All the world’s a stage, but all biographies are not all beer and skittles !


Pour une fois dans une même chronique, j’ai décidé de parler de deux romans ensemble. Il y a cependant une forte logique dans ma démarche puisque L’œuvre au rouge et la suite L’espion des âmes tournent tous deux autour du même personnage : William Shakespeare ! Le grand, le seul, l’unique, le génial, je n’ai pas assez de qualificatifs louangeurs dans mon vocabulaire pour exprimer toute l’admiration que j’ai pour Shakespeare, pour tous les moments de bonheur qu’il m’a offerts. Alors, j’ai voulu lire tout d’un seul trait. Et j’ai lu !

Dernièrement, j’ai écrit dans Wukali que je n’avais pas eu de chance quand j’ai du faire la recension critique d’un livre sur le chanteur, rappeur, producteur de musique, Kanye West,( lire critique) tant j’avais de lacunes par rapport à sa culture. Avec Shakespeare, aucun risque à ce niveau, aussi quand Wukali me proposa ces livres, je fus enchanté.

Ma déception est à la hauteur de mes attentes et de mon admiration ! Soyons sincère j’ai cru que j’allais lire une biographie romancée (pourquoi pas il y en a d’ excellentes) sur Shakespeare. Et puis je suis encore sous le charme de l’album de La Pléïade qui comme par hasard a été édité cette année pour le 500è anniversaires de la mort de Shakespeare. Mais voilà, ces deux volumes sont un roman avec comme personnage principal William Shakespeare, ce qui n’est pas exactement la même chose : l’auteur peut romancer, beaucoup romancer. Tout le monde sait qu’il y a des « trous » très importants dans la vie de Shakespeare, comme dans celle de ses contemporains) alors chaque biographe y va de ses théories (jusqu’à dire que Shakespeare n’a jamais rien écrit), certaines ont été abandonnées depuis longtemps comme les causes de son départ à Londres  : il aurait été surpris entrain de braconner dans la propriété du juge de paix local, Sir Thomas Lucy. Mais nous lisons un roman, alors l’auteur, malgré une très solide documentation n’a que faire des derniers développements de la recherche shakespearienne. Soit.

Henriette Chardak,l’auteur, ne remet pas en cause le fait que Shakespeare a écrit ses oeuvres, elle base ses romans autour de l’idée qu’il était repentant (c’est à dire qu’il était catholique comme ses parents, de cœur, mais qu’il montrait avec une certaine ostentation son attachement à la religion gallicane) et se méfiait des espions de la reine qui traquaient les catholiques, d’où son art de la dissimulation pour écrire son œuvre. Cela se tient, sauf qu’elle n’explique pas comment venant d’une famille « suspecte », ayant fréquenté, selon elle les jésuites, entouré d’espions comme Marlowe qui vendraient père et mère pour plaire, il arrive, aidé par ses mêmes espions, à fréquenter la reine et son entourage.

Je ne sais, de fait, que dire sur ces livres, surtout sur le premier, L’espion des âmes, qui est assez incompréhensible : arrivé à Londres (sans un sous), il a pour travail de s’occuper des chevaux des spectateurs qui viennent au théâtre. En même temps il ne devait pas beaucoup s’occuper des chevaux, lors des représentations, il est acteur. Sans argent, il revêt des vêtements de prix (et toujours sans un sous il arrive à spéculer sur le prix du blé), on ne comprend pas très bien quand il écrit, comment certains auteurs lui demande de les aider à écrire et à retravailler leurs pièces (très réaliste au XVIè siècle de s’adresser à un palefrenier qui n’a pas été à l’université, venu de sa campagne et en plus soupçonné d’être proche des catholiques…) Bien sûr il a des lettres d’introduction, mais quand même ! On dirait que Londres en général et la reine en particulier n’attendaient que lui. Car très vite, de façon quelque peu surréaliste, il est en contact avec toute l’élite intellectuelle anglaise de l’époque qui s’adresse directement à lui, sûrement parce que son génie transpirait de lui. Je passe sur Geordano Bruno, sur John Dee et tant d’autres qui se déplacent dans les tavernes pour se confier à leur génial ami (tavernes remplies d’espions par ailleurs). D’ailleurs quand l’ambassadeur de France devient persona non grata, la première personne qu’il prévient ne peut être que Shakespeare. Et que dire de la reine, c’est tout juste s’il n’a pas un accès direct à elle.

C’est déjà assez absurde, mais en plus c’est incompréhensible : dans un même paragraphe d’une page et demi, on passe dans deux endroits différents, avec des personnages tout aussi différents et sur des thèmes encore plus différents !
Et que dire des dialogues, dire qu’ils sont faibles est un euphémisme : il y a des mots, une série de platitudes, des citations tirées de l’œuvre de Shakespeare, mais la reine parle comme n’importe quel autre personnage. On dirait que l’auteur voudrait faire de grandes envolées lyrique comme son héros dans ses pièces, avec une certaine « gouaille » digne de Falstaff (d’ailleurs elle semble totalement ignorer que le modèle de Shakespeare pour ce personnage n’est pas une interprétation de contes enfantins mais Sir John Fastolf, un des généraux anglais les plus brillant lors de la guerre de Cent ans, mort en 1459 et encore très célèbre moins de 50 ans après, mais tout « tombe à plat ».

On a le droit d’apprécier, en tout cas, moi j’ai vécu un vrai calvaire de lecture. Je ne me serais pas engagé à écrire cette chronique, une fois confirmé la règle que je me suis donné de lire un livre en entier, je me serais arrêté à la page 100 et j’en ai lu 710 !
Merci Wukali !

Émile Cougut


Shakespeare.
L’espion des âmes
L’oeuvre au rouge

Henriette Chardak
éditions de L’Archipel. 21€ chaque volume


WUKALI 26/06/2016
*Courrier des lecteurs *] : [redaction@wukali.com

Ces articles peuvent aussi vous intéresser

Notre site utilise des 'cookies' pour améliorer votre expérience et son utilisation. Si vous le refusez vous pouvez les désactiver. Accepter En savoir plus