Brexit and the Art market, reactions


La Livre britannique s’effondre, Standard & Poor vient de dégrader la Grande-Bretagne de 2 points. Si dans un temps éphémère cela fera le bonheur de ceux qui viennent faire leurs courses à Londres à la recherche de la bonne affaire, plus généralement cela impactera des pans entiers de l’économie britannique et notamment le marché de l’art. Avec ses grandes maisons de ventes aux enchères, Sotheby’s et Christie’s, Londres était classé, jusqu’à ce «bloody Thursday», à la troisième place au monde pour le marché de l’art soit après New York et Hongkong et juste avant Paris. Il est à craindre que dans ce domaine aussi, dans le royaume on ne constate rapidement un brutal coup de frein et un tassement dans les ventes. Une Livre affaiblie et tel est bien le cas, c’est même un euphémisme, ne fait pas l’affaire des vendeurs qui préféreront livrer leurs oeuvres d’art à d’autres maillets. Dores et déjà, on apprend que de grandes ventes aux enchères sont annulées à Londres. Nombre de vendeurs risquent soit de différer leurs ventes «en attendant que cela passe », mais il faut dans ce cas avoir plus qu’une dose d’optimisme, soit vont préférer voir leurs pièces vendues dans d’autres lieues, notamment à New York ou à Paris.

Par ailleurs, faut-il le souligner, un grand nombre d’acheteurs et de collectionneurs exercent leurs activités professionnelles dans le domaine de la finance et la chute de la livre et de l’économie britannique présagée se sont pas faites pour les rassurer. Dans Londres un grand nombre de milliardaires et de grandes fortunes ont fixé leurs résidences, qui plus est, ils sont bien souvent eux-mêmes également des collectionneurs ! On peut à juste titre se demander si comme sans nul doute ce sera le cas pour un grand nombre de sièges sociaux, nombre de ces fortunes ne vont pas migrer vers d’autres horizons !

La place de Londres dans le marché de l’art va perdre de son attractivité pour les vendeurs européens et bien au-delà tant aux Usa que dans les pays du Golfe ou en Asie ( Londres représentait en 2015, 19% du marché mondial de l’art selon les études présentées par Artprice pour l’année 2015). Certaines galeries londoniennes vont particulièrement souffrir. Quelles seront les conséquences sur l’art contemporain ? Cela risque-t-il de tanguer et dans cette période de doutes économiques et financiers, les acheteurs iront-ils vers quelques valeurs refuges plus assurées et lesquelles ? Qui plus est le marché va s’assécher, comme l’on dit dans le jargon, et moins d’oeuvres seront mises en vente dans la capitale britannique. En 20 ans le marché londonien avait vu le nombre de galeries d’art multiplié par 10 pour atteindre aujourd’hui près de 300 galeries.

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L’économie, le marché de l’art, comme la physique ont horreur du vide! *]

Le redéploiement du marché de l’art sous d’autres horizons et tout particulièrement au coeur de l’Union Européenne pourrait profiter à Paris. Le marché de l’art s’y partage essentiellement entre les grandes maisons aux enchères Sotheby’s ou Christie’s, Artcurial, Drouot et nombre d’offices de commissaires priseurs spécialisés dans ce domaine. Faut-il rappeler aussi que la maison britannique Christie’s a été rachetée en 1998 par le financier, homme d’affaires et collectionneur français, François Pinault ?

En outre Paris apparait particulièrement bien placé et dispose d’un impressionnant potentiel muséographique ce qui constitue un argument d’importance. Dans le domaine de l’art sous toutes ses formes, classique mais aussi moderne et contemporain, Paris occupe une place privilégiée. Les lieux et institutions se bousculent : Louvre, Musée d’Orsay, Centre Pompidou-Musée d’art moderne, Musée Picasso, Fondation Cartier, Fondation Louis Vuitton inaugurée voilà un an (lire article), et très bientôt ouverture fin 2018 de la Collection Pinault dans l’ancienne Bourse de commerce réhabilitée (coût des travaux 100 millions €) ( lire article dans Wukali ).

Les valeurs de l’art et de la civilisation, le socle sur lequel nous avons voulu ensemble bâtir cette Europe au lendemain même de la Deuxième guerre mondiale, Europe des 6 tout d’abord, puis des 12 avec la Grande-Bretagne, l’ Espagne, le Portugal, et la Grèce puis ensuite vers les pays nord-européens puis enfin de l’Europe centrale, cette Mitteleuropa libérée du joug de Moscou, et quelles que soient les vicissitudes, voire les errements ou les impasses politiques passées ne peut devenir une Europe du repli sur soi. Le nationalisme mal tempéré Outre-manche et dans ses différents avatars, conservateurs ou travaillistes, a fait le lit des démagogues, nous n’en sommes point d’ailleurs içi à l’abri, quant au fonctionnement européen il mérite par ailleurs d’être repensé pour permettre l’adhésion des peuples. Après ce référendum britannique et ce dit Brexit, on en voit aujourd’hui les pitoyables résultats !

Pierre-Alain Lévy


WUKALI 22/06/2016
*Courrier des lecteurs *] : [redaction@wukali.com
Illustration de l’entête: © avec l’aimable accord de Sotheby’s

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