This statue of Louis XV was destroyed during the Revolution


[**Edme Bouchardon*] (1698-1762) fut le premier sculpteur du milieu du 18ème siècle. Il domina largement ses confrères mais, malheureusement, la plupart de ses grands travaux furent détruits. De ce fait, le jugement porté sur son œuvre est tronqué. Il amorce un début de « retour à l’Antique » en France, suite à son séjour à la [**Villa Médicis*] à Rome, au titre de vainqueur du concours du même nom en 1722. Il était originaire de Champagne. Il fut l’élève de [**Guillaume Ier Coustou*].

Aujourd’hui, ne nous reste que des bribes de son immense talent : « L’amour taillant son arc dans la massue d’Hercule  » du musée du Louvre et « La fontaine de Grenelle » de la rue de Grenelle en étant les principaux.

C’est en 1748 que la ville de Paris désigna [**Bouchardon*] pour réaliser la statue équestre sur un piédestal de l’architecte [**Jacques-Ange Gabriel*] dont les quatre angles devaient porter des vertus en bronze. A son décès, en 1762, le monument n’était pas encore fini. L’artiste désigna son jeune émule[** Jean-Baptiste Pigalle*] pour l’achèvement qui concernait uniquement les cariatides et les bas-reliefs du piédestal. Nous les ignorerons puisque cela ne s’applique en rien à la statue équestre elle-même.
A l’instar des autres statues équestres consacrées aux rois de France, elle fut détruite sous la Révolution ( en 1792). Quelques réductions en bronze furent créées par [**Vassé*] (hauteur environ 60 cm) et une au moins par Pigalle. Nous en connaissons trois de nos jours : une au château de Versailles, une conservée au musée du Louvre et une autre dans une collection privée normande. Vassé réalisa un certain nombre de réduction en plâtre, l’une d’elles est entrée au musée Carnavalet (hauteur 72 cm).|center>

La statue fut installée sur la place de la Concorde (autrefois place Louis XV) en 1763. Elle répondait à celle de Louis XIV par Girardon sur la place Vendôme.

Dès 1749 l’artiste était au travail. Il préparait la finition d’un modèle en taille moyenne. Pour fixer les proportions de toutes les parties du cheval comme du cavalier, il réalisa d’innombrables dessins, surtout de la monture qui lui posait plus de problèmes que la figure humaine. En existent plus de 80 dans les cartons du cabinet des dessins du musée du Louvre. En 1752 le modèle était fini. Dans la foulée, Bouchardon entreprit le modèle en ronde-bosse de grandeur nature qui devait servir à la fonte. Lequel fut achevé en 1757.

La ville de Paris, commanditaire de l’œuvre, signa alors un contrat pour la fonte avec [**Varin père et fils*] mais la mort du premier provoqua l’annulation de l’acte et un nouveau contrat fut établi en faveur de [**Pierre Gor*], commissaire général des fontes à l’arsenal de Paris. Il se fit assister par [**Maritz*], inspecteur général des fontes de l’artillerie de France.

Naturellement, la fonte fut réalisée par le procédé de « la cire perdue** » le samedi 6 mai 1758 en l’espace de cinq minutes et quatre secondes. Comme il en était d’usage pour indiquer la réussite de cette fusion dans le cas d’une statue d’un monarque, Gor lança son chapeau en l’air en criant : « Vive le roi ! ».
Malgré toutes les précautions, des réparations furent nécessaires car deux trous étaient apparus au cours de l’opération.

La mise en place de la statue équestre ne se fit qu’en 1763 suite à la Guerre de Sept ans, après la mort de l’artiste. Le jugement des connaisseurs fut assez favorable mais pas celui du peuple qui s’était mis à haïr le souverain. Un petit quatrain circulait dans Paris : « ah ! La belle statue, ah ! Le beau piédestal. Les vertus sont à pied et le vice à cheval !  ».

[**Grimm*] raconte que le cheval fut très admiré, y compris par les écuyers du roi. Il rend hommage à l’exactitude et à la noblesse de ses formes, à la justesse de ses proportions et insiste sur le parfait réalisme de l’œuvre : «  nous pouvons nous vanter d’avoir à la fin un cheval de bronze, non un de ces êtres fantastiques se cabrant, grinçant des dents, ayant les narines retirées en arrière et les crins dressés, et une contraction de muscles faisant peine à voir, mais un animal d’une noblesse, d’une grâce, d’une douceur, en un mot de ce caractère ravissant de la beauté exquise et rare  ».

En citant ce paragraphe de Grimm, on ne peut que constater la fin de la prédominance de l’esprit baroque en France : il est parfaitement évident que le « retour à l’Antique », prôné par [**Winckelmann*]*** va l’emporter et balayer tout ce qui a précédé.
Les réductions en bronze de la statue royale montrent un cheval marchant au pas, patte antérieure gauche et patte postérieure droite levées. Le roi semble de taille assez importante par rapport à sa monture dont le museau fin accentue un rendu court de la tête portée par une encolure épaisse. Les veines apparentes des bras du monarque sont en fonction de son visage, altéré par l’âge comme le montrent les rides du cou et les marques sur le visage. De sa main gauche, il tient les rênes tandis que de la droite il maintient en place le bâton de commandement. Louis XV est représenté à la romaine, comme son arrière grand-père Louis XIV : il porte une armure et une jupe de cuir rehaussée de parties métalliques, ses pieds-nus dans des sandales. Le tapis de selle est ouvragé. La queue du destrier, très longue, surprend. Autre détail intéressant : la crinière de la bête est comme coiffée, à l’instar de la chevelure royale. Il n’y a aucun doute : la sculpture présente le roi paradant, défilant.

Naturellement, nous ne pouvons préjuger de ce qu’était la statue en place qui n’a pas complètement disparue : la main droite du roi, serrant le bâton de commandement, a survécu et est conservée au musée du Louvre.

[**Jacques Tcharny*]|right>


***Voir le livre de [**Francis Haskell et Nicholas Penny*] : Pour l’amour de l’Antique, éditions Hachette 1988

Bibliographie : Edme Bouchardon par Alphonse Roserot, Paris 1910, éditions Émile Lévy, librairie centrale des beaux-arts.

Illustration de l’entête: Vue perspective de la place de Louis XV. en entrant par la Porte S. Honoré à Paris, vue d’optique publiée chez Basset, vers 1763, Gallica/BnF


-[* À suivre… *]le 12ème article de cette série : [**La statue de Frédéric V par Saly*], parution prévue : Jeudi 29 septembre 2016


Récapitulatif des articles déjà parus dans cette étude de Wukali sur la statuaire équestre

[**Marc Aurèle*]

[** Les Chevaux de Saint Marc*]

[**Donatello: Le Gattamelata*]

[**Verrochio : Le Colleone*]

[**Leonard de Vinci : Le cheval Sforzza et le monument Trivulzio*]

[**Pietro Tacca : la statue équestre de Philippe IV*]

[**Bernin. Louis XIV en Marcus Curtius*]

[**Girardon. Louis XIV à cheval*]

[**Coysevox. La Renommée et Mercure sur Pégase*]

[**Guillaume Ier Coustou. Les chevaux de Marly*]


WUKALI 22/09/2016
*Courrier des lecteurs *] : [redaction@wukali.com

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