Feel the Bern !


C’est à peine si on le connait en France, mais ce que réalise le sénateur Bernie Sanders aux États Unis est tout bonnement exceptionnel. Il a «raflé la mise» à Hillary Clinton dans les élections aux primaires américaines et lui a fait mordre la poussière dans 20 états. Si pour l’instant la secrétaire d’état est de quelques points en tête, le vote qui aura lieue le 7 juin prochain en Californie sera déterminant. En effet ce sont les 475 délégués californiens pour la convention nationale de Philadelphie de juillet qui sont en jeu,( le plus gros contingent de délégués de tous les états américains) c ‘est à dire de quoi bouleverser les supputations et les ambitions de l’écurie Clinton.

Voila un an à peine, le nom du sénateur Bernie Sanders était à peine connu si ce n’est que dans les cénacles démocrates où il était marginalisé. Élu maire de Burlington, une petite ville du Vermont sur la côte est en 1981, il a occupé différents mandats, il est sénateur depuis 2006.

En quelques semaines Bernie Sanders a rassemblé avec lui une impressionnante fraction de l’électorat et notamment les jeunes ( de 18 à 45 ans). C’est d’ailleurs là une des clés de son succès. Lors des élections de «mid term» en 2014 ( au milieu du mandat présidentiel qui est de 4 ans), 63% des électeurs américains s’étaient abstenus! Aujourd’hui la liste de ceux qui s’inscrivent sur les listes pour voter est impressionnante et l’enjeu est important, il s’agit en effet de barrer la route à Donald Trump dont les propositions politiques effraient une grande partie de l’électorat et il y de quoi ( dans le camp démocrate, comme aussi dans le camp républicain, malgré les apparences! ). Selon tous les sondages si les deux candidats démocrates, Hillary Clinton et Bernie Sanders battent Donald Trump, Bernie Sanders dépasse très nettement Hillary Clinton pour vaincre Trump. Bernie Sanders enthousiasme, galvanise, rassemble et offre de l’espoir, et surtout, il n ‘est pas le candidat de l’«establishment», fut-il démocrate !

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Cette élection, cette désignation pour le camp démocrate revêt en tous cas cette année 2016 une importance incroyable et tout bonnement révolutionnaire. Comme le disait voila bien longtemps sur un autre continent Winston Churchill «les temps ont changé» ( the winds of change) ! Et dans cette campagne pour le parti démocrate on ne choisira pas ni sur la cosmétique, ni sur l’apparence mais sur le fond, la vision et l’intégrité.

Ce que propose Bernie Sanders c’est tout simplement de restituer au parti démocrate ses véritables valeurs et de s’ouvrir aux classes moyennes et à la jeunesse, de sortir de l’«establishment». Une véritable métamorphose, une révolution! Les discours que Bernie Sanders prononce restituent ce besoin de changement. Tout d’abord une justice fiscale, ne pas permettre que des milliardaires deviennent propriétaires de l’état et du gouvernement américain et échappent à l’impôt. Taxer Wall Street, responsable de la crise des subprimes, qui a ruiné nombre de familles américaines, qui spécule sur la mondialisation et délocalise dans des pays à bas salaires en fermant des centaines de milliers d’usines aux USA. Cette taxation permettra notamment de faire de la justice sociale une priorité ( gratuité des soins de santé, gratuité de l’éducation dans les collèges et les universités), Les États-Unis sont le pays le plus riche au monde, ne manque-t-il pas de souligner ! Bernie Sanders dénonce par ailleurs le système de financement des campagnes politiques qui offrent la part belle aux grandes fortunes et dénaturent ainsi le sens même de la démocratie. Le «rêve américain» s’est aussi construit sur la diversité et Bernie Sanders de souligner la misère profonde qui touche les déshérités que sont les minorités latinos, afro-américaines et indiennes. Son ton est celui d’un homme inspiré qui a une vision

Il est important de souligner qu’à la différence d’Hillary Clinton, Bernie Sanders a refusé tout de go et dés le début de sa campagne à faire appel à Wall Street pour son financement. Son discours politique na pas varié depuis des années dans sa dénonciation des injustices (il fut dans sa jeunesse un membre actif de la lutte pour les Civil Rights et la lutte contre la ségrégation raciale). Quant aux prédations de Wall Street, il nous a paru intéressant de vous faire connaître le débat qui l’avait l’opposé voila quelques années à Alan Greenspan président de la Réserve fédérale


Et puis il y a ce style unique dans les propos de Bernie Sanders qui appuie où cela fait mal, dit la vérité et dénonce pour mieux les corriger les insupportables dysfonctionnements de la société américaine ( le plus grand nombre de détenus dans les prisons de tous les pays du monde avant la Chine, (2.200. 000 prisonniers), la réforme à apporter au fonctionnement de la police, la drogue bien entendu qui doit être considérée d’abord comme un enjeu de santé publique et non point comme un enjeu criminel. l’insuffisant niveau du salaire minimum 7$ 75 qu’il veut élever à 15$, la pauvreté qui touche plus de 25 millions d’américains, les étudiants contraints à s’endetter pendant des années pour payer leurs études, des quartiers dégradés, abandonnés, des infrastructures en ruine. Et peut-être ce qui est le plus important, c’est d’ assurer à chaque Américain une couverture et une protection sanitaire et sociale comme cela se passe en France ou en Allemagne. Voila le genre de choses que l’on n’entendait jusque là point dans les milieux bien-pensants outre-Atlantique et dont ne traitent jamais les grandes chaînes de télévision et les médias qui d’ailleurs mettent des bâtons dans ses roues !

Quant à l’homme

C’est aussi cela la révolution selon Bernie Sanders, il n’est pas homme à courir les cocktails et s’inscrire dans une politique marketing de communication. C’est un homme politique qui redonne espoir à l’Amérique toute entière et tout particulièrement à ses jeunes générations. Justice sociale, justice fiscale, justice d’égalité raciale, justice environnementale.« I have a dream» disait feu Martin Luther King. Sa tenue vestimentaire est frustre et naturelle; l’homme dégage de la chaleur humaine, et ses relations avec les autres sont simples. Jusqu’au vocabulaire qui est le sien dans ses discours, très rarement de locution « je », le plus souvent « nous » et systématiquement un appel au rassemblement et à la solidarité humaine, un petit quelque chose de lumineux ancré dans des valeurs de civilisation.

Accompagné de son épouse Jane, il bat campagne, prononce plusieurs discours par jour, fait des réunions de terrain. En quelques mois ce sont par millions des Américains qui écoutent son message et l’enthousiasme communicatif qui parcourt ses meetings fait du bien à voir. C’est une victoire de la démocratie


Ici en Europe, et comme toujours particulièrement en France, on fait de la science politique comme on fait de la prévision météo. C’est à dire que l’on propose de l’analyse politique sur l’événement réalisé. Un fameux humoriste américain du XIXème siècle, Ambrose Bierce, dans son plus fameux livre «Le Dictionnaire du diable» ( Devil’s dictionnaire) définissait ainsi la météo: «Science du temps qu’il fait». C’est un peu chez nous la même chose dans nos débats politiques. Cette incapacité à mesurer l’évolution des choses et de ne juger l’avenir que sur les mauvaises recettes du passé et sur des critères par définition différents. J’ai lu quelques commentaires dans la presse française qui le traitent de «radical», «jamais «a socialist» ne sera élu aux USA», reprenant ainsi les faibles antiennes de la presse Fox ou du clan Trump et de la pensée conservatrice ! Les temps changent !

Je ne lis pas dans le marc de café, et je n’écris pas sur mon ordinateur avec une chouette posée sur mon épaule, pas de tarots ni de tables tournantes non plus ! Mais ce que je sais c’est qu’il se passe aujourd’hui quelque chose d’unique aux États -Unis. Un jeune homme de soixante quatorze ans à la vitalité incroyable rassemble une foultitude de supporters bien déterminés à faire mordre la poussière à Donald Trump. Son programme électoral s’il est désigné à la convention de Philadelphie puis élu Président des USA aux élections de novembre est une belle révolution. C’est aussi pour parler le langage des cancérologues un marqueur pour mettre fin à ces prédations d’un capitalisme prédateur sans foi ni loi sur le monde, ces métastases qui d’un pays à l’autre dévorent et ferment les usines, brisent les hommes et les sociétés et jouent sur les dividendes que cela peut rapporter.

Oui ce qui se passe aux USA aujourd’hui c’est un événement fantastique, Bernie Sanders est en voie de gagner, et son programme ne manquera pas d’avoir des répercutions et impactera dans le monde entier. Ce qui est sûr en tous cas, c ‘est que quels que soient les résultats des différents scrutins aux primaires ou aux présidentielles, qu’il l’emporte ou non, le succès de la campagne de Bernie Sanders redistribuera les cartes au sein de l’appareil démocrate.

«Sortir du status quo, Penser large, Voir grand, Penser hors des sentiers battus», Think out of the box, voila ce qu’il propose. Est-ce fantaisiste, «radical»? Non, c’est du bon sens ! Ce qu’il préconise pour les USA serait-il aussi envisageable pour nos sociétés, nos économies ? Espérons ! Hip Hip Bernie SANDERS, Feel the Bern !

Pierre-Alain Lévy


WUKALI 27/05/2016
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