Italian and French composers, a glittering program of sacred music performed by the Orchestre National de Lorraine


Congresshalle Sarrebruck – 24 août 2016

Le 24 août dernier, l’[**Orchestre National de Lorraine*] et son directeur musical, [**Jacques Mercier*], étaient les invités du Festival international de musique de la Sarre pour un concert de musique sacré exceptionnel, donné avec deux chœurs coréens d’élite, le [**Goyang Civic Choir*], et la [**Surcheon Civic Chorale*]. Le programme était constitué d’œuvres religieuses assez rarement présentées de [**Puccini, Verdi*] et [**Florent Schmitt.*] Cette manifestation s’inscrivait dans le cadre de « l’Année France-Corée 2015-2016 » et devait être renouvelée en deux concerts, deux et trois jours plus tard, au Festival de La Chaise-Dieu avec l’adjonction de Rédemption de [**César Franck*] et du Gloria de [**Poulenc*], avant de franchir les fuseaux horaires, en octobre prochain, pour la tournée de l’ONL au « Pays du matin calme ».

Le nombreux public réuni dans l’auditorium de la Congresshalle de [**Sarrebruck*] – au sein duquel on comptait peu de Messins, hélas – entendit d’abord la Messa di Gloria d’un jeune [**Giacomo Puccini*], âgé d’à peine plus de vingt ans. En dépit de son titre, cette œuvre, d’une durée d’environ cinquante minutes, comprend tous les éléments de l’Ordinaire de la messe et n’est pas limitée aux seuls Kyrie et Gloria. Le futur compositeur du Te Deum à l’acte I de La Tosca y déploie déjà un sens aigu du traitement des chœurs et de l’orchestre, avec un lyrisme particulièrement présent dans les parties solistes insérées dans le Gloria, le Credo et l’Agnus Dei, dévolues, ce soir-là, au ténor [**Keon-woo-Kim*] et au baryton [**Johannes Kim.*]

La [** Messa di Gloria *] resta longtemps méconnue après sa création en 1880. Elle ne fut ensuite redonnée qu’en 1952 à [**Chicago *] et, surtout, révélée au grand public par l’enregistrement de[** Michel Corboz,*] réalisé dans les années 1970. Sa rapide popularité devait permettre au cinéaste [**Pierre Schoendorffer*] de faire usage du Qui tollis dans L’Honneur d’un Capitaine. Jacques Mercier nous gratifia déjà de sa vision de l’œuvre à la Cathédrale de [**Metz,*] en septembre 2009. A [**Sarrebruck*], avec des chœurs et des solistes d’exception, il nous a comblés par une direction particulièrement précise et vivante, en dépit de l’acoustique relativement moyenne de la salle.|left>

Le [** Te Deum *] de [**Verdi *] complétait la première partie du concert. Cette composition d’une quinzaine de minutes est la dernière des Quatre pièces sacrées écrites par Verdi aux alentours de 1895 alors que le vieux Maître, octogénaire et par ailleurs agnostique, s’efforçait, depuis Otello et Falstaff, de renouveler de fond en comble son langage musical. Elle fait alterner des passages a capella et des tutti choraux et orchestraux. On comprend donc que, dans une correspondance à [**Hans von Bülow*], Verdi se soit exclamé : « nous les Italiens, fils de [**Palestrina*] ».

Nous connaissons ce Te Deum essentiellement par l’enregistrement de [**Toscanini*] qui eut l’occasion de le diriger à [**Milan*] dans les dernières années de la vie de Verdi et qui l’inscrivit assez souvent au programme de ses concerts, à la [** NBC *] de[** New-York,*] après 1945. Depuis la disparition du « Maestrissimo », en 1957, ce Te Deum est tombé dans un relatif oubli, en dépit des gravures de [**Mehta, Solti, Gardiner*]. Ajoutons que sur un plan strictement liturgique, les occasions se font rares de chanter à l’église, cet hymne « à la gloire de Dieu » à la faveur d’un évènement patriotique. Le 26 août 1944, à Notre-Dame de Paris, le [**Général de Gaulle,*] lui-même, se trompa en entonnant le Magnificat en lieu et place du Te Deum. Précisons enfin que, par rapport à une « théologie de l’enfouissement » en vogue dans certains milieux religieux depuis Vatican II, le texte du Te Deum est jugé, à tort ou à raison, hors de propos. Tous ces éléments font qu’on est particulièrement heureux de réentendre cette tardive composition verdienne qui complète idéalement la Messa de Puccini et qui confirma pour le public réuni à Sarrebruck, l’excellence de l’orchestre et des deux chœurs coréens dont l’articulation du latin était impeccable.

Après la « Pause » comme disent nos amis allemands, ce fut, pour beaucoup, la révélation du rarissime Psaume XLVII, du Lorrain [**Florent Schmitt*], né à Blâmont en 1870 et décédé à Neuilly en 1958.|center>

Elève de [**Théodore Dubois,*] de [**Massenet,*] de[** Fauré,*] titulaire d’un grand prix de Rome en 1900, Florent Schmitt devait faire sensation dans le Paris de la Belle époque avec son Psaume XLVII, pour soprano, chœur, orgue et orchestre, en 1906 et, dans une certaine mesure, l’année suivante, avec sa Tragédie de Salomé. Il n’est pas excessif de dire que la création du Psaume fut alors un évènement aussi considérable que la première du Sacre du Printemps, sept années plus tard. Pour de bonnes et de mauvaises raisons, aucune de ses œuvres ultérieures ne devait atteindre une semblable notoriété. Des déclarations malheureuses à la veille de la guerre et la participation malencontreuse à un voyage officiel à[** Vienne*], en décembre 1941, valurent au compositeur quelques ennuis au moment de la Libération, ce qui ne l’empêcha pas d’être promu Commandeur de la Légion d’honneur en 1952. Cependant, il continue d’être l’objet de polémiques puisqu’un lycée de[** Saint-Cloud*] qui portait son nom fut, récemment, débaptisé. Ces mauvaises querelles justifient-elles le maintien au purgatoire d’une œuvre injustement méconnue ? Le Maître Jacques Mercier, dont on connait l’addiction pour le répertoire français « du tournant du siècle », n’est pas de cet avis et défend ardemment le legs de Florent Schmitt. En témoignent ses enregistrements de la musique de film pour Salammbô avec l’orchestre d’Ile-de-France et, plus récemment, ses gravures, avec l’ONL, des ballets Antoine et Cléopâtre (1920) et, surtout, Le petit Elfe ferme l’Œil (1924), gratifié, en 2013, d’un « Diapason d’Or de l’année ».

Jean Martinon à la tête de l’Orchestre National de l’ORTF. Andrea Guiot. 31/10/1973


Le Psaume XLVII est une œuvre exigeante, requérant un chœur particulièrement agile et une soprano à la voix assez puissante pour ne pas être couverte par l’orchestre. L’idéal est également de disposer d’un orgue véritable, ce qui fut sans doute le cas à [**La Chaise-Dieu*]. À Sarrebruck, en revanche, on dût se contenter d’un ersatz électronique de mauvaise qualité. La soliste[** Sooyeon Kim*] releva brillamment le défi. Elle ferait une très belle Mélisande. Les deux chœurs confirmèrent les qualités d’homogénéité révélées dans les œuvres précédentes même si leur français était un peu moins bien articulé que le latin. L’orchestre et leur chef, survoltés, furent, on s’en doute, excellents.
Au total, une très belle soirée et un concert exceptionnel que l’on souhaite aussi réussi à La Chaise-Dieu aussi bien que lors de la future tournée coréenne. Le public manifesta une satisfaction sans limite pour Puccini et Verdi, un peu plus mesurée pour le Psaume, sans doute par méconnaissance. Pour terminer, osons formuler deux regrets : que ce magnifique programme n’ait pas été donné dans la superbe acoustique de l’Arsenal ; et que le Républicain lorrain n’ait pas daigné mentionner, dans aucune de ses éditions, cet événement.

Risquons enfin un vœu : que Jacques Mercier et son Orchestre National de Lorraine nous gratifient, sans tarder, d’une gravure définitive du Psaume XLVII, un futur Diapason d’Or, n’en doutons pas !

[**Jean-Pierre Pister*]

Wukali remercie pour sa collaboration le Cercle Lyrique de Metz


WUKALI 09/09/2016
*Courrier des lecteurs *] : [redaction@wukali.com
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