Bernie, the victorious and congenial challenger


«Bernie, Bernie, Bernie !», ce sont d’immenses foules qui croissent au fur et à mesure des échéances politiques et qui accueillent chaleureusement ainsi Bernie Sanders, candidat à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle américaine de novembre 2016. Cela pourrait paraître de prime abord banal dans le contexte, cela ne l’est cependant point et en voici les raisons.

Sénateur élu du Vermont, petit état de la côte est, Bernie Sanders est entré dans la bataille des Primaires démocrates en distançant haut la main dans le New Hampshire avec 60,4% des voix la candidate de l’establishment, l’ex-Secrétaire d’état et sénatrice de New-York, Hillary Clinton à la surprise de tous ! Puis ensuite ce fut le tour d’autres états où il la devance facilement: Colorado, Oklahoma, Washington, Alaska, Colorado, Hawai, Idaho, Michigan, Wyoming. On est aujourd’hui à l’avant veille du vote pour New-York !



En un an à peine, Bernie Sanders est devenu la personnalité de premier plan de la scène politique américaine, ses propositions politiques ont révolutionné le débat, il a su affirmer un leadership et ses qualités de débatteur ont fait merveille. Il se pose en défenseur de la classe moyenne, et la jeunesse s’est massivement ralliée à sa candidature, ses meetings font salle comble.

Dans le tout récent face à face qui l’a opposé Jeudi 14 avril à Hillary Clinton pour les Primaires de New-York qui auront lieu mardi 19 avril, il est apparu incontestablement comme le champion du Parti démocrate et a dominé tout au long de l’échange. Quant à la politique étrangère, face à l’ancienne secrétaire d’état, il a affirmé ses convictions, il s’était notamment opposé à la désastreuse guerre en Irak de Bush et Cheney, qu’au demeurant Hillary Clinton avait acceptée, cela méritait d’être souligné !

Son programme politique s’articule derrière toute une série de propositions qui révolutionne l’habituel consensus politique américain, il s’agit de réveiller The American dream et de rendre justice à la classe moyenne. Un appel à la solidarité et à l’intelligence. Il pointe notamment du doigt un système corrompu de financement des campagnes électorales qui fait la part belle à Wall Street et aux milliardaires. Cet argument est structurant de sa campagne pour les Primaires et tout particulièrement dans le duel qui l’oppose à Hillary Clinton. Pour la première fois de toute l’histoire politique des USA plus de six millions de contributeurs privés on participé au financement de sa campagne, c’est du jamais vu, et pour une contribution moyenne de 27$ ! Pour le sénateur du Vermont il s’agit de moraliser la vie publique américaine tandis qu’Hillary Clinton prononce des discours devant les financiers de Wall Street et se fait rémunérer pour cela 225.000$ par discours… que dit-elle? Comme le souligne avec finesse Bernie Sanders, «pour ce prix là, ce doivent être des discours exceptionnels, uniques et très probablement écrits dans une prose shakespearienne»…Il demande même à l’ex secrétaire d’état de lui fournir les «transcripts» de ses discours devant les financiers de Wall Street, car quellel en est donc leur nature …? Elle a d’ailleurs obtenu 15 millions € de Wall Street pour sa campagne et depuis l’affaire de Benghazi en Libye, le mot «transcript» a des résonances chez elle qui lui sont difficiles à entendre…Il faut aussi l’entendre parler de la justice, de la police, des prisons scandaleusement gérés par des intérêts privés.

Les thématiques qu’il égrène au fil de ses discours ne sont pas sans rappeler la politique économique de F.D.Roosevelt. Constat d’une économie sinistrée (rigged economy), reconquête de l’emploi, justice sociale et humaine tout simplement à l’égard des plus pauvres, des marginalisés, des émigrés, des minorités ostracisées, monter le salaire minimum à 15$, entreprendre des travaux de réhabilitation et de reconstruction des infrastructures, des villes, des réseaux d’eau sinistrés ( la ville de Détroit est l’exemple d’une ville à l’abandon et dont certains quartiers ressortent du Tiers-monde), réseaux ferrés et ferroviaires à l’abandon etc. Sa critique de Wall Street, de Golman Sachs et autres banques, des capitaux qui échappent à l’impôt par la fraude, de la mondialisation, est cinglante. Jamais aucun candidat n’ a eu le courage de placer aussi haut l’enjeu. Il dénonce le système actuel qui pénalise tous les jeunes qui font des études et sont obligés de s’endetter pour de nombreuses années sur plusieurs dizaines de milliers de dollars pour apprendre et être diplômés. Il réclame ainsi la gratuité de l’enseignement. Il stigmatise la baisse drastique du niveau de vie pour la classe moyenne, 29 millions d’Américains encore privés de couverture sociale, l’industrie pharmaceutique qui pratique des prix prohibitifs, une durée du travail aux USA plus longue que dans tous les pays développés, une partie de la jeunesse en dessous du seuil de la pauvreté, le nombre de détenus plus grand que le nombre de prisonniers en Chine ! Sa politique est budgétisée et repose en partie sur la taxation des plus values boursières, sur la reconquête de l’emploi. Dans le domaine de l’environnement il demande l’interdiction de la fracture hydraulique. Sa ligne politique s’apparente à bien des égards à celle que développa Franklin-Delano Roosevelt après la crise de 29.

Qui plus est, le choix du langage qui est le sien, sa sémantique, sont particulièrement intéressants à étudier, il parle du momentum que constitue sa campagne, c’est à dire ce temps unique dans l’histoire des USA. D’une «political revolution», on est bien loin du consensus anesthésiant qui marginalisait ce mot comme le mot «socialist» au demeurant. Par ailleurs dans la pédagogie de ses discours quand il s’adresse aux électeurs il est courant de l’entendre dire : « Think out of the box, think large » ( ouvrez votre champ de réflexion, ne vous laissez pas enfermer dans des carcans), c’est un appel à l’intelligence, à la curiosité et ce type de discours fait du bien !

Qui plus est sa campagne est dynamique, ces trois derniers jours il vient de publier ses relevés d’impôts 200.000$ (provenant majoritairement de ses revenus de sénateur) damant le pion à Hillary Clinton (20 millions $!) et il a fait la une des journaux en se rendant vendredi et samedi au Vatican, répondant à une invitation, pour assister à une conférence sur le réchauffement climatique (il a par ailleurs rencontré hors caméra le Pape François)

Quant au candidat aux cheveux blonds oxygénés du Parti Républicain, Donald Trump, métaphore de la vulgarité, du racisme et de la démagogie, Bernie Sanders le distance encore plus que ne le ferait Hillary Clinton !

Bernie Sanders est une immense chance pour les USA, il est aussi un espoir pour le monde entier.

Les «Primaries» de New York, mardi 19 avril, constitueront un tournant stratégique de la campagne démocrate. Du nombre de délégués dépendra la désignation du candidat lors de la convention démocrate. Pour nous c’est Bernie Sanders et avec lui, Let’s Feel the Bern !

Pierre-Alain Lévy


WUKALI 18/04/2016
Courrier des lecteurs : redaction@wukali.com
Illustration de l’entête: Capture d’écran ABC


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