Groundbreaking Italian composer !


[**La mouvance vériste*]

Bien entendu attendu dans cette étude sur le Vérisme dans l’opéra, Puccini. Voici le 4ème volet de la recherche que nous consacrons à ce sujet.


Par-delà ces oeuvres majeures qui assurent encore la survivance du vérisme, il est d’autres compositeurs qui ont défendu cette esthétique mais sans la renouveler et surtout sans que leurs oeuvres s’imposent au répertoire.

Les opéras de Pietro Floridia (1860-1932) qui s’exila aux États-Unis, de Nicola Spinelli (1865-1909), de Pierantonio Tasca (1858–1934), de Spiro Samara (1861-1919) ont eu du succès à leur création dans les années 1890. Seul reste le nom de Samara, mais comme auteur de l’hymne officiel des Jeux Olympiques.

Franco Alfano (1875-1957) est surtout connu pour avoir achevé, à la demande d’Arturo Toscanini, la partition de Turandot laissée en chantier à la mort prématurée de Puccini en 1924. Il reste l’auteur de deux opéras de qualité : Resurrezione, d’après Tolstoï (1904) et Cyrano de Bergerac (1936) d’après Edmond Rostand, repris récemment par Roberto Alagna.

[**Le cas Puccini (1858-1924)*]

Giacomo Puccini a commencé sa carrière avec deux oeuvres éloignées du style vériste puisque Le villi (1884) sont tirés d’une légende romantique allemande et Edgar (1889) d’une pièce de Musset. Il se distingue déjà par son sens mélodique qui épouse les émotions des personnages. L’essentiel est ailleurs cependant : dans l’importance essentielle qu’il accorde, dans ses opéras, à l’atmosphère. Il ne s’agit pas d’un simple décor, mais de ce qui constitue l’univers dramatique, car pour lui, « La difficulté consiste à commencer un opéra, c’est-à-dire à trouver son atmosphère. »

[** Manon Lescaut *] (1893) s’éloigne de la réalité italienne du temps puisque le sujet est emprunté à un roman français du XVIIIe siècle. Mais son auteur, l’abbé Prévost, se plaisait déjà à noter des faits réalistes que l’on retrouve dans l’opéra comme les scènes de rue (1er acte), les mouvements de foule, notamment à l’embarquement des prostituées au Havre (3e acte). Mais c’est déjà la peinture psychologique – la passion de des Grieux pour Manon, l’attrait pour la vie brillante puis la peur de la mort chez cette dernière – qui dominent. La peinture de l’amour, ses joies, ses souffrances sont désormais au centre de l’écriture puccinienne, dépassant les critères du vérisme. Le compositeur prend l’habitude de doter chaque personnage d’un thème musical qui l’accompagne tout au long de l’oeuvre, suivant différentes modalités. On le retrouve pour Manon, Mimi, Scarpia notamment. Puccini a fait le voyage à Bayreuth en 1889 et a pu y découvrir la notion de leitmotiv, mais il en fait un usage qui lui propre. Ce premier succès fait de ce compositeur le chef de la jeune école italienne et Bernard Shaw le salue comme l’héritier de Verdi.|center>

Un temps tenté par La lupa de Verga sur lequel le succès de Cavalleria a attiré l’attention des musiciens, Puccini se tourne vers Les scènes de la vie de Bohème de Murger qui lui rappellent sa vie d’étudiant à Milan. Le mélange de gaieté et de tristesse lui convient et surtout la figure de Mimi (en fait en partie empruntée à un autre personnage du roman, Francine) lui apporte le prototype de l’héroïne qui correspond le mieux à son inspiration, frêle et stoïque à la fois. La misère des jeunes gens, la maladie de Mimi, le recours à la prostitution pour survivre appartiennent au vérisme. Mais la musique crée un tel climat d’émotions poétiques qu’on ne retient plus que l’expression amoureuse qui unit indéfectiblement les jeunes gens. Cela déconcerta d’ailleurs les spectateurs de la première, dirigée par Toscanini, au Teatro Regio de Turin le 1er février 1896, preuve que la nouveauté de l’oeuvre dépassait tout effet de mode, par la vérité psychologique, le sens dramatique et surtout la veine mélodique inépuisable et les trouvailles orchestrales qu’elle renferme. Le génie de Puccini s’exprime déjà pleinement. Le compositeur découvre, en 1891, la Tosca de Victorien Sardou (1887). Après trois ans de travail, l’opéra est présenté à Rome, en janvier 1900. Malgré une cabale montée par les adversaires de Puccini, le public est conquis et la critique choquée par la crudité de certaines scènes (le chantage sexuel de Scarpia, les dernières pensées de Cavaradossi allant à sa maîtresse et non pas à Dieu…). Bien des éléments relèvent du vérisme : le peintre à son travail, le sacristain qui maugrée, la jalousie de Tosca, la scène de torture, l’assassinat de Scarpia, l’exécution de Cavaradossi et le suicide de l’héroïne. Il y a une accumulation de violence peu commune, mais tempérée par une histoire de passion amoureuse qui produit des pages d’un lyrisme irrésistible et qui s’appuie sur une richesse harmonique inépuisable. Le lever du jour sur Rome, au dernier acte est à la fois vériste. Puccini s’était lui-même rendu sur les hauteurs de la ville, pour noter le son des cloches qui se faisaient entendre à cette heure ; le chant du pâtre au côté aigrelet est plus « vrai » que nature – et poétique, car l’accompagnement orchestral fait « voir » cette montée de la lumière du jour.


[** Madama Butterfly *] (1904) est avant tout un rêve oriental poétique, traversé d’éléments véristes comme l’insistance sur la misère morale et économique de la femme abandonnée au second acte ; les bruits montant du port et interrompant le choeur à bouche fermée du 3e acte, qui accompagne la longue et vaine attente nocturne de Cio-Cio-San ; les retrouvailles manquées avec Pinkerton à cause du suicide de l’héroïne.

[** La Fanciulla del West *] (1910) raconte un western romanesque car son héroïne, Minnie, est une jeune femme assez improbable dans un milieu de trappeurs frustres et
brutaux. Elle gagne la liberté de l’homme qu’elle aime en jouant – et en trichant au poker. La partie de cartes constitue une incontestable scène réaliste.

[** La Rondine *] (1917) est une autre vision de la bohème où Mimi déciderait de quitter Rodolphe, sans retrouver la grâce de l’oeuvre précédente. Du Triptyque (1918), seul Il Tabarro appartient au vérisme, avec ses personnages de bateliers assez miséreux. La situation, avec son trio classique de vaudeville du mari trompé, de la femme et de son amant, devient un drame glauque sur un fond de misère sociale et sexuelle où la jalousie, l’alcool aboutit à une vengeance d’une horrible noirceur. Le terrible dénouement plonge le spectateur dans l’atmosphère sordide du pire des faits divers. L’écriture musicale est d’une étonnante modernité.

[** Turandot *] rompt, par sa splendeur orchestrale et par son caractère de parabole,
avec le vérisme. Puccini ne pouvait ignorait les courants lyriques de son époque mais il en saisit ce qui correspondait à sa propre sensibilité, sans jamais s’enfermer dans un système. Surtout son sens de la construction dramatique (il a toujours mis à la torture ses librettistes pour obtenir d’eux exactement ce qu’il voulait), son sens de la couleur orchestrale, ses trouvailles rythmiques et sa curiosité pour toutes les recherches musicales de son époque, en font un compositeur d’un niveau nettement supérieur à
celui de tous ses contemporains italiens. À sa mort, le mouvement néoclassique était déjà apparu, et, dès le début du siècle, un Wolf Ferrari l’avait compris en retournant avec esprit à Goldoni.
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Danielle Pister

[*À suivre… prochaine mise en ligne, samedi 25 juin*]


[**Articles précédents:*]

Le Vérisme (1), Puccini, Mascagni, Leoncavallo et quelques autres

[Le Vérisme (2) L’opéra en Italie au tournant des XIXè et XXè siècles->http://www.wukali.com/Verisme-2-L-opera-en-Italie-au-tournant-des-XIXe-et-XXe-siecle-2504#.V2LgoMc03Vo
]

Le Vérisme(3) André Chenier, Adrienne Lecouvreur et autres opéras


WUKALI 22/06/2016
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