Eric-Emmanuel Schmitt, last opus


Le dernier livre d'[**Eric-Emmanuel Schmitt,*] L’homme qui voyait à travers les visages, vient tout juste de sortir en librairie. L’action se passe en [**Belgique*] et il y a un attentat terroriste…

Une ville : [**Charleroi*] en Belgique. Un personnage principal : Augustin Trollier, un jeune homme qui n’a jamais connu ses parents, un sans domicile fixe, sans argent et qui a accepté de faire un stage non rémunéré au journal local Demain, dirigé par un véritable tyran : Philibert Pégard. Augustin a un « don » : il peut voir les morts. Pas tous les morts, mais ceux qui suivent, pour des raisons diverses et variées, certains vivants, pour être simplement auprès d’eux, voir pour essayer de diriger leurs actions.

Par hasard, Augustin est le témoin (et la victime) d’un attentat terroriste : un homme se fait exploser sur une place devant une église lors d’un enterrement. En plus il avait vu les dilemmes de l’auteur et surtout le fantôme qui l’a incité à passer à l’acte. Mais comment expliquer aux enquêteurs que le terroriste n’était pas aussi seul qu’il ne le paraissait ? Si le commissaire Terletti est totalement hermétique à ce genre d’explication, il n’en est pas de même de la juge d’instruction Poitrenot qui se montre ouverte aux explications surnaturelles. Elle va même confier une enquête à Augustin : prouver que depuis la nuit des temps tous les massacres sont dus à la volonté explicite de Dieu.

Concomitamment dans son cadre professionnel, Augustin rencontre un certain[** Eric-Emmanuel Schmitt*] qui se laisse convaincre de ce don. De plus, il pense l’inverse de la juge : ce sont les hommes qui ont dévoyé la parole divine et qui sont donc entièrement responsable des guerres de religion. Augustin finit par aider son écrivain préféré et va faire une interview de Dieu (qui apparaît comme par hasard sous forme d’un œil dans un triangle) quelque peu surréaliste, ce qui en soit peut paraître normal (sic).

La fin ne peut-être décrite, bien sûr, même si elle est quelque peu évidente, les divers rebondissements, explications ne sont en rien une surprise. La surprise aurait été l’inverse : l’absence de ces rebondissements, de ces explications.

Alors que penser du dernier livre [**Eric-Emmanuel Schmitt *] : L’homme qui voyait à travers les visages ?

A titre très personnel, je suis déçu. Eric-Emmanuel Schmitt est plus que certainement un des plus grands écrivains francophones actuels, un immense auteur de théâtre et un romancier de grand talent, à lui seul le cycle de l’invisible plaide pour lui. Mais même les plus grands ne produisent pas que des chefs d’œuvre, et c’est le cas pour son dernier roman. Il a un « je ne sais quoi » d’inachevé, comme une sorte de manque de travail sur le manuscrit. Soit, à titre personnel et ce qui me concerne ne peut être pris pour une règle, je n’ai que très modérément apprécié qu’Eric-Emmanuel Schmitt se transforme en un personnage de l’histoire, j’aurais largement préféré qu’il mette en scène un écrivain anonyme, ayant la même philosophie que lui, les mêmes interrogations. A certains moments, je n’ai pu m’empêcher à penser à la phrase d’[**Edgar Faure*] : « si vous ne vous envoyez pas des fleurs, bien peu le feront à votre place. » On est jamais mieux servi que par soi-même, soit, mais cette apparition d’une personne réelle dans un récit de fiction n’apporte strictement rien à l’histoire et encore moins aux idées qui y sont développées. Et même plus, je trouve qu’ Eric-Emmanuel Schmitt se décrit comme une personne pas particulièrement sympathique pour ne pas dire antipathique, sorte d’ours mal léché quelque peu autiste, voire un potentiel résident d’un hôpital psychiatrique.

J’ai été aussi été quelque peu gêné par toutes les parties relatives à Dieu en particulier et aux religions en général, enfin pas tout à fait, aux religions monothéistes issues de l’Ancien Testament plus exactement. Ainsi le Dieu qui pose tant de question à l’auteur n’est pas exactement celui de toute l’humanité, mais que d’une partie d’entre elle. Mais enfin, en soit ce n’est pas si important que ça. En revanche, j’ai été gêné par toutes les digressions plus ou moins théologiques, je les ai trouvées caricaturales pour ne pas dire faibles, dignes, à peine, des mauvais articles que nous lisons tous les jours dans les journaux, pleines d’a-priori, de faussetés voire de contre-vérités dignes du café du commerce. Et ça ne concerne pas que la religion, mais bien d’autres aspects du processus de radicalisation, par exemple les jeux vidéos ne peuvent-être qu’une des portes d’entrée dans la violence. Attention, ce n’est qu’une impression, mais celle-ci résulte du côté peu travaillé de ce roman.

Parfois, à la lecture de L’homme qui voyait à travers les visages, je me suis demandé si je ne lisais pas un roman de [**Didier Van Cauwelaert*] ou un (bon) roman de [**Bernard Weber*]. C’est loin de ce que j’attends quand je me précipite à lire la dernière parution d’Eric-Emmanuel Schmitt.

On a l’impression que face à une actualité douloureuse, Eric-Emmanuel Schmitt a souhaité apporter sa pierre à la nécessaire réflexion que nous devons tous avoir, mais il l’a fait en quelque sorte trop vite, comme pressé par son éditeur ou son égo, je ne sais. Vu la qualité du travail d’Eric-Emmanuel Schmitt on ne peut être que déçu.

Émile Cougut


[**L’homme qui voyait à travers les visages
Eric-Emmanuel Schmitt*]
éditions Albin Michel. 22€


WUKALI 12/09/2016
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