Marcel Proust in his intimacy through all documents, letters, photographies or dedicated books to be sold at Sotheby’s Paris


La bibliothèque d’un grand écrivain, après celle de Stéphane Mallarmé, mise en vente chez Sotheby’s Paris en Octobre 2015, voici celle de Marcel Proust. La vente aura lieue le 31 mai 2016, il s’agit de la collection de l’arrière-petite-nièce de Marcel Proust, Patricia Mante-Proust. C’est un événement, nul doute, et les amateurs seront nombreux à vouloir enchérir pour ces livres, dessins, manuscrits ou ces 120 photographies ayant appartenu à l’illustre auteur. Tout à la fois événement littéraire car nombre des objets mis en vente sont illustratifs de la genèse de ses livres, mais aussi de sa biographie et de l’histoire culturelle de cette période.

– Les Photographies

La collection de photographies est impressionnante et l’on suit ce cher Marcel de son enfance jusqu’à ses derniers jours. L’une d’entre elles le représente à l’âge de onze ans avec son jeune frère Robert, sa grand-mère (elle l’inspirera pour l’un des personnages d’A la recherche du temps perdu) et ses parents ( estimation 2.000-3.000€).

Une autre photographie devrait focaliser le désir des enchérisseurs car elle a toute une histoire. En effet , cette photographie couleur brun sépia comme cela était courant à l’époque, le représente assis, entouré de ses amis derrière lui debout, avec à sa droite Robert De Flers et à sa gauche, le bras mollement posé sur l’épaule de Proust, son ami Lucien Daudet ( le fils d’Alphonse le bien connu), le regard, paupières basses, pour le moins attendri pour son aîné. Pour la petite histoire, il faut savoir que les parents de Marcel Proust avaient jugé cette photographie ambiguë et avait demandé à leur fils de bien vouloir récupérer tous les tirages qui en avaient été faits (estimation 5.000-8.000 €).

– Les Livres et manuscrits

A travers toute ces documents mis en vente, c’est parmi ces dédicataires tout un pan de l’histoire littéraire et des arts qui renait, on y croise en effet : Lucien Daudet, Reynaldo Hahn, Jacques Bizet, Robert de Flers, Jacques-Émile Blanche, Robert de Montesquiou qui aurait inspiré le personnage du baron de Charlus, mais aussi Cocteau, Colette, Gide, Giraudoux, Morand, Anna de Noailles ou la princesse Bibesco.

Quelques pépites, notamment un dessin offert par Marcel Proust à son ami Reynaldo Hahn et représentant la cathédrale d’Amiens (estimation 10.000-15.000€) ou deux très beaux dessins offerts au critique d’art John Ruskin.

L’édition originale de Du côté de chez Swann s’ouvre sur un long envoi autographe, en partie inédit, signé à Walter Berry, daté de juillet 1916. «Monsieur, Vous pensez probablement comme moi que les plus sages, les plus poètes, les meilleurs, ne sont pas ceux qui mettent dans leur œuvre toute leur poésie, toute leur bonté et toute leur science mais qui savent encore d’une main ingénieuse et prodigue en mettre un peu dans leur vie» (estimation : 20.000-30.000 €). L’envoi fait allusion au volume aux armes de Guermantes qu’il offrit à Marcel Proust.

Le placard largement manuscrit pour A l’ombre des jeunes filles en fleurs [1914-1919] ( dans le vocabulaire de l’édition le «placard» est un livre avant le stade du «bon à tirer» et permettant dans les marges prévues à cet effet de poser des corrections) suscitera un vif intérêt. Raturé et corrigé, d’une graphie très spontanée, ce placard restitue l’écriture de l’auteur dans son jaillissement même, avec tous ses repentirs successifs. Après la publication de Du côté de chez Swann en 1913, Grasset avait commencé, en 1914, celle d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs, mais la guerre retarda la publication. Marcel Proust en profita alors pour corriger son texte : travaillant à partir des épreuves imprimées, il le corrigea et l’augmenta considérablement. A l’ombre des jeunes filles en fleurs fut couronné par le Prix Goncourt et, Marcel Proust ne tarda pas à lancer l’idée, peut-être pour des raisons financières, d’une édition de luxe du roman (estimation : 20.000-25.000 €).

La Correspondance.

On retiendra tout particulièrement les lettres adressées par Marcel à son père, on n ‘en connait que trois. Dans une de ces lettres Monsieur Proust ne peut admettre que la littérature puisse être un métier (1893), le jeune Marcel se soumet à l’autorité paternelle et lui répond mais il affirme cependant : «tout autre chose… que les lettres et la philosophie, est pour moi du temps perdu» (estimation 10.000-15.000€).

Les lettres à Reynaldo Hahn sont les plus belles de cette correspondance extraordinaire. On y voit le cœur de Marcel Proust mis à nu, comme nulle part ailleurs. Trois exemples bouleversants sont inclus dans cette collection. Le premier est une longue lettre de 6 pages dans laquelle Marcel Proust déclare à Reynaldo Hahn qu’il est « vraiment la personne qu’avec maman j’aime le mieux au monde », 1896 (estimation : 15.000-20.000 €).

Dans la seconde datant de la même période, il laisse éclater sa jalousie et sa tristesse en pleine rupture avec l’être aimé. Ils resteront cependant amis jusqu’à la mort de l’écrivain en 1922 (estimation : 20.000-25.000 €).

Le troisième est la dernière lettre que Reynaldo Hahn écrit à Marcel Proust, un mois avant sa mort. A la demande de son frère Robert, il tente de persuader l’écrivain de se laisser soigner sérieusement : « Je sais […] que je ne puis rien pour mon ami le plus cher, pour une des personnes que j’aurais le plus aimées dans ma vie » (estimation : 8.000-12.000 €).

E.W


Sotheby’s Paris. Bibliothèque de Marcel Proust. Collection Patricia Mante-Proust
Vente le 31 mai 2016


WUKALI 05/05/2016
Courrier des lecteurs : redaction@wukali.com
Illustrations de l’entête et dans l’article : Otto, Otto Wegener Dit, Marcel Proust sur un divan. [27 juillet 1896 ] et Marcel Proust en compagnie de ses amis Robert de Flers et Lucien Daudet


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