A subtle literary process


Les éditions de l’Harmattan viennent de publier un recueil de dix courtes nouvelles de Françoise Cohen. Dix nouvelles avec une sorte de fil conducteur (sauf dans une), un prénom Ana et le titre devient une évidence : il s’agit des chroniques d’Ana. Mais Ana n’est pas une femme déterminée, ce n’est pas la vie d’une certaine Ana que nous allons découvrir, non, Ana est une idée, un concept, un liant. Ana peut être interpellée, Ana peut être décrite, Ana peut n’être qu’un souvenir, Ana peut vivre aussi bien sous la dictature des généraux en Argentine que dans le futur ; Ana est toujours Ana, sorte de perfection, d’idéal humain, très humain, car Ana peut aimer, Ana peut souffrir, Ana peut se révolter, Ana peut subir, Ana peut se questionner sur sa vie, sur la vie. Concept, oui mais un concept dans lequel le lecteur peut se retrouver tant il est directement interpellé par Ana, tant ce que pense, ressent Ana trouve des échos dans l’âme du lecteur.

Parfois, on se met à penser à 1984 d’Orwell, à Bruno et Sylvie de Lewis Carroll, aux Contes d’Hoffmann d’Offenbach, voire à certains Jules Verne quand il écrivait de la science-fiction. Françoise Cohen n’imite pas, ne parodie pas ses grands ancêtres, loin de là, elle ne fait que se mettre sur leurs pas avec sa personnalité, son style, elle ne fait que reprendre après eux des thèmes quelque peu immortels avec sa personnalité.
Dire que ces chroniques véhiculent un grand vent d’optimiste serait mentir, tant elles sont nostalgiques sous bien des aspects, parfois angoissantes, en quelque sorte tant elles sont réalistes. Et surtout, elles sont servies par un style simple, limpide, voire emprunt d’une vraie sensualité, des mots parfaitement agencés dans de courtes phrases parfaitement articulées entre elles.

Et puis lisez la dédicace, elle fait référence à Emilio qui ne peut être qu’Emilio Trad (dont elle a déjà fait une biographie), un des peintres argentins les plus doués de sa génération, et cette proximité se retrouve dès la première nouvelle (Ana et la statue) et continue tout le recueil tant les arts sont présents dans l’univers d’Ana.

Moins d’une heure de lecture, mais de grands moments de bonheur, voilà ce que vous apporte la lecture d’Ana-Chroniques de la nuit et du jour.

Émile Cougut


Ana-Chroniques de la nuit et du jour
Françoise Cohen

éditions de L’Harmattan. 12€


WUKALI 08/04/2016
Courrier des lecteurs : redaction@wukali.com


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