marchant au pas (patte antérieure droite et patte postérieure gauche levées), s’attachant à copier ses modèles en serrant leur vérité intrinsèque au plus près. Pour lui, le seul modèle possible, c’est la nature : « on ne peut prendre pour maître que la nature, persuadé que ce n’est qu’en l’imitant que l’on peut produire de vraies beautés dans mon art comme dans tout autre** ».

L’ensemble cheval-cavalier est très équilibré : les proportions de l’homme et de l’animal sont respectées. A tel point qu’une sensation d’unité plastique saisit le regard et l’esprit du spectateur. Cette construction harmonieuse est un des charmes principaux qui se dégage de l’œuvre, la marche au pas accentuant ce ressenti.

Le souverain est en costume antique : armure-cuirasse, jupe en cuir avec protections métalliques, pieds-nus dans des sandales, toge à la romaine.Il tient les rênes de la main gauche et le bâton de commandement serré sous son poing droit refermé. Il offre fièrement son visage au monde extérieur en relevant son menton puissant. Sa tête est ceinte d’une couronne de lauriers. Il paraît relativement jeune ( 35 ans peut-être).
Le tapis de selle est simple, sans aucun ornement. Le cheval exprime un naturel séduisant avec sa crinière posée sur la gauche de l’encolure, elle-même arrondie à la manière de l’art grec archaïque, son museau au doux réalisme, ses naseaux bien ouverts et très calmes, ses yeux ronds et tranquilles, sa robe uniforme qui fait ressurgir son anatomie profonde, sa musculature puissante et discrète, sa longue queue allongée presque à l’excès s’il n’y avait la proximité de la patte postérieure droite , au pas, et ses sabots d’un naturel intelligible au spectateur.

La statue équestre repose sur une socle de bronze rectangulaire. Le groupe est installé sur un piédestal déjà néo-classique, par sa forme géométrique, par son dépouillement (pas d’allégories ni de fioritures décoratives) et par la sobriété des éléments historiques rédigés en latin figurant sur deux plaques de bronze et quatre médaillons du même métal.

Cette œuvre superbe occupe le centre d’une place. Cette dernière est donc bien une place royale. La réussite exceptionnelle du sculpteur dans cette création, inspirée du Marc-Aurèle antique mais aussi des statues équestres de Louis XIV par [**Girardon*] et de Louis XV par [**Bouchardon*], dépasse de loin tout ce qui a été fait auparavant. Sa magnificence, son rayonnement spirituel, son unité physique et psychologique lui confèrent une aura particulière. A l’applaudimètre de l’Histoire, elle se classe parmi les cinq plus belles de ce genre parvenues jusqu’à nous.

Il est bien dommage pour l’admirateur du génie de l’artiste, et très dommageable pour la renommée du sculpteur, que nul historien d’art de talent n’ai jamais publié, sinon un catalogue raisonné, au moins une monographie synthétique. Le seul travail traitant de l’artiste est un gros article publié en 1895 par Henri Jouin, sans la moindre photographie….

Jacques Tcharny |right>


*Voir l’article sur la statue équestre de Louis XV par Bouchardon.
**Voir le livre d’Hjalmar Friis : Rytterstatuen af frederik V

Bibliographie :
Henri Jouin : dans la revue de l’art français ancien et moderne, année 1895, Paris, société d’histoire de l’art français, Charavay frères libraires-éditeurs 1895.
Hjalmar Friis : rytterstatuen af Frederik V paa amalienborg, Gyldendalske Boghandel Kopenhaguen 1921


-[* À suivre… *]le 13ème article de cette série : [**Le Pierre le Grand de Falconet*], parution prévue : Jeudi 6 octobre 2016


Récapitulatif des articles déjà parus dans cette étude de Wukali sur la statuaire équestre

[**Marc Aurèle*]

[** Les Chevaux de Saint Marc*]

[**Donatello: Le Gattamelata*]

[**Verrochio : Le Colleone*]

[**Leonard de Vinci : Le cheval Sforzza et le monument Trivulzio*]

[**Pietro Tacca : la statue équestre de Philippe IV*]

[**Bernin. Louis XIV en Marcus Curtius*]

[**Girardon. Louis XIV à cheval*]

[**Coysevox. La Renommée et Mercure sur Pégase*]

[**Guillaume Ier Coustou. Les chevaux de Marly*]

[**Edme Bouchardon, Louis XV à cheval*]


WUKALI 01/10/2016
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