In Marseilles, a fantastic exhibition on the topic of dream


Un somptueux parcours au musée Cantini à [**Marseille*]. C’est l’histoire du rêve qui nous est contée. Son mystère, ses secrets, sa fonction. Un univers bien à part que des artistes ont exploré depuis la nuit des temps. Peindre l’onirique, l’imaginaire, pour beaucoup de peintres, sculpteurs, photographes, cinéastes, c’est la possibilité jubilatoire de transgresser les frontières de l’art. On peut en être angoissé, en rire ou en pleurer. On peut être effrayé, comme cette visiteuse qui fuit, car elle ne peut soutenir son regard devant une scène, il est vrai oppressante, du film «Un chien Andalou» de [**Luis Buñuel*] – (1928) projeté à l’exposition. On peut être encore perplexe, intrigué, amusé, ému… et [**Freud*] n’est pas loin qui nous dirait «pourquoi ?».

Le rêve est la «voie royale qui mène à l’inconscient», selon le fondateur de la psychanalyse. Et nous voilà parti pour une analyse…avec bonheur. Les ressentis, les émotions se promènent de salle en salle.

Le sommeil, première section de l’exposition, nous invite à vivre une expérience onirique. Nos paupières se font lourdes ! La Plante à sommeil (2005) de [**Christophe Berdaguer*] et [**Marie Péjus*], a dû nous jeter un sort. Un néon confirme : « Rêvez » nous dit l’artiste [**Claude Lévêque*] !

Les œuvres magnifiques d’[**Odilon Redon, de Victor Hugo, Auguste Rodin, Alfred Kubin, Félix Vallotton, René Magritte, Marc Chagall, Picasso, Jean Arp, René Magritte, Raoul Hausmann*] nous maintiennent cependant éveillés. Pas question de s’endormir.
On se promène jusqu’à la seconde section : Nocturne. «Quel calme nocturne, quel calme nous pénètre du ciel» écrivait [**Rainer Maria Rilke*]. La nuit donne l’ambiance, se colore, se voile ou se trouble.

On a quitté le sommeil. On plonge désormais dans la nuit, à la rencontre de peintres tels que [**Léon Spilliaert, William Degouve de Nuncques, René Magritte, Max Ernst, Felix Labisse, Mimi parent, Paul Delvaux, Amédée Ozenfant, Antoni Tapies, Marie Toyen.*]

Accrochée au dessus de nos têtes, l’araignée, Spider II de[** Louise Bourgeois*]… hommage à sa mère. « Comme les araignées, ma mère était très intelligente. Les araignées sont une présence amicale qui mange les moustiques », commentait l’artiste. »
L’intitulé de la troisième salle, le rêve, nous invite à percer quelques mystères avec des artistes surréalistes : [**Salvador Dalí, Félix Labisse, Victor Brauner, Oscar Dominguez, Yves Tanguy, Jacques Hérold, Juan Miro*]. Nous n’aurons pas la clé…des songes, mais du plaisir, en vérité.

Il y a [**Man Ray*] : à l’heure de l’observatoire, les amoureux (1970) – illustration du catalogue et de l’affiche – une bouche bien rouge, joliment dessinée, celle de sa compagne, [**Lee Miller*]. « Les lèvres rouges flottaient dans un ciel bleu-gris, au-dessus d’un paysage crépusculaire où l’on voyait, à l’horizon, un observatoire et ses deux dômes, comme des seins, à peine suggérés dans la pénombre. C’était une impression que je gardais de mes promenades quotidiennes dans les jardins du Luxembourg. Probablement à cause de leurs dimensions, les deux lèvres ressemblaient à deux corps enlacés. C’était très freudien. » (Man Ray, Autoportrait, Actes sud, 1998).

On n’est pas (davantage) couché, pardonnez la formule, car la quatrième section nous l’assure, le rêve libère les fantasmes. Ils sont tous là ou presque avec les leurs. [**Oscar Dominguez, Pablo Picasso, Félix Labisse, Wilhelm Freddie, Hans Bellmer, Francis Picabia, Jindrich Styrsky*], et plus près de nous, [**André Raffray, Michèle Sylvander*], avec des œuvres créées dans les années 2000.

On bascule ensuite en plein cauchemar. Une section fascinante, avec
[**Francisco de Goya, Marcel Berronneau, Valère Bernard, Germaine Richier, Ernest T, Jake et Dinos Chapman, Contant Nieurwenhuys*]… Ils nous envoient leurs monstres, insectes, serpents. C’est terrifiant … on hallucine. C’est d’ailleurs la section hallucination qui nous finit de nous réveiller. Une expérience de rêve éveillé, on est pas loin des paradis artificiels ! Pour nous en conter, il y a [**Salvador Dali, Hans Richter, Victor Hugo, Victor Brauner, Antonin Artaud, André Masson, Raymond Hains, Henri Michaux, Oscar Dominguez, Brion Gysin*] et plus près de nous car plus récentes, des œuvres de [**Tetsumi Kudo, Pascal Convert, Antony Gormley*]… Dreamachine (1961) de [**Brion Gysin*] est le «seul objet d’art à être regardé les yeux fermés». On fixe à travers les paupières closes la lumière syncopée d’une ampoule, jusqu’à l’hallucination. Et on est prévenu, Les Dreamachine peuvent s’avérer dangereuses chez les personnes atteintes d’épilepsie ou d’autres troubles nerveux. Les yeux fermés, certes, mais nous voilà prêts pour le réveil ! « Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve » conseillait [**Antoine de Saint-Exupéry*], dans « Le petit Prince. »

Dernière séquence, dernière étape [**Bernard Plossu Philippe Ramette, Sandy Skoglund, Darren Almond, Pierre Huyghe*] et son carillon, hommage à [**John Cage*], au public de jouer, quelques notes, actionner un ou plusieurs carillons, en toute liberté… Réveil en douceur, mais on reste déboussolé. On se retrouve soudain dans un train, avec [**Bernard Plossu*], sur un balcon à Hong Kong, la tête à l’envers, avec [**Philippe Ramette*], Entre terre et eau, dans des paysages surnaturels, avec [**Darren Almond*], ou encore dans une chambre à coucher, transformée en aquarium géant par [**Sandy Skoglund*]… Sentiment d’étouffement assuré, c’est fort !

Il faut reprendre nos esprits pour grimper au dernier étage du musée où nous attendent des cartes. Loin d’être un banal jeu de cartes, le Jeu de Marseille est un jeu inspiré du Tarot de Marseille, créé en mars 1941 par les surréalistes, parmi lesquels [**Oscar Dominguez, André Breton, Max Erns*]t… Exit le roi, la reine etc. Ils sont remplacés par un génie, un mage, ou encore une sirène. Un accrochage de cartes originales grand format, offertes à la ville de Marseille en 2003 par la fille d’André Breton, témoigne, si besoin était, de la fascination des surréalistes pour les domaines du rêve, de la métamorphose, de l’inconscient.

[**Pétra Wauters*]


Le Rêve
Du 17 septembre 2016 au 22 janvier 2017 au [**Musée Cantini,*] 19 rue Grignan à [**Marseille*].

Ouverture : du mardi au dimanche de 10h à 18h. fermeture hebdomadaire les lundis, fermé les 25 et 26 décembre, 1er janvier.

Commissaires : Christine Poullain, Conservateur en chef, Directrice des musées de Marseille, Guillaume Theulière, Conservateur, Adjoint à la directrice des musées de Marseille Olivier Cousinou, Conservateur au musée Cantini.


Crédits photos :
Berdaguer & Péjus. Plante à sommeil. 2015. Plastique, eau, somnifère, céramique
Paris – La Défense, Centre National des Arts Plastiques, Fonds national d’art contemporain © CNAP/ courtesy photo : Galerie Martine Aboucaya. © Adagp, Paris 2016

L. Bourgeois. Spider II 1995, bronze, pièce murale, 184,2 x 184,2 x 57,2 cm. Collection The Easton Foundation. Photo: Christopher Burke, © The Easton Foundation/Licensed by ADAGP, Paris 2016

V. Brauner. Le ver luisant. 1933. Huile sur toile, 50 x 61 cm.Paris, Centre Pompidou – Musée national d’art moderne / Centre de la création industrielle.Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Jean-François Tomasian © Adagp, Paris 2016. (Illustration de l’entête)

F. Goya. Pesadilla (Cauchemar) vers 1815. Encre, lavis noir et pierre noire sur papier, 23 x 14,6 cm. Marseille, Musée des beaux-arts © Jean Bernard, Musée des Beaux-arts, Marseille.

R. Magritte.Le cap des tempêtes. 1964. Museum voor Schone Kunsten. Anvers. Huile sur toile,100cm/81

P. Picasso. Dormeuses aux persiennes. 1936. Huile et fusain sur toile, 54,5 x 65,2 cm
Paris, Musée national Picasso © RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris) / Jean-Gilles Berizzi. © Succession Picasso, 2016

Man Ray (Emmanuel Radnitzky, dit). A l’heure de l’observatoire.1970. Lithographie sur papier, 68 x 104 cm.Collection Clo et Marcel Fleiss, Paris. (Affiche de l’exposition)


WUKALI 22/09/2016
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