Doesn’t he look like the perfect French lover?


Nous avons rencontré Guillaume de Tonquédec à l’occasion de la tournée de la pièce de théâtre « Un diner d’Adieu », mise en scène de Bernard Murat.

Son côté poli, aimable, ne l’a pas empêché de jouer des rôles ambigus, des personnages complexes. Se voir confier le rôle d’un gentil, pourquoi pas, il a le physique de l’emploi, cependant il ne rechigne pas d’incarner enfin un « méchant » car il n’y a, dit-il, « pas de profil type pour ça » ! Beau sourire, yeux rieurs, simplicité du contact. Il se dégage une belle humanité de ce comédien ainsi qu’une grande douceur. Quand d’autres à sa place prendraient la grosse tête, lui ne change pas. Il reçoit le César du Meilleur second rôle masculin lors de la 38ème Cérémonie des César en 2013, pour le film « Le Prénom« . Il a pu démontrer tout son talent dans ce rôle débridé. « J’ai su saisir ma chance » dit-il, avec modestie.

Guillaume rayonne sur les écrans ou sur scène. A la télévision, on attend Monsieur Lepic, dans « Fais pas ci, fais pas ça. » Avec la pièce « Le prénom », Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière avaient réussi un coup de maître. « Un dîner d’adieu » est leur seconde pièce.

Après Paris et le théâtre Edouard VII, la tournée passait par Aix-en-Provence du mercredi 2 au samedi 6 février. Un « diner d’adieu » une pièce bavarde, (peut-être un peu trop) avec de bons ingrédients, quelques répliques qui font mouche, de bons acteurs, qui surjouent parfois mais offrent quelques moments savoureux. Elle peut nous faire penser au « Dîner de cons », l’idée est également très originale et l’écriture soignée.


Rencontre

Vous avez suivi le cours Florent et fait le Conservatoire national d’art dramatique, et lors de la cérémonie des Césars, vous avez cité Louis Jouvet qui recommandait de ne jamais ignorer la loi essentielle de la chance…

C’est vrai, mais c’est d’ailleurs pour cela que j’ai donné cette définition-là de la chance. C’est une chance qu’il faut susciter, elle ne va pas vous tomber toute cuite dans le bec. Dans un petit bouquin « Réflexion du comédien », Louis Jouvet parle de tous les auteurs qu’il a joué et il évoque notamment Henry Becque, qui, toute sa vie, n’a jamais eu de chance. Il n’a eu que des ennuis, même le jour de son enterrement, son cercueil est tombé par terre. Jouvet disait, Becque n’a jamais eu de chance par ce qu’il a ignoré la loi essentielle de la chance, qui veut qu’on lui fasse confiance, qu’on lui sourit et qu’on l’espère… J’ai aussi en tête cette belle phrase de Pasteur : La chance sourit aux esprits préparés ! C’est ce que je voulais dire à la cérémonie des Césars, c’est une chance activée et active.

Après « Le Prénom » on vous retrouve dans « Un Dîner d’adieu », des mêmes auteurs. Une pièce caustique…

C’est ce que j’aime bien chez ses auteurs-là, Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière. Sous une apparence de pièce de boulevard, on est dans un registre beaucoup plus profond qu’il n’y paraît. Ils parlent de l’amitié de façon sérieuse. Le projet du Dîner d’adieu peut paraître atroce, car il s’agit quand même de se débarrasser d’amis qui n’en sont plus et de recevoir ces gens là pour la dernière fois. Même si on les reçoit très bien, avec le vin de leur année de naissance, on va étudier les thèmes à aborder, on va leur organiser une super soirée mais après, on ne les reverra jamais plus. C’est ça qui est drôle. On a d’ailleurs tous une liste de gens dont on aimerait bien se débarrasser mais socialement, on ne peut pas le faire. L’idée est donc très séduisante mais c’est cruel !

Vous aimez ces rôles un peu ambigus, on rit mais … ca peut faire mal !

La vraie comédie, c’est celle qui parle de choses justes qui nous touchent et c’est souvent dramatique. Dans le prénom, on prend le personnage pour tout à fait autre chose que ce qu’il est vraiment. On le soupçonne assez méchamment d’être homosexuel, puis on s’aperçoit qu’il ne l’est peut-être pas, qu’il a peut-être été avec la femme qui attend le bébé, puis on peut encore penser qu’il sort avec le personnage de sa meilleure amie, dont il était secrètement amoureux. Mais pour finir, il avoue qu’il était avec la mère, ce que personne ne peut entendre. Ce personnage était très attachant et très touchant. Il est obligé de se taire. Il a un secret tellement lourd à porter…

Un César du meilleur second rôle, est-ce que cela aide pour la suite d’une carrière ?

Incontestablement. C’est quelque chose de très émouvant pour moi et de très joyeux aussi. Ca m’a aidé car en ce qui me concerne, surtout pour moi qui viens du théâtre. C’est la cerise sur le gâteau comme je l’avais dit. D’avoir un César m’ouvre davantage de portes au cinéma. Pour mon plus grand plaisir.

La distribution du« Dîner d’adieu » a changé. Cela fait-il une grande différence pour vous ? Lionel Abelanski et Lysiane Meis succèdent à Eric Elmosino et Audrey Fleurot.

Oui, cela fait une grande différence, parce que l’on n’a pas à faire à la même nature de comédiens. Mais c’est toujours passionnant. On s’est attaché avec Bernard Murat à ce que les remplaçants soient du même niveau. Il a fallu créer un duo de personnages qui fonctionne. J’ai proposé Lionel Abelanski, déjà parce que l’on se connaît bien et bien sûr, parce que c’est un excellent acteur. Lysiane Meis est également une très bonne comédienne, elle est super et tous les deux ont, tout à la fois, le sens de la comédie et celui du drame. Car il s’agit bien d’un drame. Pour les trois personnes, il y a de vrais moments dramatiques. Il faut les jouer sérieusement et surtout, ne pas tomber dans la caricature. Les changements de distributions ont donné un nouvel écho au texte, cela tient à la nature des comédiens qui le jouent, et c’est aussi ce qui est passionnant.

Retrouver la même équipe de l’aventure du « Prénom », cela aide aussi à se sentir en confiance.

Oui, l’aventure du Prénom était tellement extraordinaire pour nous tous, comédiens, metteur en scène, auteurs ! L’aventure humaine a été tellement forte aussi que nous sommes tous marqués au fer rouge. Cela restera un souvenir important. Quand on se retrouve, il y a se passe quelque chose.

Je dois avouer, que, lorsqu’ils m’ont proposé cette nouvelle pièce, je n’avais qu’une peur, c’est qu’elle me déplaise ! Etre obligé de dire non à des gens que j’aime beaucoup ! Fort heureusement elle m’a tout de suite plu et j’étais très heureux de repartir avec eux et de défendre à nouveau leur écriture.

Le téléspectateur aime monsieur Renaud Lepic. Vous êtes surtout un homme de théâtre et de plus en plus acteur de cinéma. Entre les trois, votre cœur balance de quel côté ?

Du côté des belles histoires. Je vais là où les histoires me plaisent. Je veux avoir du plaisir à raconter une histoire aux gens en jouant un personnage. La série « Fais pas ci, Fais pas ça » est bonne déjà parce qu’elle est bien écrite. Anne Giafferi, son auteur, est excellente. Elle a écrit les deux premières saisons et laissé le cahier des charges aux auteurs qui ont suivi. C’est très difficile de restituer la vie sans que cela se voit et de faire rire en plus. Anne a ce génie-là. Ce qu’elle a fait est unique. Cela paraît facile, mais ça ne l’est pas. Je rends aussi hommage à Pascal Chaumeil (décédé en aout 2015) qui avait rassemblé tous les comédiens, réalisé quelques mises en scène de la série, et qui, en quelque sorte, en était un peu le papa. Les gens ont adopté les personnages, ils font partie de leur famille. Ils sont très touchants et on peut s’identifier à eux.

Cette série est également nominée aux «International Emmy Awards 2015» .

Oui, on était nommé comme meilleure série à l’international avec trois autres séries. Malheureusement on ne l’a pas eu, mais c’était déjà formidable d’être nommés. On l’aura l’année prochaine !!

Qu’est-ce qui plait tant au public dans cette série ?

Il y a quelque chose d’universel parce qu’on y parle de la famille. On est tous au moins « enfant », peut être pas parent, mais surement enfant et on voit bien l’empreinte et l’importance de la famille dans nos vies. On essaie d’en créer une, ou de se débarrasser de la sienne ! On se positionne toujours au départ, et même tout au long de sa vie, par rapport à sa famille, par rapport à ses parents. C’est un sujet qui est de plus bien traité, qui est juste, c’est pour cela que cela plait.

Y’a t il un peu de Lepic en vous ? Cette volonté de faire pour le mieux pour ses proches…
De ce côté là, oui, c’est vrai. Aider ma famille, ma femme, mes enfants, essayer de faire au mieux – sachant qu’on fera toujours mal ! C’est un combat sans fin ! Où sont les choses importantes de la vie ? N’est-ce pas justement pas ma famille qui est la plus importante ? C’est la chose qui restera : la transmission.

Quel rôle ne vous a t-on pas encore proposé ? Un vrai méchant ?

Et bien justement oui, des méchants ! C’est un délit pour un auteur de tomber sur un acteur qui a l’air gentil. Monsieur Dupont de Ligonnès a l’air gentil sur les photos. J’aimerais bien jouer ce rôle-là par exemple, un personnage qui a l’air sympathique. Regardez les grands escrocs, ils ont souvent des bonnes têtes, donc, pourquoi y aurait il une tête prédestinées pour un escroc ? J’aimerais bien jouer par exemple un financier, qui ne ferait pas que du bien, qui n’a pas que de bonnes intentions, ou encore pourquoi pas un meurtrier, une personne beaucoup plus trouble.

Vous avez joué récemment dans« Belle famille » de Rappeneau : un beau casting !

J’ai adoré travailler avec Jean Paul Rappeneau, qui est pour moi un des plus grands auteurs de comédies françaises. C’est un génie du rythme. Comme un musicien, il a un métronome intérieur incroyable. Il faut se mettre à sa disposition, servir son propos, son rythme, ses personnages. C’est un travail passionnant. J’ai eu la chance de travailler avec Nicole Garcia i qui jouait ma maman et on s’est beaucoup amusé. Tous les rapports dans cette histoire sont troubles, compliqués, toutefois cela a été très amusant à faire.

Le personnage que je joue n’est pas brillant ! Sa mère apprend qu’il a fait une chose assez dégueulasse. Il a caché une lettre importante, faisant partie des papiers du papa pour que la belle famille, qu’il n’aime pas, n’hérite pas ! Par ailleurs, il a tout fait pour sa mère, qu’il a voulu aider pour la protéger. C’est un acte qu’elle risque de ne pas lui pardonner. C’est assez noir.

Quels sont vos projets ?

La 9 ème saison de « Fais pas si fais pas ca »… On me propose du théâtre et du cinéma, mais je n’ai pas encore choisi. Puisque nous parlions de personnage trouble, j’ai tourné l’année dernière un film qui est un peu passé inaperçu. Il s’agit de Nuit d’été de Mario Fanfani, avec Jeanne Balibar. J’y joue le rôle d’un homme qui se transforme en femme à l’insu de la sienne. C’était un beau film.

Selon vous, pourquoi n’a t-il pas eu la reconnaissance du public ?

Il est sorti malheureusement dans une période difficile l’année dernière, à l’époque des attentats. Je pense aussi que le thème a pu dérouter le public. C’est difficile de trouver l’explication. Mais j’en parle volontiers dans la presse, il s’agit d’un bon film.

Pétra Wauters


WUKALI 10/02/2016
Courrier des lecteurs : redaction@wukali.com


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