Nor « La Belle Époque » were all beer and skittles !


Le sous titre de cet ouvrage est : Une histoire en cartes postales des luttes sociales à la « Belle Époque  ». Voilà une démarche plaisante pour ne pas écrire originale pour aborder une période connue de notre histoire : les mouvements ouvriers et paysans au début du XXè siècle. On se rappelle tous de la crise viticole dans le Languedoc en 1907 ou les manifestations de Courrières après la catastrophe qui fit plus de mille victimes en 1906. Mais qui se souvient des boulonniers du Chambon Faugerolles, la grève des cheminots de 1910 ou la « jacquerie » des viticulteurs champenois ?

Anne Steiner ne nous livre pas une étude globale des crises sociales qui ont lieu dans une France où la République est encore jeune et loin d’être encore acceptée par toute la population. Mais c’est une période où les radicaux arrivent au pouvoir avec Briant ou Clémenceau portant de vrais espoirs parmi les classes populaires qui souhaitent profiter aussi des richesses engendrées par le développement industriel. Ces radicaux qui sont aussi bien attaqués par la droite et le patronat que par leur gauche révolutionnaire. C’est une époque aussi (et surtout) où le syndicalisme apparaît et devient un vrai acteur social. Mais, déjà, le mouvement syndical est divisé entre les réformistes et les révolutionnaires. Un syndicalisme critiqué, attaqué par le patronat qui n’hésite pas à licencier les syndicalistes, qui parfois préfère fermer les usines plutôt que négocier.
C’est surtout une époque violente, très violente : le maintien de l’ordre est fait par les gendarmes et surtout par la troupe et ceux-ci n’hésitent pas à charger et à tirer. Il y a des morts parmi les manifestants. Mais les grévistes font eux aussi preuve de violence : sabotage, usines détruites, maisons des patrons mises à sac voire incendiées, chasse aux « jaunes » qui se font régulièrement rossés, etc.

Il y a cette violence mais aussi cette solidarité de toute la population qui soutient matériellement les grévistes : dons en nature ce qui permet la mise ne place de soupes « communistes », envoi des enfants dans d’autres communes, etc.

Anne Steiner a fait le choix de prendre neuf événements significatifs de cette époque. Elle en explique les causes, le déroulement et leurs fins (généralement les grévistes, de fait, n’obtiennent pas grand chose).

Le texte est illustré par une riche iconographie faite de cartes postales. A cette époque, il y avait une vraie économie de la carte postale : sur le territoire national se trouvaient des fabricants pouvant traiter très rapidement les photographies qui leur étaient données. L’iconographie qui nous reste de cette époque est bien plus riche au niveau des cartes postales que celle des photographies de presse. Le résultat est étonnant, le lecteur à l’impression de voir un vrai reportage pris sur le « vif » : cette femme fouettant à coups de trique le cheval d’un dragon est particulièrement « vivante ».

La Belle Époque ne se résume pas à une image d’Épinal droit sortie de l’œuvre de Proust par exemple: une bonne bourgeoise fréquentant des cercles ou dînant chez « Maxim’s ». C’est surtout un monde qui souffre qui souhaite vivre dignement qui ne supporte pas de travailler pour enrichir les « nantis ». Le nombre de grèves est important, en moyenne 1 500 par an et surtout d’une grande violence.

Heureusement que les conflits sociaux se sont « humanisés », que la loi est intervenue pour réguler cette violence. Vouloir détruire ces droits c’est en quelque sorte ouvrir une boite de Pandore et prendre le risque de voir se développer des conflits dont les coûts économiques et humains seraient sans aucune mesure avec ceux qu’ils sont de nos jours.

Félix Delmas


Le temps des révoltes
Anne Steiner

éditions L’Échappée.19€


WUKALI 13/03/2016
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