[**Andrea Del Verrocchio*] (1435-1488) fut un très réputé sculpteur, peintre et orfèvre florentin. Dans son atelier furent formés [**Lorenzo Di Credi, Ghirlandaio, Perugin, Botticelli et Léonard De Vinci*]. Arrivé àVenise suite à une commande officielle de la République : la création de la statue équestre d’un Condottiere célèbre, le Colleone, il y travailla de 1483 à sa mort en 1488. L’œuvre était terminée mais non fondue à sa disparition. C’est le sculpteur[** Leopardi*] qui se chargea de la fonte. La sculpture fut érigée sur « le campo dei Santi Giovanni e Paolo », devant la basilique San Zanipolo, à Venise. Ses dimensions sont : 400 x 380 cm.

[**Bartolomeo Colleoni*] fut un des plus célèbre Condottiere (militaire mercenaire) de l’Italie de la Renaissance. Au service de [**Venise*] en 1454, il en devint le général en chef des armées. Mort en 1475, il légua une part importante de sa fortune à la Sérénissime (environ 230.000 ducats), à la seule condition que la République lui érige une statue de bronze où il serait représenté à cheval : il voulait passer à l’immortalité. L’objectif fut atteint, c’est le moins que l’on puisse dire !

L’artiste reprend l’idée de[** Donatello*] exprimée dans le Gattamelata : le cheval marque l’amble (les jambes du même côté marchant ensemble). C’est le prototype du héros armé pour le combat, qu’il ne livre pas ici: la tension visible, extérieurement, n’est qu’apparente car la statue équestre ne « vibre » pas en profondeur : les tensions centrifuges et centripètes s’équilibrant. Malgré tout, une grande puissance énergétique se dégage de l’œuvre.

Le point le plus intéressant de cette création est un début de fusion «  physique comme psychique » entre le cavalier et sa monture, effet particulièrement évident dans le rendu de la sûreté de l’allant du destrier, comme de celui de la volonté exprimé par le jeu physionomique du corps du chef de guerre. Le « couple cheval-cavalier » naît ici de leur complémentarité, pour la première fois dans l’Histoire de l’art de rendre les volumes. On ne peut qu’applaudir à cet essai, tenté en toute connaissance de cause. Et même si la synthèse est imparfaite, on doit rendre grâce au génie de Verrocchio. Après tout, le Gattamelata de Donatello, lui aussi, n’arrive pas à bout de cette difficulté : il ne l’aborde même pas. Le temps n’était pas encore venu.

Notre Colleone est un meneur d’hommes, féroce et vulgaire, cruel, au visage dur, certes, mais qui montre sa fierté de chef et sa certitude de pouvoir lever son bâton de commandement pour déclencher l’attaque à l’instant voulu : il connaît sa valeur.
L’élégance de ce cheval de guerre, portant aisément le meneur d’hommes, est un atout supplémentaire à l’expression du dynamisme « naturel » de la force de vie qui émane de la sculpture.

Un quelque-chose d’harmonieux commence… Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les rênes ouvragés à l’instar du harnais magnifique enserrant l’anatomie de la bête qui semble se mouvoir en emportant, en dévorant son espace environnant avec gloutonnerie. Des plis dus aux muscles se voient sous la gorge du destrier, comme sur sa croupe, tandis qu’un toupet de poils serrés sur le haut du crâne, la selle très décorée ainsi que la crinière presque coiffée, impliquent l’idée de « défilé officiel ».

La musculature du cheval, réaliste, est magnifiée par une sorte d ’emphase laudative qui se retrouve dans le visage du Colleone ainsi que dans le mouvement de torsion, exagéré, de son épaule droite. C’est une caractéristique fondamentale de l’âme italienne que l’on connaît dans tous les domaines artistiques : que l’on pense au « Bel canto » de l’Opéra vu par les Transalpins.

La sculpture dépasse les dimensions de son piédestal, en pierre d’Istrie. Ce dernier est orné d’une frise en bronze inventée par Leopardi sur son entablement. On notera le blason du Condottiere près du lion de Venise. Cette base de Leopardi met bien en valeur la statue-équestre elle-même.

L’artiste nous présente un « piaffer » en marche à l’allure nerveuse, électrique, accentué par la vivacité des plis des poils du cheval sur sa crinière, sur son mufle et sur sa queue.
Appréciée superficiellement par son époque, la descendance réelle de l’œuvre se fera jour à la fin du 19ème siècle, en [**France*], avec le Charlemagne devant Notre-Dame [**( Charles et Louis Rochet)*] et avec le Saint-Louis devant le Sacré-cœur [**(Jules Hippolyte Lefèvre),*] qui sont des commandes d’état, officielles. Malheureusement, l’Académisme ambiant sclérosera l’évolution… Jusqu’à ce qu’apparaisse un vrai génie qui réalisera enfin l’union de l’homme et de l’animal, espérée, désirée, voulue par les artistes démiurges de tous les temps. Cette synthèse complète, parfaite, absolue sera un des plus impressionnants triomphes de la sculpture universelle : le Général Alvear de [**Bourdelle*] (1923). Mais plus de quatre siècles s’étaient écoulés….

Jacques Tcharny

Bibliographie : Andrew Butterfield : the sculpture of Andrea Del Verrocchio éditeur Cumberland, Yale university 1997.


[* À suivre… *] prochain article: [**Léonard de Vinci, le cheval Sforza et le monument Trivulzio*], parution prévue : Jeudi 11 août

Récapitulatif des articles déjà parus dans cette étude de Wukali sur la statuaire équestre

[**Marc Aurèle*]

[** Les Chevaux de Saint Marc*]

[**Donatello: Le Gattamelata*]


WUKALI 05/08/2016
*Courrier des lecteurs *] : [redaction@wukali.com

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