Deep through Caravaggio’s work: The Rest on the Flight into Egypt

[**Michel-Angelo Merisi,*] dit [**le Caravage*] (1571-1610), a peint cette œuvre vers 1596-1597, au début de sa période romaine. Il s’agit d’une huile sur toile de grandes dimensions (135,5 x 166,5 cm). Elle est conservée à la[** Galerie Doria-Pamphilj *] de [**Rome.*]

Comme chacun sait, le Caravage est l’un des principaux représentants du Baroque pictural . Il est l’inventeur d’un nouveau genre par :

– le choix de ses sujets : l’attrait d’un détail physique « rustique », comme la plante des pieds humaine ayant, pour lui, autant d’attrait qu’un sujet biblique : la « Madone des pèlerins » de la basilique Saint Augustin de Rome.

– l’accentuation d’une tendance naturelle vers un naturalisme violent, vers un réalisme brutal, au clair-obscur tranchant, tendant vers un authentique « ténébrisme » qui annoncent les artistes de l’âge d’or espagnol [**(Murillo, Zurbaran ou Vélazquez)  :*] « Judith et Holopherne  » du palais Barbérini (Rome)

Ce travail sur les ombres et les couleurs est totalement nouveau pour l’époque. Il provoquera de multiples réactions, dans les deux sens. Exemple ? « La mise au tombeau  » du musée du Louvre.

Son génie incontestable fut reconnu de son vivant, il n’a jamais subi de véritable éclipse. En revanche sa personnalité, car c’était un individu querelleur qui perpétra au moins un meurtre, était inacceptable pour ses contemporains. Il passa sa vie à fuir la ville papale et à tenter d’y revenir jusqu’à sa mort stupide, pour ne pas dire grotesque, sur une plage des environs de [**Naples*] à l’âge de 38 ans. Sa carrière, courte, fut bien remplie et les chefs d’œuvres n’y sont pas rares. Cette toile en est la démonstration, mais l’exemple est mal choisi car cette peinture sort du cadre traditionnel de son travail. Au fur et à mesure que l’on pénètre sa vision de l’art pictural, on se rend compte que cette création est un véritable « ovni » dans son corpus peint. C’est ce qui a provoqué la rédaction de cet article. |left>

Le tableau montre un événement du « Nouveau Testament  ». On y voit la « Sainte Famille » fuir vers l’[**Égypte afin*] d’échapper au « massacre des innocents  » voulu par [**Hérode.*] C’est une scène très simple où l’on voit [**Joseph*] et[** Marie assis*] côte à côte, tandis que l’enfant sacré dort dans les bras de sa mère qui « sacrifie au Dieu Morphée ». La Vierge peinte est, ni plus ni moins, une reprise d’un autre tableau célèbre du peintre, appartenant à la même collection : « la Madeleine repentante » qui date de la même période, présente la même posture et pour lequel le même modèle a posé.|center>

Joseph tient et tend une partition devant l’Ange debout, presque nu à l’exception d’un ondulant voile blanc qui provoque un effet homo-érotique certain, d’ailleurs nous savons que le Caravage était bisexuel. L’apparition est vue de dos, se tenant devant eux en jouant du violon. L’ondulation frémissante du corps asexué s’élance vers le haut telle la ligne mouvante d’une corde qui vibre.La partition est un motet en l’honneur de Marie, incarnant l’épouse du « Cantique des cantiques »( Ancien Testament). Le décor où se repose les trois personnages possède une nature riche, presque exubérante, qui ne paraît pas avoir de rapports avec le vieux pays des Pharaons : la scène semble se situer dans une région du nord de l’Italie, en [**Lombardie *] ou en [**Vénétie.*] Ils se sont assis sous un chêne, près d’un groupe de peupliers. Sur la droite un étang où stagne l’eau, offrant une perspective allongée qui débouche sur un bosquet d’abord, puis sur un paysage lointain.

**[**Quelques explications sur la symbolique des éléments décrits*]

– Le chêne est, en tout temps et en tout lieu, synonyme de « force ». Chêne et force s’exprime par le même mot en latin : « robur  », qui symbolise la force morale comme la force physique. C’est auprès de chênes qu'[**Abraham*] reçut les révélations de [**Yahvé  :*] le chêne jouait donc son rôle axial, devenant l’instrument de la communication entre « le Ciel et la Terre ».

– Le peuplier possède des feuilles apparaissant claires vers l’intérieur et sombres vers l’extérieur. Il est donc synonyme de la dualité de tout être. Ce qui s’applique ici avec évidence !

– L’eau, c’est l’origine de toute chose…Stagnante, elle devient le bouillonnement d’où jaillira l’étincelle de vie…

Ce décor virgilien, bucolique, en pleine lumière, est unique dans l’œuvre du Caravage. A tel point que les plus grands historiens de l’Art ont cherché à comprendre pourquoi le créateur l’avait imaginé…Sans convaincre vraiment. Ce qui est prouvé, c’est que ce tableau est un tournant chez le Caravage qui passe des demi-figures aux corps entiers, créant ici sa première œuvre narrative, qui témoigne de la maîtrise technique atteinte par le peintre. Pour s’en persuader, il suffit de regarder l’ange vu de dos : parfaitement installé dans l’espace, il développe sa longue silhouette sans le moindre heurt. Tout semble si facile alors que la composition est la plus élaborée qui soit !

On notera les aplats formés par les ombres portées colorées et le renvoi quasi systématique vers la gauche de Marie des ombres portées noires.

Sa vision de cette scène biblique est loin d’être traditionnelle : Vierge et enfant sont blond vénitien, Joseph paraît être un vieux paysan marchant pieds-nus, son sac est d’un commun incroyable alors qu’une ordinaire fiasque de vin gît à ses pieds. L’ange porte de grandes ailes noires d’hirondelles, franchement mises en place mais au délicat duvet blanc à l’intérieur, elles paraissent diviser le tableau en deux parties psychologiquement différentes : Joseph attentif à l’envoyé divin et Marie somnolente, donc inconsciente de l’événement. Leur profondeur de champ est nette au regard des personnages assis.

Le plus surprenant dans la composition de ce tableau, dans l’expansion de sa structure, c’est qu’elle n’est plus basée sur les volumes, les formes ou la géométrie, conquêtes méditerranéennes millénaires. Non, ce qui constitue son architecture, ce sont ses valeurs colorées inimitables.

Le spectateur, passionné au regard de la toile, s’installe devant, la contemple, saisissant peu à peu les différents aspects visuels du tableau. Progressivement son œil s’habitue à ce qu’il voit mais, curieusement, la lecture de l’œuvre passe des volumes aux couleurs, réparties en aplats expressifs qui rendent caducs l’effet de profondeur… Les différents plans sont toujours visibles mais ils paraissent s’effacer devant les valeurs colorées, tactiles et visuelles, qui les composent. Au regard du spectateur ébloui, s’installe et domine alors une architecture d’inspiration musicale, véritable symphonie de couleurs au rythme doux, discret et si agréable… Au fond, un halo lumineux émanant des montagnes lointaines…L’appel de Dieu ?

La dominante colorée varie beaucoup : du blanc intense à l’orange virant au rouge, quelques noirs…

Cet effet est une exception dans l’œuvre de l’artiste. Nous en ignorons la raison profonde. A moins de trouver un document précis oublié quelque part, nous ne la connaîtrons jamais. Nous ne pouvons que constater le fait.

[**Jacques Tcharny*]


WUKALI 02/07/2016
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