When the Sun King dismissed a statue made by Gian Lorenzo Bernini and representing himself riding a horse


Cette statue équestre de [**Louis XIV*], en marbre, fut créée par [**Gian Lorenzo Bernini *] ( 1598-1680) entre 1667 et 1677 dans son atelier romain. Elle n’arriva à [**Paris *] qu’en mars 1685. Placée dans l’orangerie du [**château de Versailles*] en août de la même année, c’est là que le roi la vit pour la première fois le 14 novembre. Elle déplut tant au souverain que [**Louvois*] demanda à [**François Girardon*] (1628-1715) de retravailler la sculpture. Après quoi, elle fut reléguée autour de la pièce d’eau dite des Suisses.

L’artiste la transforma alors en[** Marcus Curtius*], jeune et célèbre héros romain qui se sacrifia aux dieux de l’enfer pour la patrie : un important gouffre s’était ouvert au milieu du Forum Romain et les oracles, interrogés, affirmèrent qu’il ne se refermerait que lorsque Rome y aurait jeté ce qui lui était le plus précieux. Marcus Curtius, armé de pieds en cape, monta sur son cheval et se jeta dans l’abîme. Le précipice se referma immédiatement. Cela se passait en 362 avant notre ère écrit [**Tite-Live*] ( Histoire romaine, Livre VII, 6)…

Les dimensions de l’œuvre sont : 376 x399 x157cm. Elle est en marbre blanc statuaire de Carrare, donc impliquant une taille du matériau qui est une roche calcaire cristallisée, à très forte densité. Le mot marbre est d’origine grecque : «  marmoros  », qui signifie brillant. L’élément constitutif du marbre est appelé un cristal. La lumière pénètre jusqu’à 3 ou 4 cm de profondeur et se réfracte sur les cristaux de calcite, ce qui lui donne ce reflet si particulier qui a fasciné tous les sculpteurs. Pendant l’Antiquité, les principaux marbres utilisés étaient grecs : Paros, Hymette et Pentélique. Avec le Moyen-Age et la perte de la Grèce occupée par les envahisseurs turcs, ce sont les ressources italiennes qui furent mises à contribution : essentiellement celles de [**Carrare*] qui resteront prédominantes jusqu’à notre époque.

C’est en 1665 que [**Bernin*] proposa la création d’un monument à la gloire de l’autocrate absolu qu’était [**Louis XIV*]. Il devait l’installer entre le Louvre et les Tuileries. En 1667, la commande fut effective de la part de la surintendance des bâtiments du roi.

Le Bernin, apôtre du Baroque, ne pouvait que la réaliser dans ce style, en apothéose du souverain. Cette « gloire royale » montre Louis XIV dans une attitude majestueuse de commandement. Cette célébration du monarque divin, gravissant la montagne de la vertu, comme Hercule autrefois, illustrait la légende selon laquelle la famille royale était issue d’Hercule Gallicus.

L’artiste montra d’abord Louis XIV sur un cheval cabré, avec l’inscription « per ardua ». En 1673, la sculpture subit une première transformation que l’on voit sur un dessin du Bernin : les rochers supérieurs furent transformés par des étendards pris à l’ennemi (la guerre de Hollande), que l’on retrouve sous le ventre du cheval.

Ainsi le roi était porté par un destrier mythologique. La puissance de l’animal était rendue vivante, dans la sculpture, par les muscles apparents, par le rendu net des sabots et par la vivacité de la crinière. L’agitation frénétique du coursier se voit dans le rendu des naseaux et des yeux, grands ouverts. La queue voletant de la bête est raccordée aux pattes par un « pont de marbre » dont l’existence garantit la sécurité de cet appendice.
Louis XIV est assis sur sa puissante monture qu’il domine. Son armure indique qu’il va au combat mais on ne distingue plus ce qu’il tient dans sa main droite : un moignon d’épée peut-être ? Les proportions ne sont pas réelles : le roi est trop grand par rapport au cheval. Cela étant, Le Bernin avait réussi à saisir la nature profonde de «  la majesté royale » qu’il enserre dans une cape flottant au vent et en le coiffant d’une perruque longue et bouclée. L’attitude du souverain est soulignée par son regard plein de certitudes tourné vers l’extérieur.
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Le dégoût du roi à la vision de la statue fut tel qu’en 1687 [**Girardon*] la modifia, pour nous montrer le souverain en Marcus Curtius. Les étendards ennemis devinrent des flammes qui torturent le ventre du cheval : le cavalier sauve Rome de l’incendie. Le visage fut rectifié et recouvert d’un casque à plumes. Girardon garda le drapé travaillé du Bernin. Cheval et cavalier regardent vers la droite. L’homme monte à cru : on ne voit ni selle ni étrier.

Sa présence lointaine dans les jardins du château fit qu’elle fut oubliée par les vandales révolutionnaires mais, en 1980, elle fut dégradée par d’autres imbéciles n’ayant même pas de prétexte particulier pour s’attaquer sauvagement à cette sculpture. Il fallut 6 ans de travail lent et précis pour la restaurer. Elle se trouve aujourd’hui à l’abri dans l’Orangerie qu’elle n’aurait jamais du quitter.

Cette œuvre n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut par les multiples défigurations qu’elle a subi mais, malgré cela, elle a gardé noblesse et grandeur par la qualité technique du travail du matériau, par l’originalité de l’idée dont elle est issue et par la finesse de sa réalisation baroque. Elle fut la première statue-équestre cabrée en marbre jamais inventée. Seul un génie universel était capable d’un exploit de ce genre. Bernin était donc l’homme de la situation : il était sculpteur, peintre et architecte. Probablement a-t-il considéré ce travail comme un moyen de prouver ses capacités. Il a réussi dans son entreprise. Il est navrant que Louis XIV, borné au classique revu et corrigé par l’Antique, soit passé à côté. Mais l’autocrate-despote qu’il était ne pouvait pas comprendre l’Art Baroque…

[**Jacques Tcharny*]


[* À suivre… *] prochain article: [** Girardon: Louis XIV à cheval*], parution prévue : Jeudi 1er septembre


Récapitulatif des articles déjà parus dans cette étude de Wukali sur la statuaire équestre

[**Marc Aurèle*]

[** Les Chevaux de Saint Marc*]

[**Donatello: Le Gattamelata*]

[**Verrochio : Le Colleone*]

[**Leonard de Vinci : Le cheval Sforzza et le monument Trivulzio*]

[**Pietro Tacca : la statue équestre de Philippe IV*]

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