Why the Front National is gaining new voters

Enfin un livre sérieux sur le vote pour le Front National. L’auteur a toute la légitimité pour mener cette étude. Hervé le Bras est démographe, mathématicien et historien, il mène ici une vraie étude scientifique sur le vote pour le FN depuis sa percée depuis les élections européennes de 1984 aux élections départementales de 2015. Les résultats des régionales de la même année ne démentent en rien l’analyse et les conclusions de l’auteur. A partir de cartes précises il suit la progression de ce vote, ses transformations, ses évolutions. Il procède à une véritable démythification de ce vote, tordant le cou à tous les aprioris véhiculés par les discussions du « café du commerce » relayés à longueur de journée par des médias en recherche de simplification.

Hervé le Bras démontre que le vote traditionnaliste voire passéiste avant 1984 (Poujade, Tixier-Vignancourt en 1965, Royer en 1974, De Villiers, Chasse pêche, nature et traditions ), ne correspond que très peu à celui du FN.

Le rapport tant développé entre vote FN et immigration et délinquance est plus que faux. Il suffit de mettre en vis-à-vis des cartes retraçant ce vote et celles des lieux criminogènes pour montrer qu’il n’y a aucune concordance. Il en est de même en ce qui concerne les lieux où résident les immigrés. Contrairement aux idées reçues, la présence d’immigrés comme voisins tendent à démontrer que ceux-ci ont les mêmes problèmes (logement, éducation, chômage, revenus, etc.) que tout un chacun, qu’il n’y a guère de différences entre les citoyens.

Hervé le Bras montre un vrai glissement de ce vote vers une stabilisation. Qui se souvient que les meilleurs résultats du FN en 1984 sont à rechercher dans le XVIe arrondissement de Paris ? Progressivement on assiste à un recul de ce vote du centre des grandes villes vers leurs périphéries et, ce phénomène est de plus en plus perceptible dans la région parisienne : le vote du FN recule de la grande à la petite couronne, et c’est sur les « marges » de l’Ile de France que l’implantation du FN s’avère être la plus importante (Oise, Aisne, Marne, Indre et Loire, etc.).

Alors d’où viennent les électeurs du Front National ? Hervé le Bras combine cinq facteurs d’angoisse touchant les populations résidant dans les territoires dont la situation économique est dégradée :

-La proportion des jeunes de 15 à 24 ans au chômage qui varie du simple au double suivant les départements (de 30,8% dans les Pyrénées Orientales contre 15,8% en Mayenne) ;
-La proportion de jeunes de 15 à 24 ans sans diplôme (8% à Nantes, 23,4% à Perpignan) ;
-La proportion de familles monoparentales ;
-La répartition des revenus, bien plus important dans les villes centres que dans leur lointaines périphéries ;
-L’écart entre les plus hauts revenus et les plus faibles.

A cela s’ajoute, non la fin de « l’ascenseur social », mais plus exactement la peur de la déchéance. Le chômage fait craindre de « perdre » son statut social à cause d’une baisse des revenus : on ne rêve plus de s’élever socialement, on craint de déchoir. Plus le taux de chômage est fort sur un territoire, plus cette crainte est forte.

Dans son dernier chapitre, Hervé le Bras développe l’idée que le vote FN est une sorte de pari. Les électeurs savent très bien que ce parti n’a aucun programme constructif, mais qu’avec un peu de chance, son accession au pouvoir arrangera le quotidien, en quelque sorte apportera le « Gros lot ». A l’inverse les partis traditionnels qui n’ont a présenté que des offres « raisonnables » ne peuvent faire rêver.

Pour finir je ne puis que citer Hervé le Bras : « Le vote FN est une fabrication. En ce sens qu’il y a une matière, l’électorat, et un artisan, les dirigeants du parti. La matière est travaillée par une double angoisse, celle du rétrécissement de la patrie, et celle du blocage de l’ascension sociale. L’artisan pétrit ces deux angoisses en peur de l’immigration puis en frustration de l’abandon du peuple per l’Etat et les élites. Il ne propose aucun programme cohérent et réaliste. Il donne seulement une forme simple voire simpliste à ce malaise.  »

Les éditions Autrement restent fidèles à leur engagement intellectuel, publier des études « savantes » permettant aux lecteurs de disposer d’éléments de compréhension leur permettant de mieux comprendre et analyser le monde qui nous entoure. Et comprendre c’est pouvoir combattre. Encore un livre que nos pseudos journalistes devraient lire pour ne pas faire étalage de leur inculture régulièrement.

Pierre de Restigné


Le Pari du FN
Hervé le Bras

Éditions Autrement. 17€50


WUKALI 29/12/2015
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