Trends of the global Fine Arts market


Depuis quelques années, le marché de l’art, toutes spécialités confondues, semble aller de record en record…Rien ne paraît pouvoir arrêter cette spirale inflationniste. Quelles en sont les raisons profondes ?

-Il n’y a jamais eu autant d’argent disponible dans le monde : le nombre de millionnaires a explosé, en lien avec les bourses du monde entier, toutes boostées par l’explosion de la bulle Internet d’abord, mais aussi par l’émergence de grandes fortunes dans tous les pays de la planète, inclus les pays en voie de développement. Posséder des chefs d’œuvre de l’art étant une reconnaissance sociale de sa réussite personnelle.

-La vulgarisation de la connaissance artistique, par l’intermédiaire du livre, d’Internet et du tapage médiatique des grandes maisons de ventes aux enchères (Sothebys, Christies, Bonhams), comme des commissaires-priseurs français, a permis de toucher beaucoup plus de gens qu’autrefois. La petite église de province, perdue au fin fond de la campagne, est devenue une gigantesque cathédrale à ciel ouvert où règnent les marchands du Temple.

-L’insécurité financière qui régente le monde actuel a provoqué un regain d’intérêt pour l’investissement dans l’art, d’autant plus que celui-ci n’est pas soumis à l’ISF en France, et que la création d’une fondation, ou d’un musée, permet de considérables réductions d’impôts dans la plupart des pays occidentaux (USA notamment)

-Le nombre d’experts a suivi cette montée irrésistible. Certains d’entre-eux sont compétents, d’autres moins, mais ce qui compte vraiment, dans ce milieu-là, c’est de savoir se vendre : certains noms de spécialistes ayant parlé en faveur ou en défaveur de tel tableau ou de tel objet mettent fin à toute discussion sur l’authenticité de ce dont on cause…

-L’engouement pour l’art contemporain : il s’explique par le fait que les créateurs sont toujours vivants, donc que le nombre de faux est limité ; aussi par la publicité, les expositions et les foires à lui consacrées, bien supérieures en nombre aux arts anciens.

-La croissance exponentielle de nouvelles spécialités inconnues voici trente ans : la photographie, la bande dessinée, le cinéma…

-Dernier élément de réponse, mais pas le moindre : beaucoup de gens riches possédant un minimum culturel font leur « marché de l’art » sur Internet en notant tout ce qui les intéresse sur des sites spécialisés (Drouot, Inter-enchères, Auction, Invaluable…). Ils n’ont plus alors qu’à enchérir sur Internet ou par téléphone. Comme ils ont acquis le bagage intellectuel pour reconnaître une œuvre de qualité, à force de voir et revoir ce que proposent les sites, ils ne ratent rien et n’ont plus d’amateur que le nom. Évidemment, les vrais professionnels sont moins nombreux : les frais sont lourds (magasin, taxes, frais divers). Le commerce de l’art en boutique, en galerie, à attendre le client, est en perte de vitesse. Pour toucher la clientèle internationale acheteuse, une seule solution : les grands salons internationaux ( Biennale de Paris, FIAC, TEFAF Maastricht, BRAFA de Bruxelles, Art Basel pour l’art contemporain…). Mais les places y sont limitées, donc un écrémage par le haut s’effectue naturellement, année après année…

Certaines règles s’appliquent en salle des ventes : l’estimation d’un objet d’art, que qu’il soit, est, à dix pour cent près, le prix de réserve de cet objet au-dessous duquel il ne sera pas vendu. Plus la réserve est haute, moins le nombre d’acheteurs potentiels est élevé. Inversement, plus la réserve est basse, plus le nombre d’acheteurs est conséquent puisque tous espèrent réaliser un « coup à l’achat » et, si « le ramage » de l’objet ressemble à « son plumage », il atteindra une adjudication amplifiée parfois par dix, voire plus…

Pour des chefs d’œuvre connus, historiques, répertoriés, le prix peut exploser dans des proportions inimaginables au commun des mortels. Pensons au triptyque de Francis Bacon, vendu 142 millions de dollars ou au merveilleux Nu allongé de Modigliani qui atteignit les 170,4millions de dollars très récemment…

Mais, à tous les étages de ce métier on rencontre d’admirables chefs d’œuvres. J’en ai vu à 10 francs, sur des étalages de rues aux Puces de Saint-Ouen à mes débuts, vers 1967/68 !

J’en vois encore assez souvent…. En vente, bien sûr, car presque tout passe aux enchères…

Quelques marchands, peu nombreux, voire la crème des amateurs, ont réussi à prévoir l’évolution du marché de l’Art en achetant et conservant dans leurs collections des objets particuliers : sculptures de Camille Claudel qui ne valaient pas tripette voici 40 ans, peintures de « petits maîtres » anciens devenus des vedettes( maniéristes italiens et paysagistes hollandais du 17ème siècle), ou peintres russes du 20ème siècle, peu connus avant l’effondrement de l’URSS (Poliakov, Lanskoy...), peintres chinois contemporains (le plus célèbre étant Ai Weiwei)…

Objets en or comme certaines tabatières à oiseau chanteur, à musique ou bien signées par de grands créateurs (Neuber en Saxe au 18ème siècle), grandes sculptures décoratives en marbre d’origine italienne aujourd’hui très prisées par les décorateurs pour leurs riches clients (Romanelli, Frilli, Bazzanti…) etc… D’autres sont devenus « monomaniaques » et ont accumulé photographies anciennes ou artistiques, affiches de cinéma ou planches originales de bande dessinée.

On objectera à cette « ascension géométrique » que ce n’est pas la première fois que le monde de l’Art est monopolisé par les investisseurs et, qu’à chaque fois, la bulle a éclaté  laissant sur le carreau des millions de dollars, voire plus (crise de 1990 avec la chute de la peinture et celle des diamants, comme celle de 2008 avec effondrement de l’art contemporain et celui de la peinture en général).

Il me semble que c’est différent maintenant : durant les anciennes crises, les investisseurs n’étaient pas aussi professionnalisés qu’aujourd’hui et, surtout, les sommes engagées n’atteignaient pas les montants actuels : on n’arrive même pas à les chiffrer ! A tel point, que l’on peut affirmer que le marché mondial de l’art est l’un des plus importants commerces contemporains légal…

Des organisations comme Daech vendent tout ce qu’ils pillent dans les musées d’arts anciens et chez les collectionneurs particuliers… Il y a aussi de nombreux cambriolages un peu partout…Tout cela alimente un marché parallèle peu recommandable, mais il existe…Ce fléau est en cours d’éradication grâce à la coopération internationale des polices spécialisées.

L’avenir ? Difficile à prévoir. Probablement certains paliers d’investissement vont-ils être atteints. Durant un laps de temps relativement long (quelques années), puis ces niveaux seront dépassés… Peut-être découvrira-t-on de nouveaux domaines d’investissement dans le domaine de l’Art. De nouveaux collectionneurs apparaîtront. C’est un cycle immuable. C’est ce qui s’appelle l’attrait de la création artistique qui, que cela plaise ou non, est bien ancrée dans l’âme humaine…

Jacques Tcharny


Articles annexes :

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WUKALI 17/12/2015
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