A philosophy of serendipity aimed towards a crystalline revelation in the far and mysterious Mongolia


Encore, direz-vous, un livre initiatique, une personne à la recherche de réponses à ses questions et qui quand elle les trouve est devenue, de par les épreuves qu’elle a subies, une autre personne ; un passage de l’adolescence à l’âge adulte. Le thème est très très souvent employé en littérature, c’est un fait. Mais ce qui fait la qualité d’un livre, c’est non l’originalité du thème (la Bible à elle seule contient tous les thèmes imaginables, depuis ce n’est qu’une longue variation sur eux) mais la façon dont il est abordé, sans compter, bien sûr l’originalité du style comme le disait Céline.

Hubert François aborde ce thème de façon très originale et nous livre une histoire d’une grande beauté. Elisa Legrand est une jeune fille de vingt ans, étudiante en seconde année de médecine. Son père vient de mourir d’un cancer, et pour tenir la promesse à ce dernier, elle part en Mongolie pour retrouver sa mère qui les a quittés en 2003 et dont elle est sans nouvelle. Sa mère, Dulmaa, d’origine mongole qui a eu tant de mal à s’intégrer dans la société française dont la culture est si différente de la sienne. Son père, lui, a essayé de la comprendre, de la vivre, mais il fut toujours un occidental, bien trop rationnel pour pouvoir vivre suivant les codes des peuples nomades.

Arrivée chez sa grand-mère, elle apprend que sa mère s’est retirée dans un monastère aux confins de la steppe pour une retraite de trois ans, trois mois et trois jours. Accompagnée de sa tante, au début du voyage, Elisa décide de s’y rendre. S’ensuit un périple dans l’immensité de ce pays, avec ses coutumes, ses codes, son sens aigu de l’hospitalité, mais aussi sa violence, sa pauvreté, son immobilisme et surtout sa façon de penser totalement opposée au matérialisme occidental. Les esprits des ancêtres sont toujours présents à côté de nous, la philosophie bouddhiste est un mode de vie et n’est pas qu’un folklore local vendu aux touristes.

Guidée par son grand-père Ovoo, protégée par un chien (lapin) chasseur de loups, Elisa finit par atteindre son but. Si elle est toujours Elisa, elle est surtout devenue Enkhtushin son prénom mongol, elle a eu, sans le savoir, la Révélation. Si elle ne peut voir physiquement sa mère, celle-ci, à la mongole, lui communique la réponse à sa quête.

Hubert François nous entrouvre un monde, un univers totalement différent du nôtre. Le non-dit est bien plus important que le dit. L’anticipation, la rationalité ne sont pas de mise. Toutes les questions que nous nous posons ne sont pas davantage de mise, car elles ne peuvent avoir une réponse conforme avec la Vérité. Vérité que nous avons en nous et que nous devons découvrir. A chaque question répond soit le silence, soit une nouvelle question, et c’est cette nouvelle question qui nous fait progresser. On n’est pas très loin du fameux « connais toi toi-même » si cher à la maïeutique.

Pour autant, le monde dans lequel vivent les Mongols est loin d’être parfait, loin des images d’Epinal véhiculées par des occidentaux en mal d’aventures : « Voilà le monde tel qu’il est : de grandes espérances, gâchées par tous. »

Au-delà de cette révélation à soi-même, Dulmaa est aussi, si ce n’est surtout, un livre sur la sérendipité (pour ceux qui ne connaissent pas le concept, je ne peux que les inciter à lire sur Wukali la chronique sur Le conte des trois fils du roi de Sérendip). Elisa part en Mongolie pour poser une question à sa mère. Elle veut une réponse en quelque sorte qui corresponde à sa culture occidentale. Cette réponse, elle ne l’a pas, enfin pas comme elle pensait l’avoir, elle ne correspond en rien à ce qu’elle avait pu imaginer. Ce faisant, elle prend conscience qu’elle est aussi Enkhtushin avec toute la culture (pas toujours positive) qu’elle contient. Elle cherche sa mère, l’amour de sa mère et trouve… je ne le dirai pas, il vous faut lire Dulmaa pour le savoir au dernier paragraphe. Tout au plus sachez qu’elle a la réponse de sa mère, mais sous une forme inattendue, une réponse d’amour qui ne peut que la faire grandir.

Emile Cougut


Dulmaa
Hubert François
Éditions Thierry Marchaisse. 19€


WUKALI 29/01/2016
Courrier des lecteurs : redaction@wukali.com


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