A singer with poetry and refinement


Alain Chamfort, on se languit toujours de lui, il se fait trop attendre. En 50 ans de carrière, il a passé des années à s’éclipser pour mieux revenir, mieux nous surprendre. A chaque fois, c’est « le grand retour ». Changer de son, changer de look, enchainer les styles, Alain Chamfort l’a fait 100 fois tout en restant le même : Classe ! Trouver un nouvel angle, brouiller les pistes, insaisissable Chamfort, unique et multiple à la fois, chanteur profond, et tout public. Chant(er) fort ? Pas vraiment sa spécialité. Sa voix de velours inimitable nous touche. Il joue avec. Trouver les mots justes sur une musique qui fait mouche. Chacun pèse son poids de charme et de délicatesse, car il a trouvé un grand auteur, Jacques Duvall. Après Gainsbourg, rien que ça ! Manureva, Bambou, Chasseur d’ivoire…On n’oublie pas Secrets glacés, Bons baisers d’ici et l’époque Philippe Bourgoin qui a apporté une note exotique à son répertoire. D’autres collaborateurs prestigieux, Bertrand Burgalat, Frédéric Lo, pour d’autres dépaysements.

Sur les mots de Jacques Duvall, un ton parfois mélancolique ou enjoué, des mélodies élégantes qui ensorcellent et hypnotisent parfois. Ca reste léger. Pourtant, il faut voir comme tout est travaillé, fouillé, approfondi. Deux poignards bleus, nous transpercent le cœur. On se fond dans la beauté des notes, la poésie des thèmes. Comment être aussi tendre et fort tout à la fois, aussi léger et profond ? L’homme est sincère, modeste, authentique, de toute évidence, et si plein de doutes, ce qui le rend touchant.
Et s’il semble gentil, secret, rêveur, ne vous y trompez pas. C’est le feu sous la glace. « La fièvre dans le sang »
.
Son dernier album, « Le meilleur de Chamfort » s’accompagne d’un remix étonnant de jeunes artistes de la scène électro qui se sont appropriés les tubes de ces dernières décennies. Redémarrer sur une base en l’amenant vers un univers différent, l’exercice de style n’était pas évident.

Son sourire, un rien mélancolique, et sa réserve ne nous font pas oublier qu’il est drôle aussi, plein d’humour et d’autodérision. Ne le croyez pas quand il vous dit «Je ne suis pas un chic type ! Puis-je vous offrir mon cœur de pierre ? »

Il n’est pas nostalgique, n’en veut pas à ceux qui l’ont égratigné « Souris, puisque c’est grave ! » Nous dit-il en chanson. Alain Chamfort regarde droit devant. Et c’est le temps qui court… et le temps donne souvent raison aux meilleurs !

Les beaux yeux de Laure par AlainChamfort——

Rencontre

Votre actualité est riche : des albums, une compilation, un remix, une tournée. Vous êtes un homme heureux ?

Je ne vais pas dire le contraire ! Ça ne serait pas respectueux. Quand il arrive des choses dans une vie et que l’on se retrouve un peu dans l’actualité, que les gens continuent à vous faire confiance, cela fait vraiment plaisir. Mais vous savez, ce sont des étapes à chaque fois, rien n’est jamais définitif, mais on continue de construire, petit à petit, comme un petit artisan. Les années passent et il faut toujours être dans l’action!

Dans un best-of, on oublie forcément quelques belles chansons.

Oui, c’est vrai. Un best-of c’est un travail qui est finalement complètement lié à la maison de disques. Je suis dans un label depuis quelques temps, c’est assez récent, et ils se sont aperçus que mes disques n’étaient plus distribués nulle part, qu’ils étaient indisponibles. Ils ont trouvé ça dommage et ont donc souhaité refaire une compilation. Je ne me suis pas fait prier. Bien sûr, il y a grandes chances pour que les fidèles aient déjà ces chansons dans la discothèque mais c’est bien de penser à ceux qui ne les avaient pas encore! Sous le label PIAS, le best-of réunit les plus connues.

50 ans de carrière ! Est ce que vous êtes un homme à regarder en arrière ?

Non. Il ne vaut mieux ne pas regarder en arrière. Cela ne sert pas grand-chose. Finalement, chaque chanson est un déjà un souvenir, même si elle continue à vivre, et pour cela, il suffit de l’écouter.

Chacune correspond à un moment particulier de ma vie, et je n’ai pas pour habitude, comme réflexe, et pas davantage comme plaisir, de regarder en arrière. Je l’ai fait pour le livre qui devrait sortir prochainement. J’ai dû revenir sur mon histoire, mais je n’en tire pas quelque chose de particulièrement jouissif. Ce qui paraît le plus important à mes yeux, c’est le moment que l’on est en train de vivre là, et puis éventuellement l’avenir, s’il existe!

Vous avez rassemblé des générations diverses autour de votre musique. Elle est intemporelle, dans l’air du temps.

C’est ce que l’on peut espérer de mieux quand on fait de la musique ! C’est bien que cette musique, à moment donné, s’inscrive dans le temps mais par ailleurs, il ne faut pas qu’elle soit spécifique à des années trop marquées. Ce qui est intéressant, c’est de continuer à correspondre à quelque chose encore aujourd’hui. C’est le cas pour certaines chansons, mais évidemment, pas pour toutes.

À une époque, dans les années 50/60, on parlait de chanson de standards. Une seule chanson pouvait faire l’objet de reprises par un nombre considérable d’interprètes. Je pense à My Way de Claude François. C’est plus rare aujourd’hui. Les chansons sont quand même davantage liées à leur interprète d’origine et elles font moins ce voyage dans le temps.

Parlez-nous de votre complicité entre Jacques Duvall. C’est un peu votre Etienne Roda Gil.

Oui tout à fait, et je me compare souvent à Julien Clerc d’ailleurs. On a eu une chance incroyable, l’un comme l’autre, d’avoir croisé dans notre parcours celui qui a mis les mots à notre musique et qui a su créer une identité aux interprètes que nous sommes. Certains ont la chance d’être auteur, comme Maxime Le Forestier, qui est auteur compositeur interprète et c’est formidable d’avoir le talent de pouvoir tout faire. Quand on est limité à un seul mode d’expression, même si c’est déjà pas si mal, il n’y a que la moitié du travail qui est fait! Et évidemment, ce n’est pas suffisant pour faire une chanson. On a donc cette obligation de rencontrer celui qui va vous correspondre et avec lequel on va faire un bout de chemin, créer un lieu qui est à vous, créer un propre langage, trouver quelque chose qui vous définit vous, et qui n’a pas encore été défendu par un autre artiste.

Gainsbourg avait créé un univers pour vous, et ce répertoire-là, il ne l’avait proposé à personne d’autre.

C’est vrai mais malgré tout à chaque fois son inspiration était très puisée dans sa vie personnelle.

Je chantais Bambou, Malaise en Malaisie, et même s’il n’a pas chanté ces textes lui-même, c’était une grande partie de sa vie que l’on retrouvait dans ses chansons alors que Jacques Duvall, qui n’est pas un personnage public, s’efface derrière l’interprétation. Avec Serge Gainsbourg, c’était plus compliqué. Il était quand même très présent.

Jacques Duvall vous connaît bien. Ses textes vous correspondent parfaitement.

Avec le temps on a appris à se connaître, appris à s’apprécier, à s’aimer, car on a une vraie relation d’amitié Cela nous amène à avoir bien sûr beaucoup de conversations sur tout et sur n’importe quoi et par là même, Jacques peut affiner les textes. C’est une vraie belle rencontre.


Une belle rencontre encore : Charlotte Rampling et cette chanson, « Où es-tu ? ». Quelle voix ! Parlez-nous de ce duo.

C’est la chanson qui a été déterminante. Le texte de Jacques Duvall est devenu un duo, il s’agissait ensuite de trouver la bonne personne qui remplisse le rôle. On se disait qu’une actrice serait plus justifiée car cela ne nécessitait pas de prouesse vocale. Il fallait une actrice avec qui je pourrais prétendre former un couple. Le texte pouvait prêter à confusion et donner l’impression que je m’adresse à une femme un peu soumise. On souhaitait trouver une actrice qui assume sa position et qui ait du caractère ! Charlotte Rampling remplit toutes ces qualités-là.

On le sait peu. Vous êtes vice président du conseil d’administration de la SACEM.

Je l’étais. Après un mandat de trois ans, on est inéligible pendant un an, on appelle cela une année « de sommeil ». J’ai donc arrêté en juin 2015 et l’année de sommeil termine en juin 2016. Je ne sais pas encore si je me représenterai. C’est une activité qui prend du temps mais qui est extrêmement intéressante parce qu’elle vous ouvre sur un tas de problématiques sur le métier que je fais et qu’il faut savoir traiter.

Je suis à la SACEM depuis de nombreuses années en tant qu’auteur et un jour, j’ai eu un message me disant qu’on souhaitait que je me présente au conseil d’administration. Il faut être élu et cela dépend bien sûr de l’ensemble des sociétaires. Mais une fois qu’on entre au Conseil, on a une vraie responsabilité de défendre le mieux possible et avec le plus de clarté possible les droit d’auteurs, des droits formidables, mais qui sont contestés régulièrement.

Récemment, vous avez signé avec la maison de disque PIAS. Cela change tout ?

En tout cas, cela change beaucoup de choses. Les contrats prévoient des budgets qui vous permettent d’enregistrer. La maison de disques prend à sa charge les frais d’enregistrements, de promotion, de marketing… Sans maison de disques, vous devez tout prendre à votre compte et vous êtes forcément plus fragile. Déjà, vous n’avez pas les mêmes moyens et vous n’êtes pas défendu de la même façon. Lorsque vous êtes indépendant, vous donnez l’impression d’être un petit peu hors système. Aujourd’hui, ou on est dans le système ou on est nulle part ! On ne peut pas imaginer être dans l’indépendance trop longtemps. Malheureusement c’est comme ça.

Vous avez été égratigné, (rupture de contrat avec votre maison de disques) mais vous semblez avoir cette faculté de rebondir. Un peu d’autodérision, une bonne dose d’humour, c’est un peu la recette ?

Ça s’est passé comme ça une fois, mais je ne sais pas si j’aurais beaucoup d’humour au bout d’une troisième fois, par exemple ! C’est vrai que quand c’est arrivé, c’était tellement inattendu que cela a créé des réactions de sympathie en chaîne à mon égard. Je sentais que je n’étais pas totalement perdu, abandonné, isolé.

Vous restez bienveillant de nature ?

Je pense que oui. Je suis plutôt bienveillant.

Et « Souris parce que c’est grave », quelles résonnances en ces temps actuels !

Oui c’est vrai. Cette chanson est toujours de circonstance mais pas toujours facile à appliquer.

Il y a 10 ans, « Les Beaux yeux de Laure » reçoit la victoire de la musique du meilleur clip ! Quelle revanche !

Oui, mais c’était difficile d’imaginer comment cela allait être considéré au départ. On ne le sait jamais du reste. Ca n’était pas prémédité. Je l’ai fait avec une bande de copains qui me témoignaient ainsi leur sympathie. Ils se sont réunis autour de moi pour faire ce clip qui a séduit au-delà de ce que l’on imaginait.

Vos clips sont très aboutis et quasi cinématographiques. Vous vous impliquez dans ce travail ?

J’essaye d’être impliqué, ce qui me paraît normal car ça me concerne directement. Je tiens à cette liberté dans mes choix artistiques. Déjà, j’ai toujours choisi les gens avec lesquels je travaille, je me suis toujours garanti de beaucoup de choses dans mes contrats pour assumer mes choix et ne pas aller reprocher quoi que ce soit à d’autres que moi.

Le pianiste Thierry Eliez vous accompagne depuis 3 ans. Un choix raffiné, exigeant, car vous êtes vous-même un excellente pianiste !

Thierry est bien meilleur que moi ! Ca n’est pas comparable

Nous sommes complémentaires. De mon côté, je fais quelque chose d’extrêmement basique sur mes chansons. Je reproduis ce que j’ai écrit. Thierry créée toute une atmosphère autour, sans pour autant être trop présent et prendre une place qui ne serait pas justifiée. Tout ça fait que c’est équilibré. Il s’agit de mettre les chansons en valeur, que le texte reprenne sa place et que la musique soit juste l’accompagnement sans être trop envahissante. C’est un équilibre à trouver, un équilibre qui permet aussi à la voix d’être très présente.

Le tout nous donne une relation de grande proximité avec les gens.

Pétra Wauters


Alain Chamfort sera le 25 mars à l’Olympia.

Autres dates de la tournée :

26-02-2016 – Aix en Provence (13) • Pasino

03-03-2016 – Seclin (59) • Salle Municipale

09-04-2016 – Montgeron (91) • Centre Culturel

21-04-2016 – St Amand les eaux (59) • Pasino

26-04-2016 – Arcachon (33) • L’Olympia

28-04-2016 – Vaison la Romaine – Festival Brassens

27-05-2016 – Sausheim (68) • L’Eden

03-06-2016 – Drancy (93) • Espace Culturel du Parc


WUKALI 24/02/2016
Courrier des lecteurs : redaction@wukali.com

Illustration de l’entête: photo Boris-Camaca

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