A biased look over the publishing world


Un écrivain, plus ou moins raté, du moins en manque total d’inspiration, n’arrive à survivre que grâce à quelques droits qu’il reçoit en tant que scénariste de dessins animés plus ou moins oubliés. À Paris il rencontre Mette, riche héritière danoise. Malgré la naissance de leur fille Abigail (la méchante du Nabuco de Verdi), le couple finit par divorcer, la mère repartant au Danemark avec sa fille. Pour autant, elle ne cessera de soutenir son ancien mari.

On assiste à l’errance du héros, à Paris, à Bruxelles, à Gordes. Il a des aventures sans vrais lendemains : Charlotte qui a la responsabilité du lobbying des cigarettiers auprès des députés européens, Sonia, une jeune étudiante séduite par son côté « auteur maudit » (lui ne voit en elle que son corps), la belle Liouba, son chemin croise celui de Noël Cluzat, un éditeur tout puissant qui contre la promesse de l’éditer lui prend Sonia. Bien sûr, rien ne se passe comme prévu, d’autant plus qu’Amazon essaie de montrer que l’avenir c’est la littérature formatée par les ateliers d’écriture et que le papier va disparaître au profit du numérique.

Basile Panurgias porte un regard quelque peu désabusé avec une pointe d’humour sur le monde des lettres, ses compromissions, ses « poses », le passage de la culture à la consommation.

Il n’en demeure pas moins que je n’ai pas réussi à adhérer à la personnalité de son héros, trop passif, trop pleurnichard, trop superficiel. Il dénonce un univers mais seulement parce qu’il en est exclu, s’il y participait, il est certain qu’il n’aurait pas la même vision des choses. Il en est exclu, mais jamais il ne se pose la question du pourquoi ? Ou alors il a une réponse toute faite : lui est un pur, un dur, un vrai qui se refuse aux compromissions, c’est à dire qu’il développe une vision des choses défendue par tous les artistes sans talent. Ce qui est certainement son cas, et tous ses échecs amoureux, voire amicaux trouvent leurs sources dans cette absence. Mais le reconnaître serait remettre en cause toute une philosophie de vie, tout un mode de vie (financé par son ex épouse) qui le contente totalement, même si on imagine sans mal que dans quelques années il va devenir un aigri puant, sûr de lui et en voulant à la terre entière de ne pas lui avoir « donné sa chance ». Des personnes comme lui, dans le monde réel, on en connaît un stock qui devient de plus en plus important, beaucoup de personnes croyant que les arts sous toutes leurs formes n’attendent qu’eux.

Reconnaître qu’il vit en égoïste, en parasite, refusant l’effort, lui est impossible, alors il subit sans vraiment s’attacher aux personnes qui gravitent autour de lui.

Il est une lecture de Perdre le nord qui se fait autour d’une critique humoristique du monde de l’édition, mais il peut y en avoir une autre autour de l’égoïsme, de l’autisme des créateurs, des artistes sans véritable talent, et celle-ci ne montre pas un des aspects les plus reluisants de la nature humaine.

Émile Cougut


Perdre le nord
Basile Panurgias

éditions Héloïse d’Ormesson. 18€


WUKALI 09/05/2016
Courrier des lecteurs : redaction@wukali.com


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