Marie Curie and her sister, very interesting biography


Voilà une nouvelle biographie sur Marie Curie, alors pourquoi la lire diront certains ? De fait, ils ont raison et ils ont tort. Ils ont raison car c’est une nouvelle biographie de Marie Curie de sa naissance en Pologne au transfert de ses cendres au Panthéon en 1995. Mais ils ont tort car c’est aussi une biographie de Bronia Dluska, sa sœur qui fut si importante dans sa vie. Sans Bronia, Marie serait-elle devenue ce qu’elle fut ? Sûrement pas tant les liens qui les unissaient étaient profonds : l’une n’aurait jamais pu être l’être « extraordinaire » qu’elle fut sans l’autre qui était tout aussi « extraordinaire ». Et c’est l’originalité de cette biographie croisée : montrer qu’au delà du génie de Marie Curie, elle était avant tout une femme, avec tous les obstacles que cela représentait à son époque, j’y reviendrai, aimante, amoureuse, mais pleine de doutes, parfois dépressive car on ne l’a pas épargné, qui a toujours eu auprès d’elle sa grande sœur qui l’a soutenue, non parce qu’elle allait révolutionner la physique et la chimie, mais parce qu’elle était bien plus : elle était sa petite sœur.

On connaît bien la vie de Marie Curie : son enfance en Pologne, la dernière d’une fratrie de cinq enfants, la mort de l’aînée du typhus, puis celle de la mère de la tuberculose, les problèmes financiers de la famille, l’éducation très libérale donnée par leur père patriote polonais, partisan de l’égalité des sexes, voulant le meilleur pour ses filles qui n’ont pas le droit d’aller à l’université après avoir réussi (très brillamment pour les deux) aux épreuves du baccalauréat. Et surtout ce fameux pacte entre les deux sœurs qui révolutionnera les sciences : Marie va devenir gouvernante et envoyer la moitié de son salaire à Bronia qui part à Paris à la faculté de médecine. Elle sera une des premières femmes gynécologue. Mais surtout elle rencontre Casimir Dluski, jeune révolutionnaire polonais qui toute sa vie va s’investir pour l’indépendance et la liberté en Pologne. C’est lui qui va mener la délégation polonaise à Paris en 1918 pour négocier le futur traité de Versailles. En plus Casimir va devenir un pneumologue dont les travaux seront salués par la communauté internationale. Avec Bronia, ils vont créer un sanatorium de luxe en Pologne. Malgré ses turpitudes, il aura toujours Bronia à ses côtés, elle le soutiendra dans tous ses projets, car tous les deux s’impliquent totalement dans la cause polonaise, dans sa culture (création d’un musée d’art populaire), dans les problèmes sociaux (création d’un orphelinat), etc. Leur vie privée ne fut pas « un long fleuve tranquille » : Casimir cumule les maîtresses, leur fils de cinq ans décède d’une méningite et leur fille Héléna, espoir de l’alpinisme féminin, tombe en dépression et se suicide à Chicago. Malgré toutes ces épreuves, Bronia est toujours à la tête de plusieurs projets, s’avère être une organisatrice hors pair et reste toujours présente pour les autres membres de la famille dont Marie qui a souvent besoin du soutien de son aînée.

Si Marie accepte de partir à Paris c’est avant tout grâce à Bronia (qui va jusqu’à venir en Pologne pour mettre sa sœur dans le train afin d’être certaine qu’elle partira bien). Car Marie est amoureuse du fils de la famille pour laquelle elle travaille : Casimir Zorawski (qui deviendra le plus grand mathématicien polonais du XXè siècle), mais les parents de ce dernier refuse qu’il épouse une fille sans argent. Marie pense que sa vie est finie et que ses rêves appartiennent au passé. Il faudra toute l’énergie de Bronia pour qu’elle accepte de reprendre le cours de sa vie.

C’est encore Bronia qui en quelque sorte sert d’entremetteuse entre Marie et ce jeune physicien timide qui n’ose se déclarer alors qu’il est fou amoureux de la jeune Polonaise depuis la première fois qu’il l’a vue : Pierre Curie. Bronia est là pour aider sa sœur à surmonter sa dépression après la mort de Pierre, c’est elle qui l’aide à se battre contre la misogynie de la faculté, contre les attaques particulièrement basses de l’extrême droite quand elle retrouve l’amour avec Paul Langevin. Bronia qui l’aide, à surmonter ses nombreuses dépressions, à créer l’institut polonais du radium, qui déposera une poignée de terre polonaise sur le cercueil de Marie lors de son inhumation à Sceaux.

Il ressort de ces biographies croisées, au delà de ce lien particulièrement fort entre les deux sœurs, que, sûrement grâce à l’éducation qu’elles ont reçue, elles partageaient toutes les deux les mêmes idéaux : une Pologne indépendante fière de son passé, une croyance totale aux bienfaits de la science qui doit bénéficier à toute l’humanité et non à des intérêts privés (les Curie ont refusé de prendre un quelconque brevet sur leurs découvertes ce qui ne fut pas compris par tous), une lutte de tous les jours pour l’égalité des sexes, un investissement quotidien pour la paix et pour combattre la pauvreté.

Natacha Henry nous livre une grille de lecture particulièrement pertinente sur la femme, l’être humain que fut Marie Curie grâce à l’analyse des liens qu’elle avait avec Bronia qui s’avère être une femme elle aussi hors du commun, d’autant plus à l’époque et dans la région du monde où elles naquirent. Heureusement qu’il y a eu des femmes comme les deux sœurs Sklodowska, car l’humanité serait différente sans elles et leur combat pour la dignité de tous sans aucun critère de sexe, de couleur, de patrie, de richesse, etc.

Et à la fin de cette lecture, on ne peut être que d’accord avec Natacha Henry quand elle rêve de voir ériger un mausolée à Bronia ou serait inscrit : « Aux grandes sœurs, les patries reconnaissantes ».

Félix Delmas


Les sœurs savantes : Marie Curie et Bronia Dluska
Natacha Henry

éditions Vuibert. 19€90

WUKALI 20/06/2016
Courrier des lecteurs : redaction@wukali.com

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