An aesthetic and poetic shock, the wonderful and warm accompaniment of Chagall’s paintings and dreams


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Chagall revient aux Carrières de Lumières des Baux de Provence, et quel plaisir que de revoir ses oeuvres, lui l’un des plus grands coloristes du vingtième siècle.

Les Baux, les peintres, les carrières, l’éblouissement féérique de la couleur sur les parois de pierre en habits de lumières et de rêves, un spectacle au succès grandissant : 2000 personnes pour la seule journée du dimanche 13 mars. Une fréquentation en hausse de 25 % par rapport à l’année 2013 avec le spectacle ( et le mot dans son sens le plus précis et d’origine y est est bien choisi et admirable, un moment de joie pour les yeux) avec ce qui fut l’exposition « Monet, Renoir, Chagall, Voyages en Méditerranée » dont chacun se souvient avec délectation.

Mais il revient, tout seul cette fois-ci, pour un hommage tout particulier. « Chagall avait déjà été un peu abordé lors de l’exposition en 2013, explique Augustin de Cointet de Fillain, directeur du Château des Baux-de-Provence et des Carrières de Lumières. Mais nous n’étions pas allés assez loin. C’est un peintre tellement riche, il y a tellement d’œuvres à montrer, tellement de choses à faire, tellement de matières et tellement de possibilités de rentrer dans les œuvres…

Chagall était déjà prévu pour 2015. Mais les Géants de la Renaissance avaient pris sa place, et de fort belle manière aussi, dans l’agenda des spectacles. Augustin de Cointet de Fillain explique : “ Nous pensions déjà travailler sur Chagall en 2015. Nous souhaitions le faire en parfaite coordination avec le Comité Chagall, qui doit donner son accord et son consentement de cœur. Nous avons donc du prendre le temps d’organiser l’évènement dans les meilleures conditions possibles. C’est toujours un peu plus compliqué, sans être péjoratif, lorsqu’un comité est très présent. Avec le Vatican pour le spectacle sur la Renaissance Italienne, c’était plus simple. Ils vérifient ce que l’on fait, certes, mais comme Chagall est beaucoup plus contemporain, les ayants-droits, les dépositaires de ses œuvres sont davantage présents, ce qui est tout à fait normal . Ils sont là pour vérifier que l’on ne fait pas n’importe quoi. »

Le scénario de Chagall

« Songes d’une nuit d’été » compte douze séquences : Vitebsk, la vie, la poésie, les collages, la guerre, les vitraux, l’Opéra Garnier, Daphnis et Chloé, les mosaïques, le cirque, les illustrations et la Bible.

Peintures, décorations pour la scène, fresques décoratives et architecturales liées à la musique. Une centaine d’œuvres, et toujours ce dispositif unique qui étonnetoujours et qui permet notamment au public de rentrer dans l’intimité de la toile.

Lumières encore sur le célèbre plafond de l’Opéra Garnier, une commande d’André Malraux, alors ministre des affaires culturelles. Il sera inauguré en 1964. Il est un des chefs-d’œuvre remarquables de l’artiste. Tout y est ! L’artiste y rend notamment un formidable hommage aux compositeurs qui ont marqué l’histoire de la musique.

Musique et images : un savant travail de scénographie

Pour le choix de la musique, c’est le plus souvent Gianfranco Ianuzzi qui propose, confie le directeur des Carrières. Il crée son spectacle, il soumet donc des morceaux musicaux. Cependant, il y a un vrai dialogue entre nous tous. On peut parfois avoir des idées sur une musique extraordinaire, mais qui ne collera pas forcément avec l’image que l’on a choisie. Si la musique va bien avec l’image, elle n’ira pas forcément avec le rythme ; d’autres illustrations colleraient parfaitement sur les deux plans, mais sont trop longues et on ne peut parfois pas les couper. Ce travail de scénographie musicale n’est pas évident. Mais on se fait tout de même plaisir dans un répertoire immense ! Et d’ajouter : Les modifications du spectacle interviennent jusqu’à la matinée du vernissage, parce que l’on s’aperçoit qu’il y a par exemple telle musique qui ne convient plus. Dans une séquence était prévue une autre chanson de Janis Joplin, mais on l’a changée trois jours avant le vernissage. Il était question de reprendre « Summertime » dans une version plus contemporaine afin de marquer avec plus de force encore la rupture avec la modernité. Il s’agissait de trancher davantage, d’aller plus loin.

Cette année, l’équipe à pu bénéficier de la collaboration de Mikhail Rudy. Des conseils judicieux du pianiste ont permis d’affiner les choix musicaux. Belle alternance de compositeurs classiques comme Tchaïkovski, Ravel, Prokofiev, Mahler, Bizet avec des morceaux d’auteurs interprètes contemporains comme Uri Caine, Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Janis Joplin, John Surman, Nino Rota ou Chick Corea.

Voyage en Russie, voyage dans le milieu du cirque, voyage à l’opéra, voyage dans les cathédrales, voyages dans les peintures, on nage dans la couleur. Il y a une petite différence par rapport aux spectacles précédents : l’idée de rentrer dans la toile prédomine et tout est révélé. Nul doute, on découvrira le peintre d’une autre manière, comme si l’œuvre était créée sous nos yeux. Un zoom qui montre tout : un détail, un trait de pinceau, l’épaisseur de la matière. On a l’impression de revivre une séquence de « palette » de l’excellent Alain Jaubert, écrivain, journaliste, auteur-réalisateur de la série. Une approche cultivée du tableau sur les murs des carrières. L’histoire s’écrit dans cette étude des tableaux.

« Je souhaite sortir le public d’une posture de réception classique en l’amenant au coeur de l’oeuvre, comme sur une immense scène où il deviendrait lui-même partie intégrante du spectacle. Quand, dans la carrière, je vois des enfants qui jouent avec des images sur le sol ou des couples qui dansent sur la musique, le pari est gagné », commente Gianfranco Iannuzzi, le réalisateur.

Chagall dans le midi : C’est également dans le Sud de la France, à Saint-Paul-de-Vence, que Chagall (1887-1985) s’établit dans les dernières années de sa vie. Chez ce peintre à l’œuvre singulière où chaque toile apparait comme un rêve éveillé, onirique et chatoyant, la couleur est une composante essentielle. Le couple d’amants et toutes les figures si chères à l’artiste évoluent dans ce bleu évocateur de la Méditerranée mais tellement propre à Chagall. « Si toute la vie va inévitablement vers sa fin, nous devons durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d’amour et d’espoir« , écrivait-il.

« Lorsque nous faisons visiter, on propose aux gens de rester autant qu’ils le souhaitent . Cela leur permet de voir le spectacle différemment, avec d’autres perspectives » précise Augustin de Cointet de Fillain.

Chagall, c’est tous les arts réunis : Musique, Danse, Théâtre, Littérature, une approche d’art total qui donne un éclat particulier à ce spectacle que l’on peut revoir plusieurs fois, tant il y a à découvrir !

Entre deux projections du spectacle « Chagall, songes d’une nuit d’été » est projeté un spectacle plus court, durant 8 minutes. Il s’agit d’une interprétation libre de l’univers d’ « Alice au pays des merveilles ». Un voyage dans un monde merveilleux entre réalité et fantaisie.

Pétra Wauters


À voir aussi dans la région

Chagall et la Musique : 5 mars – 13 juin 2016 au Musée national Marc Chagall à Nice

Marc Chagall – Le Cirque : 2 mai – 29 septembre 2016 au Musée Yves Brayer des Baux-de-Provence


[Les Carrières de lumières
->www.carrieres-lumieres.com]
Route de Maillane. 13520 Les Baux-de-Provence. T. +33 (0)4 90 54 47 37


WUKALI 17/03/2016
Courrier des lecteurs : redaction@wukali.com


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