The author born in Algeria and living in Paris signs here a beautiful book nurtured with spirituality and beaming with human beauties


Karima Berger signe avec Mektouba

un livre d’une très grande profondeur. Née à Ténès en Algérie, Karima Berger vit à Paris, riche d’une double culture arabe et française, les romans et les essais qu’elle a publiés reflètent une sensibilité qui puise dans une spiritualité exigeante et pure.

Alger, le vieux Ben Amar, dans sa maison, la Mektouba c’est à dire la Destinée, celle qu’il a achetée, embellie, agrandie, reçoit une lettre de ses trois enfants. Pas un ne vit dans leur pays de naissance, Saoud, l’aînée, l’insatisfaite, vit en Bretagne, Louisa, qui travaille pour une institution humanitaire réside au Québec, le fils qui se croit toujours le responsable de la mort de sa mère s’est marié en Sologne, il a un fils qui n’a jamais rencontré son grand père. Ils lui demande quelles sont ses dernières volontés, ce qu’il a prévu, surtout en ce qui concerne la Mektouba quand il aura disparu. Ils sont inquiets car Louisa l’a mis en contact avec les enfants d’un orphelinat, il est devenu le grand père qu’il voulait être et qu’il n’est pas. La Mektouba il veut la donner à ces enfants, à ceux qui lui apportent les dernières joies de sa vie sans aucune arrière pensée, qui lui donnent un nouveau but, de nouvelles raisons de profiter de la vie. Ses trois enfants qu’il avait voulu éduquer dans la tradition et la modernité n’ont aucune des qualités, surtout morales qu’il souhaitait leur léguer. Lui l’intellectuel, le calligraphe, le connaisseur du Coran n’a su engendrer que des enfants matérialistes, préoccupés que par le quotidien sans savoir se placer dans la longue chaîne de l’humanité.

En réponse à cette lettre il écrit une sorte d’autobiographie, de mémoires, de résumé de sa philosophie de vie et surtout un long sanglot d’amour pour sa femme Dalila trop tôt disparue.

Un conseil de famille se réunit à la Toubabisa, Ben Amar arrive à faire exploser toutes les tensions entre ses enfants et leur démontre la fatuité de leur vie et son échec dans la transmission.

Karima Berger signe un magnifique roman qui nous plonge dans une société, symbolisée par son personnage principal, tiraillée entre la tradition et la modernité, entre le spirituel et le matérialisme. Une société ou les traditions, la culture pluricentenaire est encore présente : l’honneur de la famille n’est sauve que s’il y a un héritier mâle, les femmes ne sont pas marginalisées mais représentent un monde à part, clos, mystérieux pour les hommes qui n’arrivent pas à le comprendre, à l’appréhender dans toute sa complexité.

Et il y a la religion, le Coran, le quotidien rythmé par la prière. Un Islam simple et complexe tout à la fois, non une idéologie, mais une philosophie complexe poussant avant tout à la réflexion intérieure. Karima Berger à travers Ben Amar, parfois de façon drôle, critique la dérive extrémiste de sa religion (et de fait, dans une vision voltairienne, de toutes les religions, contrairement à ceux qui ne comprennent rien et qui voient en l’islam le bouc émissaire de leurs problèmes, les lumières existent aussi au niveau de cette religion) : « la haine de ces kamikazes rêvant de paradis, mais que serait un paradis qui réclamerait de chacun sa part de mort ? Ils disent Le paradis si je veux, quand je veux, et je le veux maintenant, je veux les divans, les brocarts, les fruits mûrs et les vierges toujours vierges. »

Mektouba est un livre d’une grande sensualité, avec des passages d’une très grande beauté, plein de tolérance, de soif en l’humanité qui est en tous les hommes, en toutes les femmes :

« Ne demandez jamais l’origine d’un homme,
Interrogez plutôt sa vie, son courage, ses qualités et vous serez qui il est
Si l’eau puisée dans une rivière est saine, agréable et douce,
c’est qu’elle vient d’une source pure.
 »

La littérature francophone a vraiment des beaux jours devant elle avec des écrivains de la valeur de Karima Berger.

Émile Cougut


Mektouba
Karima Berger

éditions Albin Michel.17€50


WUKALI 24/02/2016
Courrier des lecteurs : redaction@wukali.com


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