China new Eldorado for opera productions


C’est un nouvel opéra qui voit le jour en Chine et qui vient d ‘être inauguré à Harbin, la capitale du Nord. Pour tous ceux qui sont férus d’histoire, le nom de cette grande ville de près de 12 millions d ‘habitants (et oui, on est en Chine !) est lié à la guerre russo-japonaise, puis à la présence de sinistre mémoire de l’unité 731 pendant l’occupation nippone, ou de nos jours, et plus prosaïquement et poétiquement aussi, au Festival de la neige et de la glace. C’est aussi, qui en eût douté, une grande ville industrielle.

L’ouverture de ce nouvel opéra dans cette cité manchoue est au delà de son actualité, révélatrice de l’évolution chinoise. Les équipements culturels, auditoriums ou opéras poussent en effet en Chine comme les mousserons dans les prés l’été après une pluie nourricière.

Bien au-delà de sa fonction lyrique, artistique ou récréative, la construction d’un opéra constitue bel et bien le marqueur de la capacité de puissance et d’influence d’un état ou d’une ville. Au dix-neuvième siècle par exemple, la construction de l’opéra de Paris par Garnier était représentative de la puissance du Second Empire comme celui de Manaus peu de temps après au Brésil, de l’accumulation de richesses dans ce nouvel eldorado amazonien . Plus récemment encore avons nous vu à Astana, capitale du Kazakhstan au coeur de l’Asie centrale, l’inauguration d’un opéra.

En peu d’années ainsi la Chine s’est dotée, aussi bien sur sa frange côtière et industrielle que dans ses terres les plus continentales, d’une parure de salles de concerts ou d’opéras de très grande qualité. L’art, ce n ‘est pas la cerise sur le gâteau . C’est fondamentalement l’énergie motrice de toute une société, l’électron sensible, sa capacité d’entropie ou pour le dire plus simplement : sa dynamique et sa force d’adhésion, l’exemplarité émotionnelle de sa vitalité. L’art en d’autres termes se constitue tout à la fois comme le révélateur d’un consensus intellectuel, économique, culturel, politique et social.

Cela est notamment visible en Chine avec l’émergence d’une classe moyenne avoisinant selon les meilleures estimations 240 millions d’habitants sur une population totale de près de 1milliard 400 millions habitants ! Les chiffres peuvent laisser pantois, cependant ils sont… !

La renaissance de la Chine après la sinistre période de Mao Tse Tung et de la Révolution culturelle et le tournant moderne et réformateur pris par Deng Xiaoping (邓小平) puis de ses successeurs dont aujourd’hui M. Xi Jinping (习近平) et qui ont permis pour le moins l’ouverture au monde ( c’est même un euphémisme !-) a notamment conduit une jeunesse chinoise étudiante à rivaliser, et de quelle manière, sur les scènes occidentales et tout particulièrement dans les grands concours internationaux de musique où ils s’inscrivent le plus souvent dans les trois premières places. Quels ne sont pas les parents chinois qui ne voudraient faire de leurs enfants un nouveau Lang Lang !

L’architecture est bien là l’art royal et porte la fonction symbolique de la puissance et du rayonnement. Quel pays, quelle grande capitale ne veut point briller au firmament des records, de la beauté et du succès. Notons que dans ce domaine la France, et oui et n’en déplaise aux déclinistes, tient une place plutôt admirée !


L’opéra de Harbin a été conçu par Ma Yansong et le cabinet d’architecture chinois MAD, il est construit face à la ville moderne et ses gratte-ciel, au milieu des terres humides et épouse les formes curvilinéaires des paysages avoisinants. Pour Ma Yansong, il s’agit d’intégrer ce bâtiment moderne dans le respect de la nature environnante. Un pont enjambant un bras de rivière permet la transition, le passage, vers l’édifice qui s’offre au visiteur.

Il est recouvert d’un habit d’aluminium évoquant le climat extrêmement froid de la région ( il peut faire l’hiver jusqu’à -20°!). On peut accéder à la terrasse qui culmine à 56 m par une couloir qui serpente et ceint l’édifice et n’est pas sans rappeler de hauts murs de neige. La lumière pénètre à l’intérieur du bâtiment à travers des ouvertures de verre de forme pyramidale. Le vaste foyer intérieur est d’un décor très dépouillé et sobre. Les escaliers conduisant au grand théâtre sont lambrissés de bois de frêne apportant ainsi une note plus intime et chaude.

Enfin deux salles de spectacles dont la plus grande ressemble à une ossature éviscérée de forme impressionnante, d’une acoustique remarquable, et pareillement lambrissée d’une essence particulière d’un frêne local de couleur douce. Cette belle salle d’opéra offre une capacité d’accueil de 1.600 spectateurs.

Pierre-Alain Lévy et Bian Jingzhao 边景昭 correspondant de Wukali en Chine


WUKALI 31/12/2015
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