A very documented and talented biography of Josephine, Napoleon’s wife


La très fine biographie de Pierre Branda nous présente une vision renouvelée sur Joséphine, enfin plus exactement sur Marie-Joseph-Rose de Tascher de la Pagerie, épouse Beauharnais puis veuve Beauharnais avant de devenir Madame Lapagerie Bonaparte ou Lapagerie Buonaparte. Quant à Joséphine, ce ne fut jamais son prénom, mais un surnom que lui donna son second époux. J’ai écrit « enfin », car il y a tant de mythes, d’erreurs, de méchancetés, de contre-vérités qui ont été écrits contre l’impératrice que la biographie de Pierre Branda fait œuvre d’utilité publique. Sûrement que les puristes ne seront pas tous d’accord avec certaines analyses, certaines conclusions de l’historien, il n’en demeure pas moins que sa démarche est la plus objective que l’on peut demander à un biographe analysant une personnalité importante de notre histoire commune : il aborde son personnage sans aprioris (visibles) et arrive à être le plus neutre possible face à cette personnalité quelque peu très complexe.

Elle est née à la Martinique dans une famille de planteurs. A cause du décès de sa sœur, c’est elle qui se marie avec Alexandre de Beauharnais. C’est loin d’être un mariage d’amour, mais un arrangement entre deux familles, comme c’était l’habitude à cette époque. Ce ne fut pas, loin de là, une réussite. Le vicomte était souvent absent, volage ne supportant pas le caractère possessif, la jalousie, la tyrannie de son épouse. Deux enfants naîtront toutefois de cette union Eugène et Hortense. Accusée, à tort d’infidélité, elle doit se battre, attaquer son mari devant la justice royale pour obtenir une séparation de corps. Si elle est vicomtesse, elle ne fait pas partie de la haute noblesse, elle ne fut jamais présentée à Versailles, mais elle a la culture de son ordre qu’elle ne perdra, de fait, jamais.

Arrive la Révolution. Alexandre fait partie de ceux de son ordre qui l’accueille avec passion, mais son échec devant Mayence, son appartenance à la noblesse en font un suspect et il est arrêté. Joséphine quant à elle s’adapte parfaitement aux changements politiques. Grâce, en outre à son appartenance à la franc-maçonnerie, elle fréquente tous les hommes importants de l’époque, de Lameth à Robespierre. Elle crée des liens divers ce qui ne l’empêche pas de rejoindre son mari à la prison des Carmes. Lui est condamné à mort, elle en réchappe grâce à Thermidor.

Quand elle recouvre sa liberté, elle se bat pour essayer de récupérer une partie de ses biens. Prise dans de grandes difficultés financières, elle n’hésite pas à spéculer avec les assignats. Contrairement à ceux que dirent ses détracteurs, elle ne fut pas la maîtresse de riches parvenus, mais son aisance provenait de fonds que sa mère arriva à lui faire parvenir de la Martinique malgré les Anglais. Elle fréquente les milieux « qui comptent » avec son amie Madame Tallien. Très vite elle devint une des égéries du Directoire. Pierre Branda, s’il admet qu’elle eut une courte liaison avec le général Hoche (après leurs libérations et non dans la prison des Carmes), réfute celle qu’on lui a prêtée avec Barras. Soit, elle fut très proche du directeur, mais le fiel que ce dernier à répandu dans ses mémoires était une vengeance pour ternir la mémoire de celle qui l’avait sacrifié à l’ambition de son mari. Son second mari, le jeune général Bonaparte qui l’épouse la veille de son départ en Italie. On connaît la passion de ce dernier pour son épouse qui, elle aussi, à sa façon l’aimait. Mais les séquelles de son premier mariage la firent quelque peu méfiante vis-à-vis des hommes. Pour Pierre Branda se mariage rapide et assez inattendu est sûrement dû à la grossesse de celle que Napoléon a surnommé Joséphine. Grossesse interrompue par une fausse couche suivit sûrement par une salpingite mal soignée qui va la rendre stérile. Là encore Pierre Branda réfute une liaison avec le bel Hyppolite Charles quand elle rejoint son époux en Italie.

Le mariage la fait entrer dans le clan Bonaparte. Les sœurs et les frères de Napoléon la détestent, ils feront tout jusqu’au divorce pour la dénigrer aux yeux de leur frère. Et plus d’une fois ils faillirent réussir. Cette haine est la cause de la disgrâce de Lucien. Car Napoléon, même s’il ne ressentait plus la même passion qu’au début de leur mariage n’éprouva toujours beaucoup d’amour et d’affection pour Joséphine. Il suffit de relire les Mémoires d’Outre-Tombe pour s’en rendre compte.

C’est Joseph qui réussit à prévenir Napoléon, alors en Egypte de la liaison (réelle cette fois) avec Hyppolite Charles et des spéculations qu’elle faisait sur les fournitures pour l’armée d’Italie. La leçon fut rude pour Joséphine, la séparation fut proche, mais Napoléon, peu rancunier, lui pardonna. Joséphine l’indépendante compris que pour le garder, il fallait se faire désirer, ne jamais rien lui demander et le soutenir. Ce qu’elle fit sans hésitations le 18 brumaire, sacrifiant sans scrupules tous ses anciens amis.

Le reste, on le connait, le consulat, le sacre (avec les « couleuvres » que durent avaler la famille Bonaparte), l’Empire, le divorce, l’exil et puis les relations de respects et d’admiration qu’elle eut avec le tsar Alexandre I (amoureux d’Hortense) qui défend auprès de Louis XVIII les intérêt de la famille Beauharnais. C’est après une promenade avec Alexandre qu’elle prend froid et meurt juste avant d’avoir 51ans.

Pierre Branda nous décrit un personnage contrasté. Une battante, une « lionne » qui dut défendre ses intérêts et ceux de ses enfants tout au long de sa vie. Non une intrigante, non une manipulatrice, mais une personne sachant tisser des liens dans tous les milieux, se faisant un réseau d’affidés de personnes lui étant redevables. Une femme généreuse aussi, à l’écoute des miséreux et essayant de les aider avec ses moyens. Des moyens elle en a eus, surtout au moment de l’Empire, mais Joséphine était dépensière, très dépensière, plusieurs fois Napoléon dut lui éviter la faillite. Mais il est une partie de la personnalité de l’impératrice qui est moins connu : son amour pour la peinture, pour les grands vins (c’est elle qui lance la mode des bordeaux au détriment des bourgognes) et surtout pour la botanique. La Malmaison est transformée en jardin botanique d’une rare richesse. Peu savent que c’est Joséphine qui a introduit le mimosa en France !

Soit, Joséphine a su défendre ses intérêts, a vite compris la personnalité de son second mari qui ne savait résister à ses larmes et ses évanouissements, parfois surjoués. Mais elle fut obligée très vite de passer « au second plan », elle qui aimait non seulement briller mais aussi diriger. Aussi dans sa correspondance, un terme revient très souvent : ennui. C’était une femme seule, entourée, mais seule qui s’ennuya beaucoup dans les fêtes du Premier Empire.

La biographie de Pierre Branda nous montre, enfin, la personnalité réelle de Joséphine sans le filtre déformant de la vision que ses autres biographes eurent de Napoléon.

Félix Delmas


Joséphine
Pierre Branda

éditions Perrin. 24€50


WUKALI 17/02/2016
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