So chic, so romantic !


Situé à deux pas du centre-ville, le pavillon de Vendôme, classé Monument historique depuis mars 1914, a longtemps été la plus somptueuse des résidences d’Aix-en-Provence. Une magnifique demeure du XVIIIème siècle, entourée d’un beau jardin à la française, aux formes symétriques, et il fait bon se promener et se reposer dans son jardin public.

Un lieu unique, hors du temps.

A l’origine de ce pavillon, Louis de Vendôme, nommé gouverneur de Provence par Louis XIV en 1654. Le duc de Vendôme est également le petit-fils d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrées et le neveu du Cardinal Mazarin. Il a acquis la parcelle en 1664. Devenu veuf en 1657, l’homme s’était épris de la belle Lucrèce de Forbin, veuve d’un notable d’Aix. Il voulut s’éloigner un peu de la ville, afin de vivre clandestinement à la campagne ses amours avec la Belle du Canet, c’est ainsi qu’on la nommait. Il fit donc construire cette petite « folie ». « Des amours qui ne se vivront pas au pavillon contrairement à ce qui est écrit dans bon nombre d’ouvrages. En effet, ce pavillon devait bien lui permettre de rencontrer sa belle, mais le temps de la construction et des aménagements nous permettent de dire qu’il n’en n’aura pas eu le temps. «Le duc est mort en 1669 » commente Christel Roy, responsable du Pavillon de Vendôme. C’est sans doute dans l’hôtel particulier de sa maîtresse, rue de la Verrerie, que les amants se seront retrouvés le plus souvent. Voilà de quoi relativiser cette histoire romancée ! Mais les légendes ont la peau dure et tant mieux, pourrions-nous dire, à la vue de l’exposition de Dominique Castell, artiste qui expose au Pavillon jusqu’au 19 juin. « Figures libres » nous parle de la magie des lieux et de ces amours secrets. Belle inspiration.

Déjà, comment ne pas céder au charme de l’édifice, savant mariage de clacissisme et de baroque ? A l’entrée, gardiens des lieux, deux superbes atlantes, œuvres de Jean-Claude Rambot, sculpteur aixois, soutiennent un magnifique balcon.
Le dernier étage est un ajout effectué au XVIIIe siècle, surmonté d’un toit de tuiles romaines. A l’intérieur, une partie du mobilier provençal du XVIIe qui constitue habituellement le décor attend de revenir dans les salles. En effet, de nombreuses expositions temporaires sont organisées dans le pavillon, aussi les objets, œuvres d’art et mobiliers se cachent ou se déplacent pour l’occasion.
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« Les salons du temps de Dobler (1863/1941), dernier propiétaire du Pavillon de Vendôme, étaient particulièrement chargés » commente Christel Roy. «Au début du XXe siècle c’était très à la mode et même dans les musées, on accrochait les œuvres du sol au plafond.»

On admire le « passage à carrosses » du rez-de- chaussée, et on découvre les traces de l’ancienne grille qui se fermait ou s’ouvrait après leur passage. On est également impressionné par la superficie de l’escalier et du hall. C’est assez surprenant par rapport à la « petitesse » du bâtiment, précise la responsable des lieux… Ce superbe escalier à double révolution est l’un des plus beaux de la série aixoise. Nous avons dans la ville des escaliers remarquables et celui du pavillon de Vendôme fait partie des plus beaux, tout comme celui du musée des tapisseries ou encore celui de l’hôtel de ville. Des constructions que l’on dit en anse de panier, ovoïdes, ou encore en arc de cheval. Ce qui est intéressant, précise encore madame Roy, c’est cette dynamique dans ce jeu de courbes et de contre-courbes typique du XVIIIe siècle, entre baroque et classicisme. La grille en fer forgé de l’escalier est elle aussi d’époque, elle est remarquable dans sa réalisation et sa finition. On apprend encore que les cuisines se situaient en sous-sol avec un passe-plats pour faciliter le service. Pour seuls éclairages, des petits soupiraux. « Les tapisseries ne sont pas d’époque » nous avoue-t-elle à regret. Elles ont été placées là dans les années 90 par un mécène, mais j’aimerais bien les faire enlever car ces tapisseries n’ont jamais existé en Provence, elles sont anachroniques et trompent le public. Les faire enlever n’est pas si facile, il faut bien évidemment l’accord des Monuments historiques.

Henri Dobler, le dernier propriétaire, voulait faire du pavillon de Vendôme un musée, une école Médicis. En tant qu’artiste érudit, il avait énormément d’amis peintres et poètes, on a donc également des collections d’artistes du début du XXe siècle, qui s’ajoutent aux collections du XVIIe et XVIIe siècle.

Ces artistes, appelés les « petits Maîtres d’Aix », constituaient une école que l’on redécouvre aujourd’hui. Des peintres provençaux avec une belle facture, dans cette mouvance impressionniste, fauviste et réaliste. Certains sont exposés au musée Granet.

Ne pas confondre avec les peintres de Marseille ! Les deux villes se tournent parfois un peu le dos. L’école de Marseille regarde vers la mer, et celle d’Aix vers la terre. commente Christel Roy. Une différence qui s’explique déjà de par la situation géographique. Les peintres d’Aix regardent aussi vers la Sainte Victoire ! En effet, tout semble tourner autour de la célèbre montagne. Si on les appelle « les petits maîtres d’Aix» c’est aussi par rapport à Cézanne, sachant que la plupart d’entre eux se sont inspirés, ont connu ou même se sont parfois opposés au Maître d’Aix. Henri Dobler en faisait parti. « Il s’opposait à la « sale peinture » de Cézanne.

Le Pavillon de Vendôme : une villa Médicis où des artistes viendraient peindre en résidence.

Lorsque Henri Dobler a légué l’ensemble du lieu, il a précisé que l’espace où se trouvait son jardin à l’anglaise, à la droite du Pavillon, devait également être dévolu à un lieu culturel… A cet emplacement s’est dressée peu après l’école d’art. Elle devait être déplacée parce qu’elle commençait à vieillir et ne répondait plus vraiment aux besoins actuels. Il était question de la vendre… mais impossible d’imaginer que cet endroit incroyable et magnifique, en pleine ville, devienne le terrain de transactions immobilières, proteste Christel Roy. Lever de boucliers !

C’est un lieu dévolu à la culture et de par le positionnement de l’école d’art toute proche, je m’appuie un peu sur la volonté d’Henri Dobler de faire du pavillon de Vendôme une école Médicis. Mon choix personnel d’orientation est de mettre en résonance des artistes contemporains avec les collections du musée et de croiser justement le passé et le présent.
Le pavillon de Vendôme est connu et reconnu pour ce travail-là, dans ce partenariat avec l’école d’art toute proche. On y trouve bien sûr des étudiants, un jury est mis en place, des expositions se préparent, c’est vraiment un lieu du patrimoine au service de la création.
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Christel Roy reconnaît que ce n’est pas toujours facile de s’ouvrir à l’art contemporain dans ce lieu chargé d’histoire à l’architecture massive. C’est un challenge au quotidien. Elle prend l’exemple du château d’Avignon aux Saintes-Marie de la Mer, haut lieu de culture et de patrimoine aux ambitions croisées. J’estime, et c’est une conviction que j’ai, que le patrimoine ne peut être révélé, ne peut vivre et ne peut avoir du souffle, que par ce regard contemporain.

Carte blanche à un artiste contemporain

Au printemps, la responsable du pavillon invite un artiste pour une carte blanche. Il travaille sur le lieu, sur l’histoire du lieu, puise dans les collections et se réapproprie le pavillon de Vendôme : C’est un lieu au final relativement petit, et si je le mets sous cloche, comme un lieu du XVIIIe, il va vite s’essouffler. J’aime cette relation d’une résonance avec le passé et la création.

Assurément, le Pavillon de Vendôme se « réveille « grâce à la manière dont les artistes investissent le lieu, même si les murs ne bougent pas. Et si les meubles sont là, il suffit qu’on les agence différemment, que l’on ajoute une œuvre ancienne ou contemporaine, que l’on crée des parallèles, pour que le regard change.

Il ne faut pas oublier que de tous temps, les gens étaient en relation avec l’art contemporain. Surtout au XVIIIe, il existait une très forte corporation d’artistes et d’artisans. Il fallait avoir son portrait peint par untel, ou un objet sculpté par tel autre. C’était très en vogue. On était dans le contemporain, en relation directe avec les artistes, et on ne se posait pas de questions comme aujourd’hui. C’était inné.
C’est étonnant que de nos jours, on en revienne encore à cette légitimité de l’art contemporain dans des lieux anciens. Ceci dit, fort heureusement, on s’ouvre à l’art contemporain et les mentalités changent.

Dominique Castell, avec deux l pour mieux s’envoler !

Cette artiste qui vit à Marseille fait essentiellement du dessin. C’est un peu sa marque de fabrique. Pendant des mois, elle a travaillé sur l’histoire du lieu, sur les collections, mais aussi sur cette histoire d’amour entre le Duc et la Belle du Canet. Elle s’en est littéralement accaparée et se propose le temps d’une exposition de nous faire revivre les sentiments amoureux, et ce, dès le passage à carrosse. De l’attente, l’angoisse, l’inquiétude, naissent des sensations abstraites que l’artiste met joliment en forme et en mouvement. Sur le papier noir, elle interprête la nuit ; on imagine la belle encapuchonnée qui arrive en carosse, les chevaux soulèvent la poussière de leurs sabots… Une œuvre éphémère à la craie. L’artiste utilise le plus souvent des éléments « naturels ». Un travail minutieux. Des sentiments impalpables prennent vie sur le papier sous forme de vaguelettes ou de petits nœuds. Ne dit-on pas « avoir l’estomac noué » ? L’artiste a également choisi de mettre des bougeoirs ressortis des réserves pour la belle occasion. Il faut accueillir la Belle avec de la lumière.|left>

De l’autre côté du passage à carrosses, une autre fresque sur papier noir : un dessin au crayon de papier qui révèle des blancs et des détails subtils que l’on ne voit pas de prime abord. Il faut se déplacer pour qu’ils soient mis en lumière. Voilà qui traduit encore des sentiments mouvants et fluctuants.

Dans une salle encore, l’artiste nous parle de l’ennui de l’attente. Le temps s’étire. Pour le symboliser, Dominique Castell a réalisé de surprenants « dessins d’ennui » comme on gribouille sur une feuille, ou tire sur un élastique… pour passer le temps. Ce travail s’est fait à partir des gravures de la collection du pavillon de Vendôme, des œuvres qu’elle a choisies qui n’ont pour certaines jamais été exposées. C’est aussi une façon de faire vivre la collection. Ces gravures ont séduit Dominique Castell de par leur qualité mais aussi parce que l’artiste se passionne depuis toujours pour la gravure et le dessin.
La thématique de la ruine l’intéresse énormément aussi. Une thématique très romantique, bien dans l’esprit du pavillon Vendôme et de cette histoire d’amour. Elle est intervenue sur ses gravures après les avoir imprimées, apportant sa touche personnelle, et quelle ne fut pas sa surprise de voir apparaître sur chacune d’entre elles un couple d’amoureux, à la présence jusqu’alors insoupconnée ? Si elle n’avait pas fait ce travail, on ne les aurait pas vus ainsi cachés dans la gravure, se réjouit Christel Roy.
Dans ces séquencees, des instants très coquins proposés par l’artiste, et on n’en est toujours qu’au stage de l’attente ! Que nous réserve l’étage ?

Cette artiste est passionnée de gymnastique rythmique et de tango. Pour elle, ce sont de véritables dessins dans l’espace. D’où le titre de l’exposition qui revet un double sens : Figures libres. Figure par excellence, présentée à tout concours de gymnastique et figure libre, de toute interprétation. On peut tout imaginer.

Un joli plafond a été découvert dans les années 50. Des travaux pour le mettre aux normes, a révélé une fresque de belle facture, sans doute cachée sous un faux plafond par les réligieuses qui ont occupé un temps la résidence. On suppose que les sœurs ont souhaité ne pas détourner l’attention des jeunes filles par ces joyeuses représentations colorées.

Le soufre ou le souffle de l’allumette.

Suite de l’exposition à l’étage. La belle est arrivée, à en juger l’impact sur une feuille blanche : Le soufre de l’allumette que l’artiste a utilisé évoque cet instant, commente Christel Roy. Un geste de projection, d’impact sur lequel elle est intervenue en déposant des gouttes d’eau. Des paillettes provoquées par le soufre apparaissent alors, comme ces étincelles que l’on a dans les yeux quand on est en présence de l’être cher.
Christel Roy reconnaît que la lecture n’est pas évidente. C’est une exposition qui demande un accompagnement. Dans une des dernières salles, le rose explose. Les œuvres anciennes choisies par l’artiste lui font écho. Quelques clins d’œil, des résonnances plus ou moins faciles à déchiffrer, comme ce tableau dans la salle voisine, d’une jeune femme, tenant un éventail, instrument de séduction au langage crypté.
On est surpris par un immense dessin, réalisé là encore avec le soufre de l’allumette et des crayons aquarellables. Intitulé « la Géante », l’artiste nous parle d’extase, mais si son érotisme n’apparaît pas de prime abord, un texte d’Henri Michaux l’accompagne et l’éclaire.

Une salle nous présente enfin les amoureux. La belle est belle, et le monsieur bien vilain. Mais les yeux de l’amour … dit-on toujours. On lui préfèrera le jeune homme, tout en finesse peint par Van Loo dans la pièce voisine ! Œuvre superbe s’il en est.
Christel Roy commente les œuvres de Dominique Castell qui font écho à ces deux portraits.

Je songe à un électrocardiogramme, aux palpitations du cœur. Il y a ce côté très graphique. Cela peut faire aussi référence à la peinture chinoise, à ce travail qui ne délimite pas les contours, qui fait fusionner les différents éléments d’une composition : montagnes, terre, forêts…

L’expo se termine par un film d’animation joliment réalisé. On peut s’asseoir sur des petits coussins rouges ou sur des fauteuils pour savourer l’instant dans ce lieu qui symbolise la chambre. Des petits personnages de soufre pailletés de rose, sautent, montent et descendent, font des pirouettes et de la haute voltige. Ils se réunissent, se séparent, fusionnent de nouveau, se détachent, et les tâches de nous parler de cette histoire des amants du pavillon de Vendôme.

Pétra Wauters


Pavillon de Vendôme.

Tarifs: Entrée 3,50 € Ce tarif comprend la visite du Pavillon.
Il est conseillé de téléphoner avant pour s’assurer de l’heure exacte de la visite.
13, rue de la Molle ou 32 Rue Célony. 04 42 91 88 75 – 04 42 91 88 73
13100 Aix en Provence

A noter la nuit européenne des musées : Samedi 21 mai 2016, entrée gratuite de 19 H à minuit. Pour la deuxième année consécutive, les étudiants de l’école supérieure d’Art d’Aix-en-Provence s’emparent de la façade du pavillon de Vendôme pour offrir des projections de vidéo Mapping assorties de créations sonores et de performances musicales originales. Fruit d’une collaboration entre l’école des art et le Musée du Pavillon de Vendôme.
21 h 30/22 h 30/ 23 h 30 séance de 30 mn en relation avec des performances sonores et musicales.


WUKALI 13/05/2016
Courrier des lecteurs : redaction@wukali.com
illustration de l’entête: Pavillon de Vendôme. crédit photo: Sophie Spiteri


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