In the midst of the thirties when France was inventing with passion, hatred and love social welfare


Les auditeurs de France Inter ont entendu les chroniques (excellentes) de Nicolas Rey dans l’émission de Pascale Clark. Mais il est surtout un écrivain qui décrit sa génération, celle des années après 68 avec des personnages en proie à diverses addictions dont la moindre est une quête amoureuse plus ou moins vaine.

Son dernier roman, plus exactement une longue nouvelle, Les délices de 36, reprend une variation sur les premiers émois amoureux ou plus exactement sur la passion amoureuse qui consume et qui « finit mal en général » comme le chantaient les Rita Mitsouko. Mais l’histoire se passe en 1936, lors des premiers congés payés, à Trouville. D’un côté Marius, fils d’ouvriers qui pour la première fois partent quinze jours à la mer ; de l’autre Emma dont le père est armateur et la mère une bourgeoise « superficielle » qui pense plus à son amant qu’à sa famille. Les deux pré adolescents se rencontrent, s’aiment dans tous les sens du terme, et à la fin des vacances se quittent. Si pour l’un amour rythme avec toujours, pour l’autre, le prochain amant fait disparaître le souvenir du précédent. La vie, dans ce qu’elle a de plus belle et de plus cruelle. Plus d’un lecteur se retrouvera dans cette histoire, qui n’a pas été foudroyé par l’amour ou par ce qu’il croyait être l’amour quand il était adolescent ?

Une belle histoire, remarquablement bien écrite qui nous replonge dans les replis de nos premiers émois amoureux. Bien sûr le lecteur quelque peu tatillon que je suis parfois trouve un peu gros que le père de Marius a 16 ans quand il fait ses premières galipettes avec sa future épouse. Ce n’est pas son âge qui m’interpelle, mais le fait qu’il soit en permission en 1915, des soldats de 16 ans à cette époque, malgré la saignée pour le pays qui avait besoin encore et encore de chair à canon, il y en avait très très peu. Mais enfin, il y en a qui ont triché sur leur date de naissance. Mais en 1915, des jeans, en France, dans un milieu social qui n’était pas la bonne bourgeoise ayant un accès direct avec le marché américain, ça passe encore moins, car il n’y avait pas ce genre de pantalon dans notre beau pays à cette époque…

Ce qui est très appréciable dans ce livre est la seconde partie qui en quelques pages résument l’histoire des congés payés de la genèse de cette idée à sa concrétisation : le rôle de Léon Blum, l’importance des « gréves joyeuses  », festives qui symbolisèrent un vrai espoir pour tout les travailleurs et une forte indignation de la part des rentiers qui craignaient les « hordes barbares » qui allaient débouler et détruire leur univers protégé. Il faut relire toute la presse et la littérature de droite des années 36, les parallèles avec notre époque sont évidents, il y a des développements que l’on peut reprendre mot à mot car se sont toujours les mêmes fantasmes qui sont développés et qui ne symbolisent de la part des plus « nantis » qu’une peur du lendemain, que le refus d’accepter que le monde inéluctablement évolue : avec les congés payés, la France va s’appauvrir car il faut travailler pour être économiquement performant, les classes « basses » (les étrangers) sont incultes, n’ont pas les mêmes façons de vivre, de penser et vont détruire la vraie culture française, etc.

Il est difficile d’imaginer qu’il n’y a que 80 ans que les congés payés existent en France, maintenant que nous avons cinq semaines de congés, mais l’histoire doit être connue pour nous montrer que rien, au niveau social, n’est acquis sans lutte et que depuis toujours il y aura des personnes qui dénonceront tous les acquis au nom de l’économie oubliant bien sûr la philosophie des physiocrates qui ont inventé le libéralisme économique : « Il n’y a de richesse que dans l’homme ».

Émile Cougut


Les délices de 36
Nicolas Rey

Steinkis éditions, collection Incipit. 12€


WUKALI 10/06/2016
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