A coalescing novel in a muti-cultural society taking place in Lorraine, dead end in Metz


Une région la [**Lorraine*], une ville[** Metz*]. Deux époques autour du même cataclysme: la crise de la sidérurgie, celle de 1988 et celle de 2012, la fin d’un monde, d’une culture qui plongent un grand nombre de personnes dans la précarité. Une société qui évolue provoquant la lente marginalisation de ceux qui ont fait sa richesse, telle est la substance du roman[** L’instinct du jeu sans atout *] de[** Jean-Louis Moretti,*] paru aux éditions des Paraiges.

Fatima, jeune fille d’origine turque veut vivre, vivre en femme libre, devenir journaliste et écrivain pour pouvoir témoigner de la misère des « laisser pour compte » Mais Fatima est « victime » de la culture de sa famille, elle a du arrêter ses études et travaille dans une boulangerie en attendant de repartir au pays pour se marier avec l’homme choisi par son groupe d’origine. Violant tous les interdits familiaux et culturels, elle a un petit ami Hugo, un monstre d’égoïsme, passant son temps derrière son ordinateur, une sorte de légume ne voyant en Doris sa mère que celle qui lui paie de quoi se nourrir. Pour lui Fatima est celle qui est là pour satisfaire ses pulsions sexuelles, la personne qu’elle est, ses besoins, ses doutes, ses questionnements l’ennuient et d’ailleurs dès l’acte fini, il ne pense qu’à la mettre à la porte.

Un jour, au fond d’une veille valise, elle trouve le « journal » de Julien Rossi et se plonge dans cette année 1988. Julien, reporter photographe est revenu dans sa ville natale, car il na plus que quelques mois à vivre à cause de son cancer des poumons. Mais il tombe amoureux de la belle Doris de plus de 20 ans sa benjamine et son passé revient à la surface. Son ami Gilles devenu une sorte de zombi finit par se suicider, et surtout il revoit la belle Carmen dont il est toujours aussi amoureux. Au nom de la liberté sexuelle, avec son ami, ils formèrent une sorte de couple à trois, n’hésitant pas à avoir des aventures avec des tiers. Cette liberté a eu un coût : l’incompréhension qui finit par une rupture pleine de non dit. Carmen n’a pas changé de fait, elle est toujours amoureuse de Julien et reste encore avec ses idéaux égalitaires, communistes. Autour de Julien se meuvent divers personnages qui composent l’univers proche de Fatima comme Luc le frère de Carmen devenu boucher, Sonia la cousine de Julien devenue femme de ménage, Myriam la fille de Carmen responsable de la boulangerie où elle travaille, Doris devenue maître nageur à la piscine municipale, Mustafa, le père de Fatima, le grand amour de Myriam et plusieurs autres qui ont plus ou moins indirectement influencé le destin de Fatima et de Julien. Petit à petit apparaît la vérité, celle que les protagonistes de 1988 n’ont pas connu ou voulu connaître et dont les effets se font encore sentir à notre époque. Fatima, avec son innocence et ses idéaux devient une sorte de catalyseur vers une sorte d’explosion finale. Certains, n’évolueront pas, mais la majorité vont se transformer, évoluer et, peut-être ayant combattu les démons de leur passé, connaître une sorte de bonheur.

[**L’instinct du jeu sans atout *] est un roman sur les ravages du non-dit, sur les conséquences d’une liberté mal comprise quand elle devient un concept de vie au détriment du ressenti sentimental, quand elle devient un dogme absolu niant la nature humaine. Roman par bien des côtés pessimiste, car la plus part des protagonistes sont ravagés par ces non-dits, en souffrent, de fait ne font que survivre, tant ils sont encore attachés à leurs rêves, à leur culture, tant ils subissent passivement leur passé sans se révolter, sans avoir la force de s’en détacher et d’évoluer, Myriam en est l’exemple parfait : elle n’arrive pas à oublier Mustafa, elle accepte l’inceste de son oncle, elle est la maîtresse sans amour de son patron. Mais Fatima, tel un bon génie, sans le vouloir, avec ses aspirations, ses rêves, sa croyance en la vie et en l’amour, va les faire évoluer.

Bien sûr, le moins que l’on puisse dire, c’est que les personnages de ce roman sont plus que stéréotypés, pour ne pas dire caricaturaux, ils pensent comme ils doivent penser, sont bien placés dans la case dans laquelle on les attend : le politique est un vicieux magouilleur, le boucher est une sorte de brute, le chargé de communication de la mairie une sorte de technocrate borné, Mustafa un Turc hermétique à la culture française, Carmen la belle ouvrière passionara de la révolution prolétarienne, etc. Mais [**Jean-Louis Moretti*] fait montre d’un tel amour, d’une telle empathie pour chacun, même les plus « ignobles » que le lecteur lui aussi finit par les apprécier et les aimer. Tous ont une vraie profondeur, une vraie humanité, leurs souffrances, leurs tourments, nous les comprenons, voire les ressentons et ce côté caricatural disparaît.

Jean-Louis Moretti ne cache pas ses opinions qui tendent vers la gauche, pas la socialiste vu ce qu’il écrit sur elle, mais vers la gauche de la « gauche ». Il a une vision que certains trouveront quelque peu cynique, comme ce commissaire de police qui explique que son métier est de faire baisser par tous les moyens les statistiques de la délinquance pour pouvoir faire une carrière digne de ce nom, la sécurité des citoyens passant après. Mais aussi lucide sur les problèmes de notre société, il faut lire les passages sur la religion catholique tout aussi intransigeante et mortifère que certains courants de l’islam, sans compter ceux sur la liberté individuelle qui ne bénéficie qu’aux « nantis » et permet l’asservissement des plus faibles dont les femmes. Le moins que l’on puisse dire c’est que Jean-Louis Moretti nous interpelle, nous montre la face cachée de notre façon de vivre, de notre culture occidentale actuelle. À nous de regarder autour de nous et de tendre la main vers les victimes de l’histoire, de notre histoire.

Émile Cougut


L’instinct du jeu sans atout
Jean-Louis Moretti

éditions des Paraiges. 20€


WUKALI 29/07/2016
*Courrier des lecteurs *] : [redaction@wukali.com

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