All works contrast and link together to beam with an additional new light whatever are their origins

Le Grand Palais propose une «traversée de l’art universel» en 185 oeuvres. Carambolages est un voyage à travers les cultures, les époques, les esthétiques… à vous de trouver le lien, mais surtout, de vous laisser guider par le plaisir de la découverte.

Une conception transculturelle et inédite de l’art à découvrir du 2 mars au 4 juillet 2016.

En effet, une fois la surprise passée, car on est quelque peu déboussolé, il faut bien le dire, face ce nouveau concept, on se prend au jeu. On se promène dans ces travées parallèles, domino « géant ». On a beau être prévenu que chaque œuvre installée est en relation avec ses voisines, il n’est pas évident de prime abord de s’y retrouver. Pas de cartel explicatif pour nous aider, juste un écran digital qui donne le nom et l’origine de l’œuvre. Il faut accepter qu’il ne soit pas question de regarder les œuvres de façon traditionnelle. On doit les appréhender dans un ordre nouveau et à chacun le sien, pourrions-nous dire.

Quel lien entre un chat de Giacometti et une souris égyptienne ? Ici, on peut comprendre que la première œuvre dépend joliment de la seconde (surtout que le chat est beau et forcément squelettique et la souris dodue !) Mais il n’est pas toujours évident de décoder les suites proposées, mais l’intérêt est de chercher ! Le chat et la souris, un dialogue audacieux parmi tant d’autres et l’humour est souvent présent même si certains thèmes sont nettement moins légers.

Tous les dialogues m’ont intéressé, confie Jean-Hubert Martin, ancien directeur de musées, commissaire de l’exposition, figure majeure de l’art contemporain. Je suis très satisfait du résultat. Il y en a plusieurs qui sont très humoristiques et c’est peut-être ceux-là qui ravissent le plus le public. Et le chat de Giacometti qui se trouve devant une petite souris égyptienne en fait partie.


L’expo soulève des interrogations sur des problèmes éternels.

Nous sommes des êtres humains, nous savons que nous sommes mortels, certains font en sorte de croire que ce n’est pas vrai, et d’agir comme si nous ne l’étions pas. Ce sont des problèmes éternels. L’exposition en dévoile quelques uns commente Jean-Hubert Martin. Il y a aussi des problèmes plus spécifiques, politiques et autres…difficile d’en parler point par point. A chacun de regarder et trouver justement les relations qu’il y a entre tous. Au public de faire son jugement.

Ici, un gardien de tombeau chinois, qui date du 4ème siècle avant JC. Elle fait partie des œuvres que l’on a retrouvées récemment dans des fouilles en Chine. Il est fabriqué avec des bois de cerfs, est monté sur une tête d’apparence très géométrique et surprend avec sa grande langue qui pend. Puis on découvre d’autres cervidés, dont une magnifique aquarelle de Dürer, « Tête de cerf percée d’une flèche ». A côté, lui fait écho une tête de sanglier de Paul-Antoine Hannong. Une terrine en forme de hure de sanglier, modèle à la favorite, une faïence du XVIIIème siècle. On découvre encore une étude du XVIIème siècle, d’après Charles Lebrun. L’artiste étudiait la physionomie humaine à partir de représentations de têtes d’animaux. (Louis-Pierre Baltard, d’après Charles Lebrun, « Deux têtes de sangliers et deux têtes d’hommes en relation avec le sanglier)

Les liens dans cette suite ? Vous donnez votre langue au chat ou au sanglier ?

On est encore surpris par cette œuvre immense (43,2 x 699,8 x 549,9 cm.) d’Anne et Patrick Poirier, Mnémosyne. Une grande maquette d’une ville imaginaire en forme de cerveau avec des quartiers, des bâtiments qui correspondent à une zone cérébrale. La découvrir à l’entrée de l’expo donne le ton !

Erro, avec « Peinture en groupe. Les origines de Pollock » (1967), met en scène le peintre américain, le premier à pratiquer le dripping, projection de peintures sur la toile. Il le représente en pleine méditation, dans les affres de la création, entouré par toutes les œuvres de l’art moderne qui sont ses références et ne sachant pas comment faire pour surmonter tout cela et proposer quelque chose de novateur. Et de se lancer dans le dripping avec cette charge de cavalerie illustrée au bas du tableau.

Comment sortir des sentiers battus ? Listen with you eyes – (regardez avec les yeux) nous répond Maurizio Nannuzzi, dans une installation néon. Ce pourrait être la devise de l’exposition.

Proposer de nouveaux concepts pour ouvrir l’art à un plus large public. Si on continue à dire aux gens qu’il faut d’abord qu’ils apprennent l’histoire de l’art pour comprendre l’art, on n’agrandira jamais le public de l’art. Je pense que si on veut qu’il soit accessible à un plus grand nombre, il faut leur donner des moyens et en leur disant, non pas : « Vous ne savez pas, aussi on va vous enseigner quelque chose afin que vous puissiez comprendre l’art. », mais au contraire, leur dire : « Regardez, votre imagination, votre connaissance, votre bagage, vous allez immédiatement découvrir qu’il y a plein de choses qui se relient à votre vie de tous les jours. À ce que vous voyez au cinéma, ou dans la bande dessinée, ou encore dans les mille images dont nous sommes bombardés à la télévision.

Une chasse aux pépites

Quand on lui demande si dans les suites proposées il lui est arrivé d’hésiter entre telle ou telle œuvre, le commissaire de l’exposition répond :
Oui, bien sûr, j’ai en quelque sorte une base de données, avec 2000 photos ! Tout cela s’est fait sur des années. J’ai d’abord eu l’idée d’assembler des choses extraordinaires, pas forcément très connues. J’appelle ça des pépites. Je cherche des pépites !

…Petit à petit, j’ai constitué cette base de données puis l’idée m’est venue d’utiliser ce processus d’analogies. Arrive ensuite le côté le plus dur des contraintes, à savoir, ce que l’on peut obtenir, quelles sont les œuvres accessibles, les contraintes budgétaires, les prix des transports etc.

Jean-Hubert Martin serait ravi d’entendre d’autres interprétations de la part du public.
Au milieu de l’exposition, il y a un grand panneau qui mène vers l’escalier. Toutes les photos des œuvres de l’exposition sont là, aimantées, et les gens peuvent faire eux-mêmes leurs séquences et se dire que finalement, ils verraient davantage telles ou telles œuvres ensemble. Ils peuvent refaire leur suite à leur manière. Ceci pour montrer que justement, ce n’est pas une exposition qui impose une vision.

Stéphanie van den Hende, chargée des réseaux sociaux, chef de projet au Grand Palais, s’est amusée à créer une application que le public pourra découvrir à mi parcours de l’exposition. Une animation instructive et divertissante.

Carambolages : un véritable cabinet de curiosités qui ne peut pas laisser indifférent. Un concept novateur, qui peut dérouter si l’on décroche pour cause d’incompréhension. Les créations de Boucher, Giacometti, Rembrandt, Man Ray, Annette Messager, Fontana, Spoerri, et d’autres œuvres plus ou moins anonymes dialoguent entre elles. Superbes et esthétiques pour certaines, provocatrices et même banales pour d’autres. Mais chacune attend que l’on s’intéresse à elle, et c’est là toute l’ambiguïté ! Pour une fois, des œuvres, de cultures et d’origines très différentes sont sur un même plan d’égalité. Le temps d’un divertissement, le temps d’un Carambolage !

Pétra Wauters


Carambolages
du 2 mars au 4 juillet 2016.
Grand Palais
3, avenue du Général Eisenhower

Métro: Champs-Élysées Clémenceau
Paris


WUKALI 03/03/2016
Courrier des lecteurs : redaction@wukali.com
Illustration de l’entête: Pétra Wauters


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