The rights of man and woman in Saudi Arabia


Voilà un témoignage qu’il faut lire, le livre d’une femme saoudienne Ensaf Haidir, un témoignage touchant, troublant, un témoignage qui ne peut que nous interpeller, un témoignage qui nous montre l’extraordinaire chance que nous avons de vivre en France, en démocratie au XXI siècle. En plus, et c’est surtout la qualité de ce livre, il n’y a aucun pathos, rien de pleurnichard, juste des faits, un enchaînement terrible, un désarroi et surtout une volonté, une énergie rare, magnifique.

Quand j’ai lu Mon combat pour sauver Raïf Badawi, j’ai tout de suite pensé à Oskar Schindler, à sa transformation de pire des salaus en symbole de la lutte pour l’humanité. Cette lecture, je ne l’ai pas eue, enfin pas de façon si évidente pour Raïf Badawi, mais comme coulant de source pour son épouse Ensaf Haidir. Voilà une femme qui reconnaît que sa place dans la société saoudienne, avec le statut qu’elle a, celui de femme, c’est à dire une chose, même pas un être humain, programmée pour reproduire et surtout rester sous la coupe « protectrice » des hommes, et avoir comme loisir avant tout de faire du shopping, ne lui déplaît pas spécialement. C’est sa culture, l’univers dans lequel elle a été éduquée et a grandi, et elle ne le remet en rien en cause. Bien sûr, elle viole un premier « interdit », en épousant un homme par amour, en forçant l’avis de son père et de ses frères et surtout du père de son mari. Mais, elle retrouve tout de suite dans son couple, la place que la société saoudienne lui donne. Jamais, ni elle ni son mari ne remettent en cause les principes religieux, bases de l’idéologie « politique » en Arabie Saoudite. Mais petit à petit Ensaf Haidir se rapproche des milieux « libéraux » (dans le sens saoudien) et remet en cause des principes d’une autre époque, dont la place des femmes dans la société, ce qui est une atteinte aux radicaux religieux qui ne veulent surtout pas perdre la main-mise qu’ils ont sur l’ensemble de la société. Le « blog » qu’il crée est toléré, mais commencent les brimades, le harcèlement contre son concepteur : blocage des comptes bancaires, perte de la nationalité avec interdiction de quitter le territoire, plaintes de religieux et surtout réapparition de son père qui avait déjà fait interner son fils à 13 ans pour manquement au respect paternel, qui maintenant demande pour son fils la peine de mort et la garde de ses trois petits enfants…

Face à une pression de plus en plus prégnante Ensaf Haidir, bien contre sa volonté part en Égypte puis au Liban avec ses trois enfants. Vus les risques qu’elle encourt, essentiellement la perte de la garde des enfants, elle sollicite et obtient le statut de réfugié politique et rejoint son pays d’accueil le Canada. Elle qui n’avait strictement aucune responsabilité, ne décidait rien, était totalement « protégée » des agressions extérieures (à la cellule familiale), apprend à se battre, à se défendre, à défendre ses enfants et surtout à essayer de sauver son mari. Ce dernier a été arrêté et après un procès inique (son avocat non seulement n’a pas eu accès au dossier et, lors des audiences, a été arrêté et condamné) a eu pour peine dix ans de prison et mille coups de fouet. Pour l’instant il n’en a reçu que 50 en public, à la sortie de la prière du vendredi, qui ont failli le tuer.

Grâce aux contacts qu’elle a pu tisser avec Amnesty International, Ensaf Haidir a réussi à mobiliser l’opinion internationale au cas de son mari. Ce denier se voit récompenser de plusieurs prix internationaux dédiés aux droits de l’homme et à la liberté d’expression, le Prince Charles a même parlé de lui au Roi. Une transformation complète due aux circonstances. Son mari n’aurait pas aspiré à ce qu’un vent de liberté souffle sur son pays, elle serait restée une femme saoudienne « normale », parfois en butte à cette autorité masculine qui lui dénie le droit de réfléchir, mais qui l’enfermait dans une routine rassurante.

Ensaf Haidir a du apprendre à se battre, à se battre pour être libre, pour donner un avenir à ses enfants autre que celui que sa famille et sa belle famille voulaient leur imposer.
Dommage qu’un certain responsable n’ait pas lu Mon combat pour sauver Raïf Badawi avant de distribuer des Légions d’honneur, la honte est indélébilement inscrite sur son front. Ce jour là les rédacteur de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ont du se retourner dans leurs tombes mais ont reconnu Raïf Badawi et Ensaf Haidir comme portant fièrement la lumière qu’ils ont allumée pour éclairer l’humanité.

Émile Cougut


Mon combat pour sauver Raïf Badawi
Ensaf Haidir

éditions de l’Archipel. 20€


WUKALI 30/05/2016
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